ANALYSE. Le lancement de Claude Cowork par Anthropic a déclenché un choc sur les marchés financiers. Capable d'automatiser des tâches juridiques et commerciales complexes, cet agent autonome remet en question le modèle économique des géants du logiciel et des services.Un spectre hante les salles de marché : le spectre de l’IA autonome. Toutes les puissances de la vieille tech se sont unies en une Sainte-Alliance pour le conjurer : les analystes, les bulls de Wall Street et les fonds de private equity. Mais en ce début février, ce spectre s’est incarné, et 285 milliards de dollars se sont évaporés. Car ce n’est plus une correction, mais une remise en question de la rente qui a dominé l'économie numérique pendant quinze ans.
Claude Cowork : l’accélérateur de la débâcle
À l’origine de cette panique, Claude Cowork. Anthropic, start-up d’IA valorisée à plus de 30 milliards de dollars après avoir levé 10 milliards en novembre 2025, a lancé vendredi 30 janvier des modules d’extension (plug-in) pour son agent autonome capable d’automatiser des pans entiers de tâches juridiques, commerciales, marketing et d’analyse de données. Développé en seulement dix jours par l’IA elle-même, cet outil attaque directement le cœur des services professionnels et de l’analyse de données, des secteurs autrefois jugés comme les premiers bénéficiaires de l’ère algorithmique.
Jusqu'ici, l'IA était vendue comme un « copilote » augmentant l'humain. Désormais, le message est que l'IA n'est plus au service des opérateurs historiques, elle est leur remplaçante. Cette bascule transforme des actifs stratégiques (bases de données, interfaces métiers) en commodités obsolètes.
La chute des actions américaines et européennes a logiquement transformé le mardi 3 février en une véritable déroute pour les géants des données. Thomson Reuters, propriétaire de la base de données juridique Westlaw, a plongé de près de 18 %, enregistrant sa plus forte perte journalière et sa clôture la plus basse depuis juin 2021.