« Brigitte, là, il y a un trou dans la raquette. » Ce sont les mots de Bernard Arnault lors d’une entrevue privée quelques mois après l’élection d’Emmanuel Macron. Le patron de LVMH a une idée en tête : créer des « écoles de la seconde chance » pour les plus de 25 ans sans emploi. Il souhaite que son amie Brigitte Macron soit la présidente de ce projet qu’il finance intégralement. Le milliardaire a tout prévu : il lui présente l’un de ses collaborateurs, Olivier Théophile, nommé directeur général de l’Institut des vocations pour l’emploi (Live).
« Bernard ne nous a pas laissé le choix », raconte Brigitte Macron en riant. Aujourd’hui, il existe sept centres Live par lesquels passent 700 personnes par an. Elle s’y rend pour rencontrer chaque promotion ; elle y donne des cours de culture générale. En mars, à Clichy-sous-Bois, on l’appelle « madame la présidente ». Dans la salle de classe, sur talons hauts, elle retrouve les réflexes de son ancien métier. « Je ne reviendrai jamais assez sur ce point : écrivez. Écrivez vos pensées. Moi, ça m’aide beaucoup », lance-t-elle.
La première dame tient un journal, qu’elle n’a jamais montré à personne. « Il m’est parfois difficile de voir le ciel bleu… admet-elle quand nous la rencontrons à l’Élysée. J’ai des moments de pessimisme que je n’avais pas avant. » En jean, sous son célèbre carré blond, elle s’exprime avec chaleur, rapide et bavarde. Quel était son avant, justement ? À 73 ans aujourd’hui, elle reprend : « Avant, j’avais une vie normale, des enfants, un job, des hauts et des bas, comme tout le monde. Ici, ces dix années sont passées si vite… Elles ont été tellement intenses. J’ai vu la noirceur du monde, la bêtise, la méchanceté. Je suis parfois triste comme jamais je ne l’avais été. »