Alors qu’une étude remise il y a quelques jours à la Commission européenne évalue à plusieurs centaines de milliards le coût pour la société d’ici 2050 des PFAS (aussi surnommés « polluants éternels »), un projet européen visant à développer des technologies d’élimination vient de démarrer. Un réacteur pilote, mêlant procédés photocatalytiques et traitement à haute température, va être développé à Lyon.L’élimination des PFAS est devenu un enjeu de santé publique majeur. Selon une étude publiée récemment pour le compte de la Commission européenne, un européen sur six pourrait être confronté à une exposition suffisamment significative d’ici 2050 et en subir de potentielles conséquences sur sa santé (cancer, cholestérol, dérèglements hormonaux, etc). Ces substances, présentes dans de nombreux produits du quotidien (ustensiles de cuisine, emballages, cosmétiques, etc) se diffusent dans l’environnement ou encore la nourriture. Souvent qualifiées de polluants éternels, la plupart de ces PFAS sont en effet extrêmement difficiles à détruire une fois dans la nature.
Et c’est bien là tout l’enjeu du projet GreenWaterTech-2, porté par un consortium de partenaires académiques et industriels européens et retenu par la Commission européenne dans le cadre de l’appel à projets Water4All. Il a démarré il y a quelques jours. Objectif : détruire 100% des PFAS présents dans l’eau, y compris ceux à chaîne courte comme les TFA, les plus complexes à annihiler.
Cela passera notamment par le développement d’un réacteur pilote à horizon de trois ans. Il sera construit à Lyon par l’école CPE Lyon (École supérieure de chimie, physique, électronique) et par l’entreprise villeurbannaise (69) Brochier Technologies. Le budget global annoncé est de l’ordre d’1,5 million d’euros, dont 300.000 euros apportés par les deux partenaires français impliqués.
Un réacteur pilote à horizon de trois ans
Dans ce projet, il s’agira de s’appuyer sur les technologies déjà existantes, mais en optimisant leur potentiel afin d’aboutir à une destruction complète.
« Il existe déjà des solutions, y compris industrielles, mais elles ont toutes des inconvénients importants. L’absorption par charbon actif par exemple est très énergivore. De plus, lorsque le support est saturé, il faut soit le stocker, mais se pose la question du lieu et de la méthode de stockage, soit le régénérer mais se pose alors la problématique du devenir de solutions concentrées en PFAS, soit minéraliser les PFAS en brûlant le charbon saturé à plus de 1.000 degrés, avec un traitement spécifique des fumées », explique Claude de Bellefon, directeur de recherche CNRS au laboratoire CP2M et directeur scientifique de CPE Lyon.
D’autres procédés sont à l’étude, précise le chercheur, mais à un stade encore éloigné de l’industrialisation : le traitement par oxydation à haute température, le traitement par bactéries, de la photochimie et de la photocatalyse, etc. Le réacteur sur lequel les équipes du consortium vont travailler couplera différentes approches scientifiques afin de tenter de sortir de cette impasse : il combinera des procédés liés à la chaleur, à la lumière et à la catalyse.