« C’est une ville qui a une âme » : promenade dans Le Havre littéraire et créatif

Grandes marées à la plage du Havre, avril 2025.
LTD / Coline Grancher

Grandes marées à la plage du Havre, avril 2025.
LTD / Coline Grancher
« Une ville lumineuse qui apporte une inspiration indicible » : c’est ainsi que Simon Chevrier, prix Goncourt du premier roman 2025 pour Photo sur demande (Stock), décrit Le Havre, sa ville d’adoption. Lumineux, Le Havre ? Ce n’est pas forcément l’image qui colle à la peau bétonnée de cette ville normande, reconstruite après la Seconde Guerre mondiale par l’architecte Auguste Perret. Pourtant le soleil, même d’hiver, se reflète sur les bassins et glisse entre les tours de Perret. Ces « immeubles sont blêmes, moches, charmants », assène la narratrice dans L’Effet Titanic de Lili Nyssen (Les Avrils).
Dans le centre-ville, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2005, ces blocs de béton sont partout, passant du beige au mordoré en fonction de la lumière. Parmi les édifices phares, on entre dans l’église Saint-Joseph aux 12.768 morceaux de verre colorés avant de rejoindre la place de l’Hôtel-de-Ville. Ouvert à de rares occasions, le 17e étage de la mairie offre une vue saisissante sur la trame géométrique de la cité et sur son port hérissé de grues. On descend ensuite l’avenue Foch jusqu’à la porte Océane : avec ses deux tours de 47 mètres de haut, celle-ci représente le point de passage entre la ville et la Manche.

Une mer qui habite les artistes du Havre, et qu’on peut aussi rejoindre en ligne droite depuis la gare d’un simple coup de tramway. Au bout de la promenade qui mène au monument UP#3 – une sculpture blanche où se reflètent les lueurs changeantes du littoral –, on découvre la longue plage de galets.
Une apparition « qui relève de la scénographie », la mer surgissant comme « la diva que l’on attend, que l’on pressent, que les mouettes annoncent », écrit Maylis de Kerangal, qui a grandi au Havre. Cette ville, qu’elle quitte après le bac, la romancière y revient sans cesse, depuis son premier roman jusqu’au dernier, Jour de ressac (Verticales), en passant par Réparer les vivants, adapté au cinéma en 2016.

Avec 300 à 370 jours de tournage par an, la ville attire en effet les réalisateurs. Au fil de la promenade, on reconnaît ainsi les atmosphères de la série De grâce (2024) de Vincent Maël Cardona, centrée sur les dockers et le monde portuaire, de même que celles du film Alpha de Julia Ducournau (2025), ou encore de L’Âme idéale (2025), une comédie romantique et fantastique d’Alice Vial. « Le Havre, c’est comme une BO un peu mélancolique, elle est réconfortante, romanesque, c’est une ville qui a une âme », dit-elle, admirative.
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La variété de décors qu’on y trouve, du plus urbain au plus sauvage, explique en partie le succès du Havre auprès des réalisateurs. « Mis en place en 2014, le bureau des tournages facilite la partie administrative, la gestion de la sécurité, les relations avec le public », complète Fabienne Delafosse, adjointe au maire chargée de la culture. Investie dans une politique publique autour de l’image, la municipalité a par ailleurs lancé en 2023 le festival de la fabrication de l’image Les Révélations, qui sera de retour du 7 au 12 avril.
Plus ancien, le dispositif Lire au Havre, inauguré en 2012, porte déjà ses fruits. En témoigne l’effervescence de la scène littéraire havraise, largement nourrie par la fondation, la même année, du premier master de création littéraire de France. « Il est fréquent que d’anciens élèves restent vivre au Havre, jusqu’à la moitié d’une promo », observe Frédéric Forte, coordinateur de la formation.
Tout comme Simon Chevrier, Shane Haddad, autrice de Toni tout court et d’Aimez Gil (P.O.L), est de ceux-là. « Il y a la mer, la falaise, la tranquillité de la plage et la forêt de Montgeon toute proche : ce contact avec la nature est très important pour recharger les batteries de l’inspiration », souligne-t-elle. Petit à petit, une communauté de jeunes talents s’installe, créant des scènes ouvertes, des ateliers, des lieux aussi, comme Hatch, une galerie du livre et de l’objet imprimé, à découvrir dans le quartier Danton. « Un petit cœur d’effervescence artistique », selon Simon Chevrier.

