Yannis* a un regard glacial inquiet, parfois méfiant. Le jeune homme, silhouette frêle enveloppée dans un sweat trop grand, se planque dans un endroit que nous garderons secret dans les quartiers nord de Marseille. Il n'a pas encore 20 ans mais a déjà du sang sur les mains. C'est un tueur à gages. Un soldat du deal en première ligne des guerres entre narcotrafiquants qui ensanglantent les rues de Marseille. Quarante-neuf personnes ont été assassinées en 2023, un record. Déjà 24 morts depuis janvier, dont un chauffeur VTC, victime innocente abattue par un adolescent de 14 ans...
Yannis chuchote, il est paranoïaque. Sous ses airs de caïd, c'est un gamin en peine, arraché à une enfance douloureuse, décousue, et projeté dans le trafic de drogue à l'adolescence. Amadoué par l'argent qu'il croit facile, Yannis « jobe » - travaille pour le milieu - dès ses 15 ans. « Je n'avais personne, j'étais seul, j'ai dormi dehors, confie t-il, presque honteux. J'ai trouvé refuge auprès des mecs du quartier. J'avais besoin d'argent, ils m'ont aidé. J'ai commencé à guetter [surveiller], puis à charbonner [vendre les stupéfiants]. Un jour, ils m'ont proposé un travail pour 15 000 euros, j'ai accepté. »
Sur un ton froid, Yannis raconte scrupuleusement sa mission funeste. « Mon boss m'a emmené dans un appartement luxueux avec plein de pièces, au dernier étage. On m'a donné des photos de la personne à tuer, mais aussi de ses frères et de ses cousins pour éviter que je me trompe. On m'a dit comment il serait habillé. Je me suis entraîné quelques heures à tirer dans la garrigue à la kalachnikov avec un gars, c'était la première fois que je touchais une arme... » Le jour J, Yannis se cache deux nuits entières dans un buisson, guettant sa proie, en vain. Mission annulée. « Je pense que c'était un test pour voir si j'allais me dégonfler ou pas. »