Carte : après Choose France, où en sont les projets de data centers en France ?

Dans un data center Equinix, à Pantin
BT/JS - REUTERS - Benoit Tessier

Dans un data center Equinix, à Pantin
BT/JS - REUTERS - Benoit Tessier
Les projets de data centers n’en finissent pas de pleuvoir sur la France. Dernier investissement en date annoncé lors du sommet Choose France : Softbank, qui prévoit d'injecter à lui seul 75 milliards d'euros dans des infrastructures de calcul, dont 45 milliards d'euros d'ici à 2031 dans trois sites des Hauts de France. Au Sommet de l'action pour l'IA en février 2025, 109 milliards d’euros d’investissements ont été annoncés par divers acteurs. « Plug, baby, plug », déclarait Emmanuel Macron lors de cet événement, souhaitant faire du pays la terre d'accueil idéal de ces centres indispensables pour développer, puis faire tourner, les modèles d’intelligence artificielle, grâce à son énergie nucléaire.
Dans les dix prochaines années, la France, qui compte déjà environ 350 centres de données, pourrait en accueillir une soixantaine de plus. Leurs capacités seront bien supérieures aux puissances actuelles. Mais derrière les annonces, l’état réel d’avancement des projets reste difficile à évaluer. Il est complexe de connaître les montants effectivement engagés ou les emplois attendus.
Pour y voir plus clair, La Tribune propose une carte des projets en cours, qui sera actualisée régulièrement. Nous en avons recensé 52 en juin 2026 (dernière mise à jour de cette carte). Les centres déjà en exploitation n’y figurent pas. Ne sont pas non plus comptabilisés les 63 sites « prêts-à-l’emploi » présélectionnés par le gouvernement lorsqu'aucun porteur de projet n’est encore identifié. Une exception toutefois : Loire-sur-Rhône, dont les candidats retenus pour piloter le projet devraient être prochainement annoncés.
Dans ce secteur, une annonce ne garantit pas une mise en chantier. Des retards administratifs, des contraintes énergétiques, ou des tensions sur les équipements et la main-d’œuvre peuvent freiner, voire stopper certains projets, rapportait récemment une étude de la Coface. Tous les projets identifiés ne sont pas au même stade : moins d’une dizaine sont en construction, d’autres attendent leur permis, certains n’en sont qu’aux discussions préliminaires. D’autres encore sont contestés, notamment en Seine-Saint-Denis, qui accueille déjà une vingtaine de data centers, ou en Essonne. La cause : l'impact sur l'aménagement du territoire, ainsi que la consommation électrique et en eau.
Même si tous ces projets ne sortent pas de terre, la France est devenue un aimant à infrastructures numériques. La question est désormais de comprendre ce que le territoire peut réellement en tirer. Antoine Fournier, président de Thésée DataCenter, rappelle que la construction d’infrastructures a deux objectifs politiques distincts : « renforcer l’activité économique en France ; de l’autre, réduire les dépendances stratégiques », analyse-t-il. Les annonces du sommet de l’IA ou encore celle du sommet Choose France s’inscrivent selon lui d’abord dans une logique d’attractivité. « L’enjeu est de capter des investissements massifs et d’implanter sur le territoire des capacités qui auraient pu être localisées ailleurs en Europe », explique-t-il.
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La France a, à ce titre, réussi à devenir attractive. « Nous observons un mouvement de transfert de serveurs depuis d’autres pays européens vers la France », indique Thésée. Des infrastructures auparavant situées en Allemagne ou aux Pays-Bas sont progressivement redéployées sur le territoire. Cette dynamique est en grande partie liée au contexte énergétique. « Depuis 2022 et la fin du gaz peu cher, la compétitivité de l’électricité nucléaire française constitue un facteur d’attractivité à long terme », rappelle Antoine Fournier. Mais aussi, selon Régis Castané, directeur général d’Equinix France, au renforcement d’un écosystème autour des data centers en France. Et aux facilités législatives promises par la loi de simplification.
Mais cette « ébriété numérique », comme l'appelle Fanny Lopez, historienne de l'architecture et des techniques, interrogée sur France Inter, peut aussi mener à « un changement du profil des territoires », une « redondance des infrastructures ».
En matière de souveraineté numérique, les effets de cette boulimie de bâtiments sont par ailleurs mitigés. Si une partie (19) des acteurs positionnés sur les projets de notre carte sont bien français, il ne faut pas s’y tromper. La plupart d’entre eux sont des acteurs immobiliers (Altarea, H&DC), qui devront s’associer à des entreprises du data center et de l’IA. En la matière, le secteur est encore dominé par des entreprises extraterritoriales. « Les acteurs français représentent moins de 10 % du poids économique du secteur », rappelle Antoine Fournier. On compte toutefois plusieurs acteurs de l’IA et du cloud français : OpCore (Iliad), Sesterce (une start-up de l’IA), Mistral (quoique en association avec un fonds émirati et Nvidia) et Éclairion. En matière de fonds d’investissement, les acteurs en dehors de la BPI sont majoritairement étrangers : Softbank (japonais) et Brookfield (canadien), notamment.
Les spécialistes des data centers en colocation (qui louent leurs salles aux serveurs de clients), troisième catégorie présente sur cette carte, sont pour les plus gros américains ou japonais : Digital Realty, Equinix, Telehouse. Même si les Français Thésée ou Data4 sont présents sur quatre projets.
En matière d’emploi, le nombre de postes directs reste faible, surtout comparé aux montants investis ou aux effectifs des anciens sites industriels. « Cela ne fait pas rêver : un data center génère en moyenne quelques dizaines d’emplois permanents », souligne Thésée. L’ordre de grandeur avancé est d’environ un emploi par mégawatt installé, même si cela varie selon le profil des clients et l’intensité des usages. Les acteurs mettent donc en avant les retombées indirectes, parfois confondues dans leur communication avec les emplois directs.
« Les opérateurs sont avant tout de grands acheteurs industriels », précise Antoine Fournier. Sur les chantiers, l’effet est plus visible : « Lors d’une phase de construction, le nombre de personnes mobilisées peut représenter plusieurs fois l’effectif permanent du site. » Ce sont donc chez les constructeurs et les fournisseurs de matériaux électriques comme Vinci et Schneider qu’il faudrait, selon lui, réellement calculer l’impact sur l’emploi. Mais l’étape de construction ne durera pas éternellement…
Méthodologie : comment nous avons construit cette carte
Pour alimenter cette carte, nous avons contacté les opérateurs de data centers concernés. Tous ne nous ont pas répondu. Nous nous sommes également appuyés sur les articles de La Tribune, notamment ceux de nos rédactions régionales, ainsi que sur la presse économique et spécialisée. Trois sources nous ont permis de recouper nos informations : la Direction générale des entreprises (DGE) pour les 26 sites sécurisés depuis le sommet de l’IA, l’association « Le Nuage était sous nos pieds » et le collectif Dirty Data, qui réunit des journalistes d’investigation internationaux, dont Mathilde Saliou de Next.ink.
Étoile : projet « fast-track » (procédures de raccordement accélérées)
Jaune : projet de moins de 100 MW
Orange : projet entre 100 et 250 MW
Rouge : projet entre 250 et 500 MW
Violet : projet de plus de 500 MW