C’est l’un des rares moments où il baisse la garde, concédant presque un aveu de faiblesse. « Coquerel, c’est le pote qu’il me reste, confie Jean-Luc Mélenchon en ce mois de juillet dans un restaurant de l’Est parisien. On rigole. Je lui dois tout. » Il est si rare d’entendre le septuagénaire, principalement entouré de trentenaires résolus et dévoués à sa cause, parler ainsi de l’un des siens. Rares aussi sont ceux de la même génération que lui à avoir survécu à ses côtés. Dans la galaxie mélenchoniste, Éric Coquerel est une exception.
À 66 ans, le député de la Seine-Saint-Denis occupe le poste de président de la prestigieuse commission des finances de l’Assemblée nationale. Une place qui l’expose et lui confère des pouvoirs bien spécifiques, parmi lesquels celui de pouvoir lever le secret fiscal des particuliers ou des entreprises. Il l’a utilisé il y a un an pour éplucher la situation fiscale de Bernard Arnault. Le député LFI n’en a jamais fait état publiquement – cela lui est interdit.
Mais pour lui, accéder à ce dossier était déjà une forme de revanche. À l’été 2022, lorsque Éric Coquerel avait pris la présidence de la commission, Bernard Arnault avait précisément demandé que son dossier fiscal soit classé secret-défense, comme l’avait révélé Mediapart – requête à laquelle l’administration n’avait pas accédé.
Toujours l’air un peu débraillé, Éric Coquerel court partout, de piquets de grève en manifestations, des plateaux télé à l’Assemblée, et dit travailler quatre-vingts heures par semaine. Au Palais-Bourbon, il fait partie de ces rares Insoumis à avoir des relations plutôt courtoises avec l’ensemble du spectre politique, du LR Philippe Juvin au MoDem Jean-Paul Matteï.