Pour Nvidia, en route vers des résultats records, l’ère du monopole touche à sa fin
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Le PDG de Nvidia, Jensen Huang, lors d'une conférence à San Jose en Californie, le 16 mars dernier.
REUTERS - FRED GREAVES 2025 - Fred Greaves
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Le PDG de Nvidia, Jensen Huang, lors d'une conférence à San Jose en Californie, le 16 mars dernier.
REUTERS - FRED GREAVES 2025 - Fred Greaves
Nvidia s’apprête à publier mercredi soir des résultats trimestriels attendus à des niveaux records, portés par l’explosion de la demande en intelligence artificielle. Mais derrière cette performance exceptionnelle, les investisseurs scrutent désormais un changement de cycle : celui d’un marché de plus en plus fragmenté, où la suprématie du géant des puces pourrait être progressivement contestée.
Depuis plusieurs années, Nvidia domine sans partage le segment des processeurs dédiés à l’entraînement des modèles d’IA. Mais le centre de gravité du secteur se déplace. Les géants technologiques développent désormais leurs propres solutions pour répondre à une nouvelle vague de besoins : l’exécution en temps réel des systèmes d’IA, dite « inférence », un marché plus vaste mais aussi plus concurrentiel.
Dans ce nouvel environnement, les positions se redessinent rapidement. Intel et AMD continuent de proposer des alternatives optimisées pour les charges de travail moins intensives et sensibles aux coûts. Alphabet s’est imposé comme un acteur central grâce à ses unités de traitement de tenseur (TPU), tandis qu’Amazon accélère avec ses puces maison Trainium.
« « Il ne s’agit pas tant d’opposer Nvidia aux TPU ou à AMD. Je pense que la question est plutôt de savoir si l’écosystème de Nvidia restera aussi dominant à l’avenir, alors que certaines de ces nouvelles charges de travail d’inférence commencent à se multiplier », estime John Belton, gestionnaire de portefeuille chez Gabelli Funds, qui détient des actions Nvidia.
Cette montée en puissance des concurrents se reflète déjà dans les performances boursières : le titre Nvidia progresse d’environ 19 % cette année, loin derrière AMD, Intel ou Arm, ainsi que les 27 % d’Alphabet, dans un contexte où les marchés anticipent une redistribution des cartes.
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Pour contrer cette pression, Nvidia multiplie les initiatives technologiques. Le groupe a notamment présenté en mars un nouveau processeur central et un système d’IA basé sur la technologie de Groq, une start-up spécialisée dans l’inférence récemment acquise. Ces développements ne sont toutefois pas encore intégrés dans les prévisions du groupe, qui vise un chiffre d’affaires de 1.000 milliards de dollars pour ses plateformes Blackwell et Rubin d’ici fin 2027.
Les investisseurs seront particulièrement attentifs à la capacité du groupe à identifier de nouveaux relais de croissance, mais aussi à la résilience de sa chaîne d’approvisionnement. Les engagements d’approvisionnement de Nvidia ont quasiment doublé, passant de 50,3 à 95,2 milliards de dollars sur deux trimestres, même si le groupe a jusqu’ici échappé aux tensions sur les puces mémoire qui ont touché Qualcomm et Apple.
Selon LSEG, Nvidia devrait afficher une hausse de 79 % de son chiffre d’affaires au dernier trimestre, la plus forte progression depuis plus d’un an. Le bénéfice ajusté atteindrait 42,97 milliards de dollars, en hausse de 81,8 %. Cette dynamique est alimentée par les investissements massifs de Microsoft et Meta, dont les dépenses cumulées dans l’IA devraient dépasser 700 milliards de dollars cette année, contre environ 400 milliards en 2025.
Le directeur général Jensen Huang souligne par ailleurs que Nvidia a sécurisé ses capacités de production pour plusieurs trimestres, apaisant temporairement les craintes liées aux contraintes industrielles. Mais de nouveaux risques émergent. La construction plus lente que prévue de centres de données pourrait freiner la demande à court terme, limitant la capacité des clients à déployer leurs équipements.
« Les clients n’ont tout simplement pas la place d’installer les GPU. Ils veulent en posséder autant que possible. Ils veulent en acheter autant qu’ils le peuvent, mais ils ne disposent pas vraiment des centres de données pour les accueillir, » souligne Chaim Siegel, analyste chez Elazar Advisors. Autre incertitude majeure : la Chine. Nvidia n’y commercialise pas encore ses puces H200, dans un contexte où Pékin privilégie les alternatives locales. Les récents échanges diplomatiques impliquant Jensen Huang et Donald Trump ont toutefois ravivé l’espoir d’une ouverture progressive du marché.
Enfin, la pression sur les marges pourrait s’intensifier. Celles-ci devraient atteindre 74,5 % au premier trimestre, mais pourraient reculer sous l’effet de la hausse des coûts liés à la mémoire et au conditionnement des puces, ainsi que du déploiement des prochaines générations Rubin.
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