JO de Milan Cortina : en quête du paradis blanc. L'édito de Bruno Jeudy

Bruno Jeudy fait le tour d'horizon de l'année 2025 en France.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

Bruno Jeudy fait le tour d'horizon de l'année 2025 en France.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Il y a des hivers plus sombres que d’autres. Celui-ci s’est ouvert sous le signe de l’effroi et de la monstruosité. La tragédie de Crans-Montana, la répression sanglante en Iran, les révélations sans fin du scandale Epstein : autant de secousses qui laissent une opinion sidérée, en colère, écœurée. Dans ce climat saturé d’angoisse, les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina ont surgi comme une bouffée d’oxygène, au sens propre comme au figuré. Rien n’efface les drames. Rien ne dissout la gravité du monde.
Mais pour les Européens, ces Jeux constituent une parenthèse enchantée. Un rappel aussi : le Vieux Continent, qu’on dit fatigué, demeure capable d’excellence quand il s’agit d’organiser des événements planétaires. N’en déplaise à Trump, nos amis italiens ont décliné sa proposition aussi humiliante que déplacée de se mêler de la sécurité des JO de Milan-Cortina par l’envoi de forces spéciales.
Plus d’un siècle après les premiers JO d’hiver de Chamonix en 1924, voici comme un retour au bercail alpin. Après Vancouver en 2010, Sotchi en 2014, Pyeongchang en 2018 et Pékin en 2022, le temps a paru long aux Européens. L’enthousiasme transalpin, ces jours-ci, a des accents de retrouvailles. Il faut dire que la fête est belle. Elle rappelle l’énergie contagieuse qui avait saisi le pays lors des Jeux de Paris.
à l’été 2024. Même ferveur populaire, même communion éphémère mais puissante. Les Français, eux, ne boudent pas leur plaisir. Jusqu’à 6 millions de téléspectateurs ont vibré devant les exploits de nos biathlètes. Qui eût imaginé que ce « sport de douanier », naguère raillé, fédérerait toutes les générations, des citadins aux montagnards taiseux ?
Les succès de Julia Simon, Lou Jeanmonnot, Éric Perrot et Quentin Fillon Maillet ne doivent rien au hasard. Ils incarnent le goût de l’effort, l’abnégation, la rigueur – cette vérité simple que le talent n’est rien sans travail. Mais ils offrent davantage encore : une simplicité, un naturel, l’attachement revendiqué à un terroir.
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Dans une mondialisation souvent déshumanisante, les Français se reconnaissent dans ces visages venus du Jura, des Vosges, des Alpes ou des Pyrénées. Le rêve et la grâce étaient aussi au rendez-vous avec le couple Guillaume Cizeron–Laurence Fournier Beaudry, dont le programme a dominé les représentants américains. Tous, à leur manière, illustrent le précepte de Jean-Claude Killy : « La victoire va à celui qui prend le plus de risques. »
La joie de vivre – pour reprendre le titre du récit de Gisèle Pelicot paru cette semaine –, la résilience nous sont offertes par ces athlètes, souvent condamnés à l’anonymat, à l’image de notre représentant en skeleton Lucas Defayet, pointant au RSA mais au courage et à la détermination exemplaires. Beaucoup de nos compatriotes qui traversent des moments difficiles peuvent trouver dans ces champions des modèles pour se dépasser et ne pas douter des lendemains… avec l’organisation des JO d’hiver 2030 dans les Alpes. Puissent les Français adhérer à cette pensée de Confucius : « La plus grande gloire n’est pas de ne jamais tomber mais de se relever à chaque chute. »