De gauche à droite : Laurent Solly (vice-président Meta Europe), Michel Lutz (digital factory head of data & AI, TotalEnergies), François Soubien (Global CEO, Talan), Fabrice Valentin (VP HO ArtificiaI Intelligence, Airbus) et Bernard Kleynhoff...
SPÉCIAL AIM 2025 - Qu'elle serve à analyser des milliers de données ou à aider les professionnels dans leur travail, l'IA a déjà infléchi les stratégies et transformé les métiers.
Dommage, elles ne seront pas disponibles en France pour Noël ! Les nouvelles lunettes connectées présentées par Laurent Solly, vice-président Meta, Europe, à la table-ronde sur industrie et intelligence artificielle (IA) dans le cadre de l'AIM, ne seront en vente qu'au début 2026.
Elles sont en tout cas emblématiques, selon Laurent Solly. D'abord, elles illustrent la coopération entre un géant américain, Meta, qui a implanté un centre de recherche en France et fait aujourd'hui partie intégrante de l'écosystème européen, et une entreprise franco-italienne, EssilorLuxottica, qui les produit. Ensuite, ces lunettes connectées serviront aux particuliers, mais surtout aux salariés, notamment dans l'industrie, grâce à leur capacité à photographier et à analyser des images et des données. L'industrie qui s'est emparée de l'IA – avec discernement, cependant.
Enjeux stratégiques et de souveraineté
« Notre premier défi, souligne Fabrice Valentin, responsable IA et Analyse avancée chez Airbus, c'est la sécurité et la fiabilité. Or certains outils à base d'IA, qui s'appuient sur des probabilités, nous questionnent... » En outre, le constructeur aéronautique européen est attaché à la protection de son cœur de métier et de ses savoir-faire. « La souveraineté technologique est un enjeu pour nous », indique ce professionnel. Ces aspects stratégiques n'empêchent pas la sélection d'un certain nombre de cas d'usage, depuis le traitement d'images satellites jusqu'à la relation client grâce à l'IA générative, qui permet aux ingénieurs d'Airbus de mieux communiquer.
Chez TotalEnergies, au-delà d'outils américains comme Copilot, de Microsoft, ou français, comme l'assistant de Mistral AI, que le groupe a adopté pour aider les équipes au quotidien, « nous utilisons l'IA pour améliorer notre production d'énergie, réduire nos émissions de gaz à effet de serre, accroître la sécurité de nos opérations et choisir, par exemple, où implanter des panneaux solaires », énumère Michel Lutz, Digital Factory Head of Data & AI pour TotalEnergies. En somme, l'IA, qui permet au groupe d'analyser des milliers de données sismiques ou satellitaires et d'informations provenant de capteurs sur ses lieux de production, est devenue un enjeu stratégique, visant à rendre les activités du groupe plus sûres et plus durables.
Mais si, comme le relève François Soubien, Global CEO du groupe international de conseil et d'expertises technologiques Talan, 89 % des organisations dans la finance ont adopté l'IA contre seulement 67 % dans l'industrie, c'est que les traditions y sont lourdes et que les industriels, dont la vision, par nature, est à long terme, ont parfois du mal à s'adapter à la vitesse des changements dans les IA. En outre, souligne-t-il, « ils se demandent toujours comment une preuve de concept, aussi séduisante soit-elle, pourra être mise à l'échelle pour être fonctionnelle dans leurs établissements ». Sans oublier la qualité des données qu'ils doivent pouvoir récolter s'ils veulent que l'analyse soit utile.
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Transformation des métiers
L'IA a transformé une autre industrie, celle du marketing et de la publicité, remarque de son côté Laurent Solly, de Meta. Les outils intelligents permettent ainsi à des entités du groupe, Facebook et Instagram, de générer des plans média pour des clients, avec des ciblages très pointus qui assurent « une augmentation du taux de succès d'une campagne de 25 à 30 % », dit-il. Mais ce n'est pas tout. Les outils à base d'IA, qui peuvent produire des contenus de plus en plus sophistiqués, font, tout en réduisant les coûts, évoluer le métier des créatifs, en faisant la part belle à un autre talent, celui du prompting, autrement dit, la commande à donner au système pour obtenir le meilleur résultat.
S'il ne s'agit pas de succomber à la mode de l'IA en adoptant n'importe quel outil, pour n'importe quel usage, les industriels sont, comme les autres chefs d'entreprises, sensibles au supplément de compétitivité que ces technologies peuvent apporter. Pas étonnant que Bernard Kleynhoff, président de la Commission développement économique et digital, industrie, export, attractivité, cyber sécurité de la Région Sud et président de risingSUD, veut « mettre en relation grands groupes et PME locales » pour que les premiers aident les deuxièmes à s'acculturer.