JO de Milan-Cortina : la moisson bleue de l'équipe de France en très bonne position pour battre un record

Des supporters français pendant l'épreuve masculine du sprint 10 km.
LTD / AFP / ODD ANDERSEN

Des supporters français pendant l'épreuve masculine du sprint 10 km.
LTD / AFP / ODD ANDERSEN
C’était un samedi blanc mais pas pour le biathlon, qui a prolongé sa razzia de médailles (argent et bronze en sprint femmes,), et celle de l’équipe de France par la même occasion. Ce qui place Milan Cortina 2026 en très bonne position pour devenir une édition record, en tout cas dans les temps de l’objectif top 5.
Il ne lui reste plus que quatre breloques à empocher d’ici dimanche pour dépasser Sotchi 2014 et Pyeongchang 2018 (15), et avec deux épreuves de biathlon cela pourrait arriver dès ce dimanche 15 février. Le matelas est moelleux : au huitième jour de compétition, la France n’avait jamais fait mieux que sept. Certes, cela répond à une certaine logique puisque la délégation compte presque deux fois plus d’athlètes qu’il y a quatre ans à Pékin, et que Russes et Biélorusses concourent à dose homéopathique (20). Mais il n’y a pas que les temps de passage. Il y a l’émotion des déçus, le chocolat qui vaut un métal (Nils Allègre) et l’argent qui a goût d’or (Mathis Desloges, Romane Miradoli)
Ces Jeux d’hiver, qui ont un léger fumet de Paris 2024 de l’autre côté des Alpes, ont les atours d’une parenthèse enneigée ici. Dix-huit mois après la fièvre olympique, les Français se reprennent gentiment aux Jeux. « Une respiration » dans un monde anxiogène, apprécie Laurent-Éric Le Lay, directeur des sports de France Télévisions. Le service public affiche des scores au plus haut depuis les Jeux de Turin il y a vingt ans, avec 45 millions de personnes qui ont regardé au moins une minute de ces JO et une position de leader en prime time les soirs de patinage artistique, avec un pic à 6 millions pour la médaille d’or de Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Baudry. Sans compter, donc, la dream team du biathlon qui tire les audiences en journée.
« Les Jeux, c’est un moment où on regarde des disciplines qu’on ne regarde jamais, indique Laurent-Éric Le Lay. Nous observons aussi de très bons scores sur l’halfpipe ou le short-track, des disciplines très spectaculaires, où il n’y a pas toujours de Français. » Ce n’est pas un hasard si les audiences flirtent avec celles du dernier passage dans les Alpes. Ces JO, avec trois fois moins d’athlètes et deux fois moins de nations que ceux d’été, marquent le retour à des heures de diffusion plus appropriées que les précédents, de Vancouver en 2010 à Pékin en 2022, qui s’étaient déroulés avec masques et sans visiteurs.
« Les Jeux d’hivers sont des Jeux familiaux, presque européens, souligne Éric Monnin, ambassadeur de l’Université Marie & Louis Pasteur et directeur du Centre d’étude et de recherche olympique universitaire. C’est un retour à la maison. Regardez le tableau des médailles ! » Dominé par la Norvège, d’où est originaire le skieur brésilien Lucas Pinheiro Braathen, premier médaillé sud-américain de l’histoire après sa victoire hier dans le géant.
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Vu d’ici, la transmission imminente du drapeau olympique serait une autre raison de l’intérêt pour le raout italien, selon l’universitaire, qui voit dans ce rendez-vous très décrié une chance pour la France : « Milan Cortina et surtout Alpes 2030 doivent être des laboratoires expérimentaux pour concilier les compétitions sportives avec le monde dans lequel nous vivons. » En Italie, malgré les généreux flocons qui sont tombés, c’est de la neige artificielle qui a habillé presque toutes les épreuves. Un décorum télévisuel dédié à la performance, moins à la montagne. Empêtrée dans sa crise de gouvernance, l’organisation française peine, elle, encore à distiller une vision stratégique en la matière.
Il y a trois ans, le Comité international olympique (CIO) a acté qu’à partir de 2040, seuls huit à dix pays seraient en capacité d’accueillir les Jeux d’hivers du fait du dérèglement climatique. « Alpes 2030 doit inventer la montagne de demain, appuie Éric Monnin. Il y a urgence, on n’a pas le choix. La neige artificielle, ce n’est pas le problème. Il faut repenser la pratique. On parle du cyclo-cross pour 2030 par exemple. Il faut aussi regarder du côté du eSport. Pourquoi pas imaginer des pratiques sur simulateur ? Il faut se demander si, à l’avenir, cela aura du sens de continuer le bobsleigh, le biathlon, le ski… Le sport, c’est de la politique. » La disqualification du porte-drapeau ukrainien, Vladislav Heraskevych, qui souhaitait honorer sur son casque de skeleton des coéquipiers tués lors de la guerre avec la Russie, en est un autre versant. C’est aussi ça les Jeux.