Pascal Perrineau, politologue : «Pour le RN, la condamnation de Nicolas Sarkozy, c'est du pain bénit»

La condamnation de Nicolas Sarkozy marquerait un tournant majeur de la vie politique.
LTD/FREDERIC STUCIN/FigaroPhoto/

La condamnation de Nicolas Sarkozy marquerait un tournant majeur de la vie politique.
LTD/FREDERIC STUCIN/FigaroPhoto/
LA TRIBUNE DIMANCHE — La défense de Nicolas Sarkozy dénonce un procès politique. Ça vous surprend ?
PASCAL PERRINEAU — Ce qui est surprenant, c’est l’ampleur de la condamnation, et surtout l’exécution provisoire et le mandat de dépôt différé. On peut légitimement se demander si c’était utile. Il ne va pas fuir le territoire national. Il ne va pas récidiver.
Ces mesures dépendent aussi de la gravité des faits …
Il y avait quatre chefs d’accusation, trois n’ont pas été retenus. L’association de malfaiteurs a été ajoutée parce que le dossier était faible et qu’elle repose sur un système de preuves moins précis que pour la corruption ou le détournement de fonds publics. Qu’un homme politique ait un entourage, que dans cet entourage il y ait des gens indélicats …
On parle de rencontres avec Abdallah Senoussi, condamné à perpétuité en France pour terrorisme …
Oui, bien sûr. Mais ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui a fait le déplacement en Libye. Et dans le bénéfice du doute, la justice doit être tempérée.
Quelle trace cette décision historique laissera-t-elle dans l’opinion ?
Une trace lourde. Nicolas Sarkozy reste une figure populaire, sa cote n’est pas complètement nulle. Il joue un rôle. Tout le monde allait le voir, du centre gauche à la droite. Ce jugement le rend infréquentable. Et la défiance s’accroît. Où que l’on porte le regard, c’est un champ de ruines. Il ne reste presque rien. Le gouvernement semble être dans un état de tétanie incroyable, l’Assemblée, incapable de développer une culture parlementaire et d’accoucher d’une confiance de plus de quelques mois.
Et maintenant on a une présidence de la République discréditée dans l’opinion et atteinte dans sa substance. On ne peut plus faire confiance à personne. Ça va provoquer, au mieux, un retrait du jeu démocratique des citoyens et, au pis, des réflexes populistes, le «tous pourris». Qui peut tirer les marrons du feu ? Les populistes.
On voit d’ailleurs le RN venir en soutien à Nicolas Sarkozy …
Pour eux, c’est du pain bénit. Marine Le Pen n’est plus seule à être victime de l’exécution provisoire. Elle peut donner des leçons sur son caractère injuste. Sur le fait que cette mesure devient actrice de l’agenda politique puisque ça intervient sur le timing de ceux qui se retrouvent devant les juges.
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Est-ce une union des droites qui s’organise autour de Nicolas Sarkozy ?
Je ne crois pas. La droite de la droite y va, les sarkozystes font front, mais chez les autres, c’est presque le service minimum. L’extrême droite sait que se faire le porte-parole de toutes les défiances des institutions, c’est bénéfique. Ça les a amenés là où ils sont et ça peut les amener plus loin.
Assiste-t-on à une forme de trumpisme à la française dans cette dénonciation des juges ?
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Je n’irais pas jusque-là. Trump, c’est une autre dimension, où il n’y a même pas d’argumentaire. En France, il n’y a pas d’utilisation de fake news. Il y a du populisme, du «dégagisme». Tout le monde joue sur la dénonciation des élites intellectuelles, médiatiques, politiques, judiciaires. C’est une «bouc-émissairisation».