Comment ChatGPT s’immisce dans la relation entre patients et médecins

De plus en plus de patients — et même de soignants — utilisent des IA pour obtenir des conseils médicaux, parfois jusqu’au diagnostic.
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De plus en plus de patients — et même de soignants — utilisent des IA pour obtenir des conseils médicaux, parfois jusqu’au diagnostic.
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Qui n’a jamais cherché sur Internet la raison d’un mal de ventre, de tête, d’une toux ? Désormais, c’est vers l’intelligence artificielle que l’on se tourne. Un récent sondage fait même état qu’une personne sur trois a déjà demandé des conseils en santé à l’IA aux États-Unis. Un engouement tel que tous les géants de la Tech, à commencer par OpenAI à l’origine de ChatGPT, ont lancé leur version « Santé » de leur intelligence artificielle en début d’année. La promesse ? Mieux comprendre vos examens médicaux, vous proposer des conseils alimentaires ou encore les assurances santé les mieux adaptées à vos besoins.
Dans sa présentation de ChatGPT 5 en août dernier, le PDG d’OpenAI, Sam Altman, avait même invité une patiente sur scène à témoigner du tournant que prenaient les intelligences artificielles génératives dans la santé. « L’IA ne promet pas seulement des découvertes révolutionnaires ou de meilleurs diagnostics, mais elle contribue aussi à rendre les patients plus intelligents, plus autonomes, et capables de mieux défendre leurs intérêts. »
Une série de témoignages dans le New York Times, la semaine dernière, confirme ces propos. Les patientes interrogées voyaient en l’IA une aide après la sensation d’abandon du corps médical. Un engouement qui effraie les professionnels de santé. « Le problème est que ces outils d’IA générative n’ont pas été conçus pour faire du diagnostic. La réponse de cette IA sera orientée selon ce que vous avez envie d’entendre, afin de vous garder dans la conversation », alerte le Dr Pierre de Bremond d’Ars, médecin généraliste et membre du Collège de la médecine générale.
D’autant que ces intelligences artificielles proposent rapidement des examens très lourds, explique le praticien, et génèrent du stress là où cela ne devrait pas avoir lieu. Car l’arrivée de ChatGPT n’est pas tout à fait identique aux autres révolutions numériques qu’ont déjà vécu les médecins. « Pas rapport à Doctissimo, un forum, des croyances de proches... la réponse de Chat GPT est vécue comme un dialogue, ce n’est pas le même ressenti sur une information et il devient vite difficile de contrer les arguments ».
À cela s’ajoute les risques sur la protection des données de santé. Les IA invitent de plus en plus les utilisateurs à intégrer leurs examens médicaux dans l’outil. Or, il n’existe aucune transparence sur l’utilisation de ces données personnelles par les entreprises. « Il est donc nécessaire de faire de la prévention sur l’utilisation de ces outils et ses limites, sans être directement dans l’opposition », indique le Dr de Bremond d’Ars. Tout n’est pas à jeter pour autant. L’utilisation d’IA générative à grande échelle pourrait être efficace en termes de prévention personnalisée.
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Pour les professionnels de santé, la question est à la fois du côté de la prise en charge des patients, mais aussi et surtout de leur propre utilisation de l’intelligence artificielle. Plusieurs IA génératives sont déjà à leur disposition et offrent la possibilité de rédiger des comptes rendus automatiques ou encore un pré-tri des patients avant les consultations. Le discours des entreprises à l’origine de ces outils : faire gagner du temps administratif aux soignants pour le consacrer aux patients.
Dans son baromètre annuel, la startup Pulse Life affirme que plus d’un professionnel de santé sur deux (56 %) déclare utiliser une IA généraliste comme ChatGPT dans leur pratique. Aux États-Unis, l’entreprise Open-Evidence a mis en place une intelligence artificielle, qui s’appuie sur des bases de données alimentées par toutes les études scientifiques publiées, et déjà utilisée par des dizaines de milliers d’hôpitaux pour affiner leur diagnostic.
Si ces IA spécialisées pour les soignants aident à la recherche de nouveaux traitements ou à de la prise en charge personnalisée, elles ne sont pas fiables tout le temps, rappelle le Dr Pierre de Bremond d’Ars. « Et à la fin, nous sommes responsables de la décision ». D’autant que l’effet pervers pourrait arriver rapidement. « Il y a un vrai sujet sur la perte de compétences des médecins et de la décharge cognitive. »
Faire reposer une grande partie de ses connaissances médicales sur un outil lié à une entreprise privée est un risque, si cette dernière décide du jour au lendemain de faire payer ses services ou, pire, si un problème technique survient.