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OPINION. « Crise d’incarnation : en 2027, démentir la prophétie de Clémenceau », par Laurent Fary, directeur des affaires publiques de l'agence Mantu

Photo de La Tribune Dimanche - Rédaction

La Tribune Dimanche - Rédaction

Publié le 17 juillet 2026 à 09:56

Laurent Fary, directeur des affaires publiques de l'agence Mantu

Laurent Fary, directeur des affaires publiques de l'agence Mantu

LTD/Laurent Fary

La Tribune Dimanche

N145 ● 12 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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À un an de l'élection présidentielle, les partis peinent à faire émerger de nouveaux visages. Pour Laurent Fary, la crise d'incarnation se résoudra en redonnant toute sa place au débat de fond.

Le scrutin présidentiel de 2027 pourrait marquer un moment de bascule dans notre paysage politique, un changement d’hôte à l’Élysée entraînant mécaniquement sa refonte globale : que devient le « bloc central » sans Emmanuel Macron ? LFI sans Jean-Luc Mélenchon ou le RN sans Marine Le Pen, si aucun des deux ne parvient pas à s’imposer l’an prochain ?

Au cœur de tels questionnements, on le voit, un enjeu structurant : celui de l’incarnation.  De quoi parle-t-on ? Dans le monde économique, le dirigeant ne se contente pas d’assumer la direction de son entreprise, il lui donne – souvent – ses traits, sa voix, son discours, « humanisant » cette entité, à travers l’expression d’un leadership et d’actes emblématiques qui vont nourrir le récit de l’organisation. 

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Présidentielle : la semaine qui a tout changé

Appliquée à la vie politique, une telle approche consiste, par-delà un contenu programmatique, à sélectionner la personnalité apte à porter une autorité, une vision et un corpus de valeurs. Sous le régime (hyper)présidentiel de la Vème République, si les campagnes sont officiellement rythmées par des programmes, elles reviennent, au moins autant, à confronter des équations personnelles, autrement dit des profils, des tempéraments et des parcours. 

Le communicant Jacques Séguéla le résume à sa façon : « Faire une élection, c’est raconter une histoire de telle façon que l’enfant qui sommeille en tout électeur croie que le candidat est le seul héros crédible de cette histoire » …

Qu’on adhère ou pas à cette définition un brin infantilisante, force est de constater que la trace d’une campagne réussie se résume souvent à un slogan (« Le changement c’est maintenant »), à un concept (« La fracture sociale ») ou à un positionnement qui va lier intimement candidature et promesse : l’énergie et le volontarisme décomplexé de Nicolas Sarkozy en 2007 ou, dix ans plus tard, la jeunesse conquérante d’Emmanuel Macron et son choix revendiqué de dépasser les clivages. Ce dernier poussera d’ailleurs la logique jusqu’à accoler ses propres initiales à la signature de son mouvement En Marche. Déjà, en 1981, la « Force tranquille » de François Mitterrand consacrait la primauté de la personne sur le contenu.

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Faire une élection, c’est raconter une histoire de telle façon que l’enfant qui sommeille en tout électeur croie que le candidat est le seul héros crédible de cette histoire 
Jacques Séguéla

Quid du rendez-vous de 2027 ? Sera-t-il à la hauteur de l’enjeu de renouvellement qu’il porte potentiellement ? En l’état, rien ne le garantit. À gauche, le patron de LFI sera candidat pour la quatrième fois, tout comme Marine Le Pen à l’autre extrême de l’échiquier. 

En revanche, l’émergence d’une candidature sociale-démocrate semble à ce point fastidieuse qu’à ce jour, les divergences ne portent même pas sur un nom mais sur la méthode censée l’imposer. Et à droite, la désignation de Bruno Retailleau a procédé d’un score très net (73% des suffrages des adhérents de LR) à la mesure de l’indifférence suscitée par l’événement. D’évidence, en intégrant le « bloc central à ce constat, la question d’une candidature unique va se poser : Édouard Philippe, Gabriel Attal, Xavier Bertrand, David Lisnard, sans oublier Dominique de Villepin ou Michel Barnier révèlent surtout un trop-plein pesant. Et dans les deux camps se déroulent des débats aussi peu fraternels qu’autocentrés, quand s’agrègent des récits personnels trop inconsistants pour s’imposer naturellement et des convictions qui peinent à nourrir un projet politique stimulant.

La crise démocratique est aussi une crise d’incarnation

Que l’incarnation conditionne l’offre politique révèle déjà une forme d’anomalie.  Mais tout se passe aujourd’hui comme si ce lien-même dysfonctionnait. En ce sens, la crise démocratique est aussi une crise d’incarnation. Dès lors, pourquoi ne pas faire l’hypothèse d’un scrutin présidentiel qui, dans un an, donnerait à nouveau sa primauté au fond, à cet inédit programmatique censé offrir un vrai choix au suffrage universel, par-delà les tactiques individuelles ?

Car, comme le rappelait récemment le politologue Brice Teinturier : « On finirait par oublier qu’il existe aussi un vote sur les enjeux, et que celui-ci a été largement escamoté en 2022. L’élection de 2027 est donc l’occasion d’une délibération générale sur les sujets qui préoccupent fondamentalement les Français. C’est à cette seule condition que le président élu pourra ensuite retrouver une force propulsive, avec la légitimité de ce qui a été posé et tranché durant la campagne ».

De deux choses l’une : soit les candidats s’emparent de ce qui, aux yeux de nos concitoyens, structure vraiment une attente collective et 2027 pourrait inaugurer un renouveau de notre vie démocratique ; soit le verdict repose sur des considérations futiles, récompensant ponctuellement l’habile déploiement d’une posture et d’une image, mais cette incarnation fragile sera surtout annonciatrice d’une implacable désillusion. 

En résumé, n’oublions jamais l’envolée désenchantée de Georges Clémenceau : « Votons pour Carnot, c’est le plus bête mais il porte un nom républicain ! »

La Tribune Dimanche - Rédaction

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