La France progresse dans l’IA, mais son plan reste flou et ankylosé par des lenteurs administratives alors que les États-Unis et la Chine avancent à marche forcée. La Cour des comptes pointe ce retard français dans un rapport dévoilé ce mercredi.Faux départ. Dans un rapport dévoilé ce 19 novembre, la Cour des comptes dresse un premier bilan des investissements dans l’intelligence artificielle menés par les gouvernements successifs entre 2018 et 2025, comprenant, entre-temps, l’arrivée bouleversante de l’IA générative. Si l’autorité de contrôle des finances publiques souligne une progression notable de la France dans ce secteur, elle dénonce néanmoins l’absence de cap clair de ce plan stratégique, piloté par une bureaucratie qui ne mesure pas toujours l’urgence ni l’enjeu concurrentiel.
La Cour pointe ainsi une « gouvernance complexe » qui a freiné l’effort financier. En clair, l’argent promis pour accélérer, est resté bloqué dans les comptes publics. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur une enveloppe de 830 millions d’euros engagés par l’État, seuls 289 millions d’euros avaient été effectivement versés aux bénéficiaires au 30 juin 2025. Autrement dit, seuls 35 % des sommes promises ont été investies.
Les États-Unis, gardien de la donnée
Le cas des « IA Clusters », ces pôles stratégiques destinés à fédérer chercheurs et entreprises, illustre cruellement cette lenteur administrative. Il aura fallu trois années entières, de novembre 2021 à novembre 2024, pour que le projet se concrétise et que les fonds soient débloqués. La Cour met directement en cause la multiplicité des opérateurs publics (SGPI, Bpifrance, Inria, Dinum, etc.) chargés de la mise en œuvre de la stratégie. Cette fragmentation a généré des cycles incessants d’audits et de validations, nécessitant de multiples « allers-retours entre les porteurs [de projet] et les services instructeurs » pour contractualiser la dépense.
Ce retard a des conséquences directes sur la compétitivité, face à des puissances qui, elles, n’attendent pas. « Le risque de perte en moyens humains (chercheurs et ingénieurs) ou technologiques (dépendance vis-à-vis de supercalculateurs ou matériels qui peuvent se déprécier rapidement) a été jugé le plus souvent comme inférieur au risque de ne pas disposer des financements extrêmement rapidement », peut-on lire dans le rapport. Cette inertie aurait en partie provoqué une fuite des talents.