De l’extérieur, rien n’a vraiment changé. Toujours cette façade de brique ocre que le pâle soleil de novembre peine à égayer. Ce même bow window brinquebalant aux fenêtres opaques et dépareillées. Il y a dix ans, l’endroit était encore un bar qui portait le même nom que la rue, Les Béguines. Il avait pour tenanciers les frères Abdeslam qui s’en servaient surtout comme d’un point de deal.
Les petites frappes de Molenbeek qui, comme eux, versaient dans des délits minables, s’y réunissaient. Brahim, l’aîné, posait souvent sur le comptoir un ordinateur portable sur lequel défilaient les vidéos barbares de Daech, en particulier celle où Abdelhamid Abaaoud, leur ami parti en Syrie, tractait des cadavres au volant d’un pick-up. La municipalité avait, début novembre 2015, fait fermer le café. Quinze jours plus tard, Brahim et les autres se faisaient exploser à Paris.
Aujourd’hui, ce lieu de la banlieue bruxelloise, bien qu’identique en apparence, n’est plus le bouge qu’il était. « Bienvenue chez vous », dit même une pancarte à la peinture délavée au-dessus de la devanture. En 2018, le café est devenu la Maison des Béguines, un local associatif. Y sont désormais dispensés des cours de couture, de l’aide au devoir. Les riverains du quartier Karreveld, dans le Haut-Molenbeek, peuvent aussi y recevoir l’aide d’écrivains publics ou participer à des groupes de parole. Une manière comme une autre de conjurer le passé, de se réapproprier une histoire collective que les terroristes pensaient avoir marqué à tout jamais.