Anthropic devance OpenAI et lance la bataille des mégaIPO de l’IA en Bourse

Dario Amodei, PDG et fondateur de la start-up d'IA Anthropic
REUTERS - Denis Balibouse

Dario Amodei, PDG et fondateur de la start-up d'IA Anthropic
REUTERS - Denis Balibouse
Anthropic a annoncé lundi avoir déposé un projet de dossier d’introduction en Bourse auprès du régulateur américain, la Securities and Exchange Commission (SEC), confirmant son intention de tester les marchés actions dans un contexte d’euphorie autour de l’intelligence artificielle générative. La procédure a été engagée sous forme de dépôt confidentiel, un mécanisme qui permet aux entreprises de préparer leur arrivée en Bourse sans dévoiler immédiatement leurs chiffres ni leur calendrier de cotation.
La société fondée à San Francisco par d’anciens chercheurs d’OpenAI, connue pour sa famille de modèles Claude, souligne que l’éventuelle IPO « dépendra des conditions de marché et d’autres facteurs », laissant la porte ouverte à un report ou un renoncement si la fenêtre de marché se refermait brutalement.
Aucun détail n’a pour l’instant été rendu public sur le montant qui pourrait être levé ni sur le type de place de cotation visée, même si une inscription au Nasdaq, la Bourse des valeurs technologiques, apparaît comme le scénario le plus probable.
Quelques jours avant l’annonce de ce dépôt, Anthropic a fait savoir qu’un nouveau tour de table interne valorisait l’entreprise à 965 milliards de dollars, ce qui en fait, sur le papier, l’une des sociétés non cotées les plus chères du monde dans le secteur technologique. Cette valorisation dépasse désormais celle attribuée à son rival OpenAI, évalué à environ 852 milliards de dollars lors de récentes transactions secondaires, et traduit l’appétit intact des investisseurs pour les acteurs jugés stratégiques dans l’IA générative.
L’écart de valorisation reflète l’accélération commerciale des modèles Claude, dont les versions les plus récentes sont massivement intégrées dans des suites de productivité, des outils de développement logiciel et des services d’assistance en ligne d’entreprises de la tech et de la finance. Il traduit aussi la prime accordée à une société perçue comme plus indépendante que d’autres acteurs du secteur, même si Anthropic reste largement financée par de grands groupes technologiques et financiers.
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Anthropic s’est imposé en quelques années comme l’un des champions américains de l’IA grâce à ses modèles Claude, positionnés comme des assistants « plus sûrs » et plus conformes à des usages professionnels que les premiers modèles grand public de l’IA générative. La société met en avant des garde‑fous renforcés pour limiter les dérives de ses systèmes, une approche qui lui a ouvert les portes de grands comptes dans la banque, les services professionnels et l’industrie.
Ces clients utilisent Claude pour automatiser des tâches à forte valeur ajoutée : rédaction et synthèse de documents, génération de code, analyse de contrats ou encore assistance à la relation client. Cette pénétration rapide dans les entreprises explique en partie la trajectoire fulgurante de la valorisation d’Anthropic, malgré un modèle économique encore gourmand en capitaux, dominé par des investissements massifs dans l’infrastructure informatique et l’achat de capacités de calcul dans le cloud.
En déposant son projet de dossier d’introduction en Bourse, Anthropic se positionne pour capter une partie de la frénésie d’investissement qui entoure l’IA générative, dans un marché américain des IPO qui se réveille après plusieurs années atones. Les investisseurs institutionnels, des grands fonds de pension aux gérants d’actifs spécialisés dans la technologie, cherchent à se positionner sur les futurs champions d’un secteur appelé à transformer la productivité des entreprises, les services en ligne et l’organisation même du travail.
Une introduction à Wall Street offrirait à Anthropic une capacité de financement bien supérieure à celle des tours de table privés, indispensable pour suivre le rythme des dépenses d’entraînement de modèles toujours plus puissants et des déploiements commerciaux mondiaux. Elle placerait aussi la start‑up sous la surveillance plus étroite des marchés et des régulateurs, à un moment où la question des biais algorithmiques, de la protection des données et de la consommation énergétique des centres de données d’IA devient un sujet politique sensible.
Le dépôt d’Anthropic intervient alors que plusieurs autres poids lourds de l’IA et du spatial, à commencer par OpenAI et SpaceX, travaillent eux aussi à des projets d’introduction en Bourse susceptibles de donner naissance à certaines des plus grosses IPO de l’histoire. Les valorisations évoquées pour ces différents dossiers se chiffrent en centaines de milliards, voire en milliers de milliards de dollars, et alimentent l’idée d’un nouveau « super‑cycle » de cotations technologiques centré sur l’IA, les semi‑conducteurs et les infrastructures numériques.
Pour les marchés, l’enjeu consiste à absorber des volumes inédits de titres tout en évitant un emballement spéculatif qui rappellerait l’éclatement de la bulle internet au début des années 2000. Pour les États‑Unis, ces méga‑introductions conforteraient un peu plus la domination de Wall Street sur le financement de l’IA, au moment où l’Europe peine toujours à faire émerger ses propres champions cotés en Bourse.
Pour les investisseurs, l’arrivée en Bourse d’Anthropic offrirait un accès direct à un acteur clé de l’IA générative, jusqu’ici réservé à un cercle restreint de fonds de capital‑risque, de géants de la tech et de fonds souverains. Mais elle pose aussi la question du niveau de valorisation acceptable pour une entreprise encore déficitaire, confrontée à des coûts d’investissement colossaux et à une concurrence exacerbée.
L’issue de ce dossier servira de test grandeur nature de l’appétit des marchés pour les valeurs IA au‑delà du cercle limité des fournisseurs de puces et de cloud, déjà largement plébiscités en Bourse. Elle dira aussi jusqu’où les marchés sont prêts à financer une technologie dont les impacts sur l’emploi, l’organisation du travail et l’empreinte environnementale restent encore largement débattus, entre promesse de gains de productivité et risques de déstabilisation sociale.
(Avec agences)