Cette ébullition, le festival Le Goût des autres propose d’y prendre (?) jusqu’au 18 janvier Mêlant littérature et arts de la scène, la manifestation portée par la Ville revient en effet pour une 15e édition, avec une centaine de rendez-vous pour petits et grands. Quatre jours durant, artistes et auteurs investissent des lieux cultes de la ville comme le célèbre Volcan, dont les courbes douces abritent la Scène nationale du Havre, la grande librairie La Galerne ou encore la très belle bibliothèque Oscar-Niemeyer, nichée au cœur du « Petit Volcan ». Une éruption créative qui n’attend plus que vous.
Les teenage dreams
Les jeunesses havraises se racontent volontiers en littérature. Elles ont en partage un lien viscéral à cette ville maritime et industrielle, ainsi qu’une certaine mélancolie. Natif du Havre, Christophe Ono-dit-Biot y revient dans Mer intérieure (Éditions de l’Observatoire), convoquant ses souvenirs de jeunesse, tandis que Benoît Duteurtre raconte son adolescence havraise dans L’Été 76 (Gallimard).
Maylis de Kerangal, qui a aussi grandi dans la cité portuaire, en fait notamment le cadre de son roman Dans les rapides, qui relate l’amitié entre trois adolescentes en 1978. Florence Seyvos y plante le décor d’Un perdant magnifique : dans les années 1980, Anna, 16 ans, raconte son beau-père, personnage fantasque et mystérieux… Ce sont encore deux ados havrais, vivant cette fois leur premier amour, que l’on découvre dans L’Effet Titanic de Lili Nyssen (Les Avrils), diplômée du master de création littéraire de l’université du Havre-Normandie.
Cantine créative
À deux pas de la Catène de containers, Calice et Mandibule offre un refuge cosy pour une pause brunch, déjeuner ou tea time. Chaque semaine, la cheffe propose de nouvelles recettes inspirées de la cuisine du monde. Composées de produits sains et sourcés, elles sont commandables en demi-portion pour goûter à tout !
📍16, rue de Paris.
🍽️ Brunch à partir de 27 euros.
☎️ Réservations au 09 81 90 78 16.
Ville haute

Pour un bol de nature et de fête, on rejoint les hauteurs du Havre. Premier arrêt aux jardins suspendus, avec une vue sur la ville basse, le port et l’estuaire de la Seine. Le second point de chute se trouve au fort de Tourneville, un lieu culturel avec entre autres une pépinière d’artistes et Le Tetris, labellisé Scène de musiques actuelles. Une soirée sous le signe du théâtre et de la musique électro est prévue le 17 janvier dans le cadre du festival Le Goût des autres.
📍33, rue du 329e-Régiment-d’Infanterie.
🎟️ Entrée : 16 euros.
Bar royal

Spot incontournable du quartier Saint-François pour prendre un verre ou dîner face aux bateaux, Chez Lili déborde sur une grande terrasse face au bassin du Roy. Bières normandes, café torréfié au Havre, fromages fermiers, cuisine soignée… Le week-end, place aux huîtres de Saint-Vaast et à la pêche du jour.
📍2, rue des Étoupières.
🍽️ Plat à partir de 15 euros.
☎️ Réservation au 02 35 30 11 09.
Le plein d’histoires

La traversée du Havre ne serait pas complète sans une escale à La Galerne. Créée en 1982, cette librairie située tout près du Volcan et de la bibliothèque Niemeyer est une institution. Flânez dans ses quelque 1 300 m2, ouvrez un livre au café, puis repartez, peut-être en direction des 400 Coups, une très chouette librairie jeunesse, ou de La Petite Librairie dans le quartier Danton.
