RÉCIT — Dix ans après l’attentat du 14-juillet à Nice, plusieurs enfants tentent de se reconstruire mais, inévitablement, tout les ramène à cet instant tragique.Mercredi, cela fera dix ans jour pour jour. Depuis le 14 juillet 2016, 3 652 nuits seront tombées. Mais pour eux, c’est comme si c’était hier. Le temps s’est arrêté ce soir-là à 22 h 33 et leur vie n’a plus jamais été la même. Sur la promenade des Anglais, juste après le traditionnel feu d’artifice, un camion blanc a déboulé sur trois kilomètres, tuant 86 personnes en l’espace de deux minutes.
Sur les 120 enfants qui se trouvaient sur sa trajectoire, 15 sont morts et 42 ont été blessés. Ils sont 89 à avoir perdu un proche et 525 ont été reconnus par le fonds de garantie des victimes comme touchés psychologiquement par cet attentat. Leur vie démarrait à peine qu’ils ont été condamnés à devoir composer avec des séquelles physiques pour certains et psychologiques pour la plupart.
Être victime d’un attentat, c’est apprendre à vivre avec l’idée d’avoir été au mauvais endroit au mauvais moment. Kenza avait 4 ans quand elle est passée sous le camion blanc, protégée par le corps de sa mère, allongée sur elle, devant le stand de bonbons. Hager Ben Aouissi, 42 ans aujourd’hui, n’oubliera jamais ce bruit semblable à un « rideau de fer », puis celui des 60 impacts de balles tirés par les policiers sur la cabine du chauffeur, les corps au sol, le regard de cette dame en train de mourir face à elle et « ses yeux bleus magnifiques ».
Son passage sous l’engin lui a aussi percé les tympans, coupé l’oreille et laissé des séquelles aux cervicales. Elle porte aujourd’hui des lunettes noires. En raison d’une pression oculaire trop forte depuis l’attentat, elle est en train de perdre la vue. Au-delà de ses propres douleurs, elle doit gérer celles de sa fille, en état d’hypervigilance permanente.