La fondatrice et dirigeante de la Maison Chavin explique pourquoi le vin sans alcool connaît un succès grandissant en France.LA TRIBUNE DIMANCHE – Pourquoi vous être lancée il y a plus de dix ans dans le vin sans alcool ?
MATHILDE BOULACHIN – À l’origine, c’était très personnel. J’ai enchaîné les grossesses de mes deux filles et, en tant que Champenoise, je me suis demandé comment tenir sans alcool pendant des mois. J’ai lancé mes premières bouteilles sans alcool en 2011. À l’époque, la désalcoolisation du vin était une niche. Petit à petit, en l’espace de quinze ans, on s’est implantés dans plus de 65 pays.
Quand avez-vous senti une augmentation de la demande ?
Le réveil français a été très tardif, sans doute car nous ne sommes pas assez ouverts à l’innovation et que nous avons une culture du vin très prononcée. Depuis cinq ans, l’envol est indéniable ; encore plus depuis trois ans. On a réussi à percer dans la restauration avec des établissements trois étoiles Michelin, dans l’épicerie fine, chez les cavistes, également digitalement. On voit une accélération de la modération et davantage de « flexibuveurs », qui alternent période de consommation et de non-consommation d’alcool. Il n’y a qu’à regarder les tables des bistrots parisiens à midi pour le constater.
Quel est l’impact du Défi de janvier ?
C’est un temps fort pour nous. Concrètement, nos ventes de vin sans alcool ont progressé d’environ 25 % entre 2024 et 2025, et sur le seul mois de janvier on observe régulièrement des hausses de 30 % ou plus. Ce ne sont plus des signaux faibles.
Est-ce un effet de mode ou une tendance durable ?
C’est clairement un mouvement de fond. Notre but n’est pas de prendre les parts de marché du vin. Le vin sans alcool n’est pas la cause de la déconsommation, c’en est la conséquence. Les Français boivent moins depuis des décennies. Aujourd’hui, ils veulent des alternatives cohérentes avec leur rapport à la santé, au travail, au bien-être.