Amazon a annoncé mercredi son intention d'investir plus de 35 milliards de dollars dans toutes ses activités en Inde d'ici 2030 (photo d’illustration).
Les acteurs de la tech annoncent tour à tour des projets d’investissements en Inde, attirés par le potentiel que représente le pays le plus peuplé du monde dans la course au développement de l’intelligence artificielle.
Après Microsoft mardi et Google en octobre, c’est au tour d’Amazon d’annoncer des investissements XXL en Inde. 35 milliards de dollars (30 milliards d’euros) plus précisément, qui seront échelonnés jusqu’en 2030, peut-on lire dans un communiqué publié ce mercredi.
Concrètement, « cet investissement se concentrera sur l'expansion des activités (d’Amazon) ainsi que sur trois piliers stratégiques : la numérisation pilotée par l'IA (ndlr : intelligence artificielle), la croissance des exportations et la création d'emplois », est-il indiqué. La firme américaine détenue par Jeff Bezos assure que l'investissement va permettre de « créer un million d'emploi (en Inde), booster le cumul des exportations jusqu'à 80 milliards de dollars, et faire bénéficier de l'intelligence artificielle à 15 millions de petites entreprises ».
Ce n’est pas la première fois qu’Amazon sort le chéquier dans la cinquième économie mondiale. Le groupe affirme y avoir déjà investi 40 milliards de dollars « jusqu’à présent ». Ce, aussi bien dans des infrastructures physiques que numériques, notamment dans les réseaux de transports, les centres de données, les plateformes de paiement en ligne et le développement des technologies.
L’annonce d’Amazon intervient au lendemain d’une opération similaire faite par son concurrent Microsoft. Mardi, son patron, Satya Nadella, s’est engagé à investir en Inde 17,5 milliards de dollars (15 milliards d’euros) sur quatre ans, soit le « plus gros investissement (de son groupe) à ce jour en Asie ». Objectif : « contribuer à la mise en place de l'infrastructure, des compétences et des capacités souveraines nécessaires à un avenir où l'IA sera la priorité de l’Inde », a-t-il écrit dans un message sur X.
Deux mois plus tôt, c’est un autre géant américain de la tech qui a promis 15 milliards de dollars (12,9 milliards d’euros) d’investissements en Inde sur les cinq prochaines années. Google va dans ce cadre construire un centre de données et de recherche dédié à l’IA, dans le sud du pays, qui sera son « plus grand site » en dehors des États-Unis.
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Outre les mastodontes du secteur, d’autres acteurs américains entendent se déployer en Inde. Les start-up OpenAI et Anthropic, respectivement derrière les assistants conversationnels ChatGPT et Claude, ont chacune fait part ces derniers mois de leur intention d’y ouvrir un bureau. Et la firme Perplexity a signé un partenariat avec l'opérateur de télécommunications indien Airtel pour offrir ses services dans le pays.
Si l’Inde attire autant, c’est parce que les entreprises de la tech ont flairé son potentiel. Plaque tournante de l’innovation technologique, le pays d’Asie du sud-est est doté d’une vaste infrastructure numérique. Il compte aussi un écosystème dynamique de start-up – plus de 2 000 jeunes pousses spécialisées dans l’IA y ont été lancées ces trois dernières années, d’après un rapport du cabinet Boston Consulting Group (BCG) sorti en juin.
Avec ses quelque 1,4 milliard d’habitants – une population, en outre, plus jeune que dans le reste du monde – le pays dispose d’une mine d’utilisateurs. Il compte d’ailleurs plus de 790 millions d’abonnés à l’Internet mobile, selon l’autorité de réglementation du secteur des télécommunications, et les smartphones y sont plus que généralisés. Si bien que « l’Inde génère des volumes massifs de données, véritables moteurs pour l'entraînement des modèles d'IA », rappelle BCG.
Le gouvernement indien s’affiche en plus déterminé à développer l’IA dans son pays, dans l’optique de le faire entrer dans le « club » de ceux dits développés – comme le souhaite le Premier ministre Narendra Modi d’ici 2047, date du centenaire de l’indépendance de l’Inde. L’exécutif a lancé en mars 2024 un programme baptisé « India AI Mission », doté de 1,2 milliard de dollars sur cinq ans, dans le but de bâtir un écosystème propice à cette nouvelle technologie. Le Premier ministre a en outre annoncé à l’automne que l'Inde va rejoindre le cercle très fermé des pays fabricants de semi-conducteurs, essentiels pour des technologies comme l’IA, afin de réduire sa dépendance en la matière.
Reste que l’Inde a encore des obstacles à surmonter. Dans la cinquième économie mondiale, la bureaucratie s’affiche comme un frein au développement. C’est aussi le cas du manque d’emplois. 10 à 12 millions de nouvelles personnes arrivent sur le marché du travail chaque année en Inde et beaucoup peinent à trouver un poste, particulièrement parmi les plus diplômés. D’où le choix de l’exode pour ceux pouvant se le permettre, qui migrent aux États-Unis, au Canada ou encore au Royaume-Uni pour y travailler.
L’Inde cultive par ailleurs une approche différente de l’IA comparé à l’Occident, que les investisseurs doivent prendre en compte. Ainsi, plutôt que d’être dans la course technologique, « nous sommes vigilants à la manière dont ces outils peuvent remédier aux problèmes socio-économiques à grande échelle, comment ils peuvent aider les agriculteurs ou l’homme de la rue », rappelait récemment Sanjeev Singla, ambassadeur d’Inde pour la France et la Principauté de Monaco, lors de l'AIM organisé par La Tribune.
Une chose est toutefois sûre selon lui : « Si quelque chose réussit en Inde, qui compte 1,4 milliard d’habitants, cela peut servir de modèle pour le reste du monde ». Une vision que ne contrediront sûrement pas les géants de la tech.