La revanche des Vins de France, ces électrons libres de la vigne
Anne-Charlotte De Langhe et Victor Coutard

Produits partout dans l’Hexagone, les VDF, ces vins « particuliers », ont commencé à séduire le marché étranger.
latribune.fr
Anne-Charlotte De Langhe et Victor Coutard

Produits partout dans l’Hexagone, les VDF, ces vins « particuliers », ont commencé à séduire le marché étranger.
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Les douanes les appellent les « vins sans IG » (indication géographique). Leur particularité ? Ils peuvent être produits partout dans l'Hexagone sans que l'Institut national de l'origine et de la qualité (Inao) n'y trouve à redire. De plus en plus souvent légion dans les foires aux vins, et saluées pour certaines par les dégustateurs, ces bouteilles frappées du sceau « Vin de France » (VDF) reviennent pourtant de loin.
Née en 2009, cette dénomination a en effet remplacé la péjorative mention « vin de table » sous laquelle s'écoulèrent durant de nombreuses années des volumes de production excédentaires et/ou de qualité aléatoire. « Il fallait trouver une solution pour que soit bonifiée cette catégorie de vins jugés différents », se rappelle un vigneron girondin monté jadis au créneau en faveur de la profession. Aussi les premiers VDF ont-ils commencé par séduire le marché étranger, sensible à l'origine nationale. Objectif affiché : concurrencer les vins du Nouveau Monde.
Le niveau gustatif s'améliorant, certaines maisons ont ensuite entrepris de faire déguster leurs crus aux acheteurs français, pour le moins intrigués. « Peu à peu, les Vins de France sont apparus dans les salons, puis dans les premières pages des prospectus de foires aux vins, présentés comme des découvertes : une formidable vitrine pour les viticulteurs », se souvient Valérie Pajotin, directrice générale de l'Anivin de France, association chargée de la promotion des Vins de France.
Choix des cépages et de l'assemblage, provenance des raisins, style d'étiquette, degré de maturité au moment de la vendange, taille, mode de culture, rendements, prix... : les vignerons ont définitivement les coudées franches en comparaison de ce qu'impose le cahier des charges d'une appellation. « C'est une vraie zone d'expression libre », assure Aymeric Izard, œnologue et directeur du Château de Sérame (Famille d'Exéa), en Languedoc. Sa gamme parallèle, Murmure de Sérame, décline en trois couleurs et en bio tout le savoir-faire de la propriété, « avec un même degré d'exigence à la vigne qu'à la cave ». Il le confesse d'emblée : « Dans certains pays, la mention Vin de France est même plus parlante que le nom de Corbières ! »
Désireux de se lâcher la bride et de s'aventurer sur des terrains moins balisés, même les domaines les plus réputés de certaines AOC (Marcel Richaud dans le Rhône, François Chidaine dans la Loire...) prennent le pli selon l'inspiration. La réputation de ces domaines jouant pour eux, « les cavistes ont tout le loisir de proposer du vin premium mais qui reste accessible », se félicite Valérie Pajotin, quoique les grands noms affichent parfois des prix du niveau de ceux de leurs cuvées classiques.
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En voulant démocratiser les Vins de France, Monoprix fit figure d'avant-gardiste lorsqu'elle lança, en 2017, sa sélection de « vins rebelles ». Une foire thématique lui fut même consacrée la même année, sans que jamais la clientèle n'en démorde : « Le rapport prix-plaisir est au rendez-vous », affirme Damien Carrer, responsable de marché de l'enseigne, fier de pouvoir désormais apposer - sur quelques-uns de ceux qui furent longtemps des ovnis - le label Jury Gourmet.
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Les fumées blanches de François Lurton, jusqu'à la lie
C'est l'histoire d'un sauvignon sans frontières qui, après avoir voulu être « numéro un à Bordeaux », s'écoule à hauteur de 5 millions de bouteilles par an jusque sur le continent américain. Créées au début des années 2000 par François Lurton, figure médocaine du négoce et par ailleurs producteur de près de 80 vins dans le monde, ces Fumées Blanches sont le fruit d'un assemblage entre plusieurs sauvignons récoltés dans le Gers, la Loire ou encore le Languedoc. Jouissant de l'IGP Côtes de Gascogne, ce blanc clair et fruité a tout du vin de soif agrumé, sans autre prétention que celle de rafraîchir. À ceci près qu'à l'export il se pare volontairement - et dans toutes ses versions (blanc, rosé, bio, pétillant) - de la classification Vin de France. Un argument marketing jugé « très vendeur » par son vinificateur, qui préfère « vendre une marque et un pays » à l'étranger plutôt qu'une appellation trop méconnue ou mal identifiable. « Vin de France, ça parle à tout le monde », assure François Lurton. Y compris au portemonnaie (8 euros la bouteille en moyenne).
