Reportage au sein de l'association Unis Cité où des jeunes français consacrent une partie de leur vie auprès des familles avec une ou plusieurs personnes en situation de handicap.
Entre leur position abyssale sur listes d'attente et des propositions de cursus inadéquates, ces bacheliers qui n'ont pas trouvé leur bonheur sur Parcoursup se sont tournées vers une mission dans le secteur public ou associatif. Une expérience susceptible d’être valorisée ensuite sur la plateforme.
Au fait des embouteillages en psychologie, elle avait « vu large » à l’heure des vœux l’an passé : dix facs cochées. Mais l’été venu, quand Maëline a découvert sa meilleure position en liste d’attente, abyssale (8000e), elle est restée interdite.
D’autant plus en voyant ses amis trouver leur bonheur académique, quand son curseur ne remontait qu’en mode escargot. « Cela a été un choc, se rappelle cette Rennaise, 11,7 au bac. Tout un été à stresser et, au bout du compte, pas d’école. La confiance en soi en a pris un coup. Je me disais ‘‘mais je suis si nulle que ça ?’’»
Maëline était une « déçue » de Parcoursup. Et ce ne sont pas les agents du dispositif qui lui ont remonté le moral. « J’ai reçu trois coups de fil de leur part, mais pour me proposer des options sans lien avec mes souhaits, comme la biologie marine. On me disait qu’il fallait faire des concessions, comme si on voulait me forcer la main. » L’histoire est racontée avec le sourire de ceux qui ont su rebondir. En prenant un itinéraire bis, celui du Service civique, idée soufflée par un papa employé à France Travail.
Une visite sur la plateforme officielle, la découverte d’une mission « Ambassadeur de la santé mentale » proposée à Rennes par l’association Unis-Cité, et l’opération « soulagement » était lancée. Voilà donc Maëline au plus près d’acteurs d’un domaine qu’elle souhaite faire sien. D’abord via une formation préalable, avant d’être lancée « au contact de jeunes vivant des choses difficiles », dit-elle pour englober leurs maux (dépression, bipolarité, anorexie…). Objectifs : lutter contre la stigmatisation des problèmes de santé mentale et faire de la prévention.
Un pic de 150.000 volontaires
Destiné aux 16-25 ans, et jusqu’à 30 ans pour les personnes handicapées, le Service civique embrasse des thématiques variées. Solidarité, éducation, environnement, culture, sport… Six à douze mois d’engagement, 620 euros d’indemnités mensuelles. Un pic de 150.000 volontaires a pu être atteint, mais les places disponibles se réduisent avec les restrictions budgétaires. « Le Service civique a été lancé sous Sarkozy, développé sous Hollande et stabilisé sous Macron, jusqu’aux récentes coupes », retrace Marie Trellu-Kane, fondatrice d’Unis-Cité en 1994, soit bien avant la loi de 2010 instituant le dispositif.
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Au sein de l’association, la plus active du pays sur ce terrain, tout se fait en équipe. « On n’est jamais tout seul et on peut faire partie de plusieurs missions différentes, reprend sa présidente. C’est une pause volontaire pour être utile, gagner de l’expérience, prendre le temps de se ressourcer et de réfléchir à son projet de vie. » Environ 40 % des volontaires ont un niveau bac ou équivalent.
Le bac, Adam l’avait passé en 2021. Trois ans plus tard, licence en biologie obtenue sans conviction, il revient sur Parcoursup. Avec, cette fois, la volonté d’intégrer la filière « éducateur spécialisé », nourri par une expérience dans le domaine. Un seul vœu pour ce Bordelais : l’Institut régional de travail social de Talence (IRTS). Mais il est recalé à l’entretien d’admission.
L’expérience d’une amie, œuvrant en Service civique pour l’insertion des réfugiés, lui aura servi de boussole. Pour lui, direction le programme Solidarité Aidants. Durant huit mois, le jeune homme a ainsi prêté main-forte dans un Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), notamment auprès de femmes victimes de violences conjugales. Mais aussi effectué des visites de convivialité dans des familles intégrant un enfant en situation de handicap. « J’ai pu m’immerger dans un milieu professionnel auquel on n’accède normalement qu’avec des diplômes », dit-il.
En revenant sur Parcoursup l’an passé, Adam avait donc un bagage en plus, qu’il a pu valoriser. « Je l’ai mis en avant dans mon dossier et ensuite lors de mon nouvel entretien à l’IRTS. J’ai senti que ça a pesé. » Admission validée cette fois. C’est une trajectoire similaire qu’entrevoit Maëline, déjà réinscrite sur la plateforme. Choix de carrière conforté et confiance restaurée.