OPINION. « Incendies, inondations : face aux risques climatiques, l’appel des chambres de commerce et d’industrie », par Alain Di Crescenzo, président de CCI France

Alain Di Crescenzo, président de CCI France.
LTD/ Jacob Khrist

Alain Di Crescenzo, président de CCI France.
LTD/ Jacob Khrist
Début juillet, à Fréjus, des campings et des lotissements ont dû être évacués en urgence alors que les flammes progressaient à quelques centaines de mètres des habitations. Dans le même temps, l’Aude, l’Hérault, la Drôme ou encore les Pyrénées-Orientales faisaient face à des feux d’une intensité exceptionnelle, avec déjà près de 8.000 hectares partis en fumée sur les huit premiers jours du mois, un niveau record pour un mois de juillet. Désormais, c’est l’Île-de-France, et notamment le secteur de Fontainebleau, qui est à son tour confrontée à ce risque.
Cette année encore, comme chaque été désormais, la France constate que les incendies ne relèvent plus de l’exception, mais d’un phénomène récurrent, plus fréquent et plus intense. Derrière les images de forêts qui brûlent, ce sont en tous premiers lieux des drames humains et écologiques, mais aussi des entreprises évacuées, des zones d’activité menacées, des campings détruits et des saisons touristiques compromises en quelques heures. Ces incendies s’ajoutent aux inondations qui frappent régulièrement d’autres territoires, du Pas-de-Calais aux Alpes-Maritimes.
Chaque saison apporte désormais son lot de catastrophes, avec son cortège de drames humains, mais aussi de pertes économiques qui se chiffrent en millions d’euros. La France apparait insuffisamment préparée aux risques climatiques, et ce retard représente un coût collectif que nous payons, année après année.
On pense d’abord, à juste titre, aux populations sinistrées, aux familles qui perdent leur logement, aux vies parfois emportées. Mais l’autre versant de ces catastrophes est encore trop souvent sous-estimé : leur impact sur le tissu économique.
Une entreprise inondée, c’est une production interrompue, des salariés placés en activité partielle, des clients perdus et, dans certains cas, une fermeture définitive. Une zone d’activité ravagée par un incendie, ce sont des années d’investissement réduites à néant. Selon les projections de France Assureurs, le cout cumulé des sinistres climatiques en France pourrait atteindre 143 milliards d’euros d’ici à 2050, en hausse de 93%. Pour nos entreprises, en particulier les TPE et PME qui constituent l’immense majorité de notre tissu productif, il ne s’agit pas d’une statistique abstraite, mais bien d’un enjeu de continuité, de compétitivité et parfois de survie.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Trop souvent, la prévention des risques climatiques est perçue comme une dépense contrainte, voire comme une charge administrative supplémentaire. C’est une erreur d’appréciation. Chaque euro investi dans la prévention permet d’éviter plusieurs centaines d’euros de réparation.
Les Chambres de commerce et d’industrie le constatent sur le terrain : les entreprises qui ont anticipé, grâce à un diagnostic de vulnérabilité, un plan de continuité d’activité, une adaptation de leurs bâtiments ou encore une diversification de leurs fournisseurs, résistent mieux aux sinistres et redémarrent plus rapidement. À l’inverse, celles qui n’ont pas préparé ces situations mettent parfois des mois à retrouver leur activité, quand elles y parviennent.
Des CCI agissent en accompagnant des entreprises face aux changements climatiques : CCI des Iles de Guadeloupe, la CCI Pays de la Loire ou encore la CCI du Var. Cette dernière, qui est en première ligne face au risque incendie, en offre une illustration concrète.
Elle propose aux entreprises varoises d’évaluer leur niveau de vulnérabilité en fonction de leur localisation précise et des risques auxquels elles sont exposées, qu’il s’agisse de feux de forêt ou d’inondations, avant même qu’un sinistre ne survienne. Elle organise également des visites et des audits sur site afin d’aider les dirigeants à identifier leurs points de fragilité : accès pour les secours, gestion de l’eau, exposition des matériaux, continuité d’activité en cas d’évacuation. Elle accompagne les entreprises, dès le premier salarié, dans l’élaboration de leur document unique d’évaluation des risques, en y intégrant pleinement la dimension climatique et en facilitant l’accès aux subventions disponibles pour les équipements de prévention.
Ce modèle doit devenir la norme dans tous les territoires exposés, et non rester limité aux seuls départements les plus avancés. C’est tout l’enjeu des trois priorités suivantes :
Premièrement, généraliser à l’échelle nationale les diagnostics de vulnérabilité territorialisés déjà proposés par nos CCI, afin que chaque entreprise, en particulier les TPE et PME qui ne disposent ni du temps ni des ressources nécessaires pour agir seules, sache précisément à quels risques elle est exposée et comment s’en prémunir. Le réseau des CCI, présent dans tous les territoires, constitue le bon échelon pour porter cet accompagnement de proximité.
Deuxièmement, accélérer l’adaptation des infrastructures et de l’aménagement du territoire : mieux maîtriser l’urbanisation dans les zones exposées, renforcer les dispositifs de prévention incendie dans les massifs forestiers, moderniser les réseaux d’évacuation des eaux pluviales. Ces investissements peuvent sembler coûteux à court terme, mais ils le sont infiniment moins que la reconstruction après sinistre.
Troisièmement, simplifier et stabiliser le cadre assurantiel et fiscal lié aux catastrophes naturelles, tout en facilitant l’accès aux aides existantes. Chaque dirigeant doit pouvoir identifier clairement les dispositifs mobilisables, afin d’investir en confiance dans la durabilité de son entreprise plutôt que de renoncer faute de lisibilité.
Anticiper les risques climatiques est un effort collectif. Il suppose que les pouvoirs publics, les acteurs économiques et les corps intermédiaires, au premier rang desquels les Chambres de commerce et d’industrie, travaillent ensemble dans une logique de long terme. La France dispose des compétences, des ingénieurs, des entrepreneurs et des territoires nécessaires pour faire de l’adaptation climatique un levier de résilience et de compétitivité, plutôt qu’une fatalité subie.