Nicolas*, un surveillant, reste sur ses gardes. « Jusqu’à présent, les détenus se sont pliés à la réglementation, au point que cela commence presque à nous inquiéter… » Quatre mois après l’ouverture du premier quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), au centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais, son quotidien est étonnamment calme. Transférés entre ces murs ultra-sécurisés, les prisonniers – sur le papier, les 100 plus puissants narcotrafiquants français, condamnés ou en détention provisoire, dont Mohamed Amra – font plutôt profil bas.
« On a pourtant la Ligue des champions des narcos, soutient Nicolas. Des têtes de réseaux marseillais de la DZ Mafia, leurs rivaux de Yoda, des bandits de la taxe carbone, etc. Certains sont amis, d’autres ennemis. Beaucoup se connaissent. Si d’ordinaire ils s’entretuent, il y a ici des alliances de survie lorsqu’il s’agit, si nécessaire, de se liguer contre l’administration. »
Cet été, des troubles ont gâché « les premières semaines de lune de miel, où les hommes étaient discrets, presque assommés par le choc des nouvelles conditions de détention », raconte Bernard*, un agent pénitentiaire. Deux hommes ont prétendu avoir avalé des piles pour tenter une extraction médicale. Une grève de la faim, suivie par une trentaine d’individus, et des inondations de cellules, commanditées, paraît-il, par l’un des patrons de la DZ Mafia, ont mollement agité les coursives. Des mutineries tuées dans l’œuf : « Ils se sont lassés avant nous, constate Bernard. Ce genre d’actions, on les a déjà gérées. Ils pensaient nous déranger, on a coupé l’eau la nuit. Fin de l’histoire. »