Imanol Garay - Madiran/Gers. Vraisemblablement originaire du Béarn, le tannat est un cépage méconnu et trop souvent associé à sa robe presque noire qui donne des vins anguleux autant que taniques. Rien de tout cela ici avec cette cuvée au fruit magnifique, à l'élevage précis et à l'ampleur époustouflante. Un grand vin qui deviendra encore meilleur avec quelques années de garde. 34 euros.
Jean Maupertuis - Auvergne. Droiture, profondeur et humilité : cette cuvée 100 % pinot noir représente la quintessence du vin produit sur les sols basaltiques de la chaîne des Puys. Le vin ne contient aucun additif, n'est ni filtré ni clarifié, pour donner l'expression sincère et parfaitement maîtrisée de cette grande région viticole qu'est l'Auvergne. 21,90 euros.
Domaine Bornard - Jura. Tony Bornard a repris les vignes de son père à Arbois-Pupillin et en Côtes du Jura. Celles-ci sont cultivées selon le respect de l'environnement, avec très peu d'interventions humaines et dans la plus pure tradition des vins du coin. Ce 100 % poulsard réjouira les amateurs de vins complexes, à la hauteur des tablées festives. 37 euros.
Guillaume Noire - Anjou. Installé à Rablay-sur-Layon, Guillaume Noire produit des vins d'une précision parfaite. Son 100 % grolleau noir possède un haut niveau de « picolabilité ». Voilà un formidable vin de soif, gouleyant et plein d'énergie, comme on sait encore en faire sur les sols limoneux des abords de la Loire. Un plaisir sans prétention. 17,20 euros.
Domaine Matassa - Pyrénées-Orientales. Bien connu des amateurs de vins naturels, Tom Lubbe du Domaine Matassa produit des vins sans défauts qui n'effraieront pas les plus sceptiques de nos lecteurs. Cet assemblage de grenache noir (90 %) et de macabeu (10 %), macéré en grappe entière et élevé pendant six mois en cuve béton, séduit immanquablement. Une cuvée d'une amplitude rare, dont on se souvient longtemps. 34 euros.
Château Le Grand Verdus - Bordeaux. Parmi les 16 vins voyant le jour dans leur nouveau cuvier de l'Entre-deux-Mers, Édouard et Thomas Le Grix de La Salle chérissent un savoureux mouton à cinq pattes : un syrah pur jus, incarnation de leurs penchants expérimentaux. Pour ce cépage emblématique de la vallée du Rhône, le duo a choisi une parcelle exposée plein sud et au dénivelé favorable. Bonne nouvelle pour les fanatiques de gorgées ensoleillées : cette Gravière descend tout aussi bien une fois le verre levé. 19 euros.
ORANGELes Jardins de Theseiis - Vallée du Cher. Cette macération de sauvignon élevé en fûts pendant dix mois donne à boire un vin orange parfaitement équilibré. Une jolie fraîcheur en bouche qui accompagne à merveille les fromages et redonne ses lettres de noblesse au sauvignon mais également aux vignobles de la vallée de Cher, trop longtemps délaissés. 19 euros.
BLANCDomaine du Mazel, Gérald et Jocelyne Oustric - Ardèche. À la tête d'une propriété familiale de 22 hectares située dans le sud de l'Ardèche, Jocelyne et son frère Gérald se sont imposés comme des références grâce à leur travail sur des vignes particulièrement âgées pour la saison. Un pur viognier réservé aux habitués des pas de côté. Du fruit, de la fraîcheur, de la tension ! Un vin plein de personnalité et parfaitement naturel. 15,50 euros.
Domaine Delhomme & Co - Bourgogne. Situées en Bourgogne, dans le sud du département de l'Yonne, et en Val de Loire, dans le Loir-et-Cher, les vignes du Domaine Delhomme sont cultivées sans pesticides ni engrais chimiques. Composé exclusivement d'aligoté, ledit nectar est élevé en vieux fûts de rhum de la Martinique pour un résultat très vif, presque oxydatif, parfait pour escorter des plats relevés. 20 euros.
Cyril Fhal - Pyrénées-Orientales. Depuis son domaine aux faux airs de ferme sauvage, ce jeune vigneron catalan délivre quelques petits milliers de bouteilles par an, dont ce surprenant grenache gris/macabeu. Fruit d'une vinification technique implacable et d'un laborieux travail des vieilles vignes, Femme Soleil oscille entre la gourmandise d'un fruit cueilli en plein été indien et une amertume bienheureuse qu'on ne soupçonne pas toujours sous ces latitudes. À garder jalousement. 18,50 euros.
Anne-Charlotte De Langhe et Victor Coutard