Peut-on continuer d'augmenter les performances de l'intelligence artificielle sans menacer notre planète ? Ces dernières semaines, des signaux d'alerte se sont multipliés. OpenAI, le créateur de ChatGPT, a récemment averti la Maison Blanche que chacun de ses futurs data centers nécessiterait probablement « plus d'énergie que celle utilisée pour alimenter une ville entière ».
Le même mois, l'énergéticien Constellation Energy et Microsoft signaient un accord de 20 ans pour la réouverture de la centrale nucléaire de Three Mile Island en Pennsylvanie, site de l'accident radiologique le plus grave qu'aient connu les États-Unis. De son côté, Google a admis qu'il peinait à atteindre ses objectifs de neutralité carbone.
La tendance se généralise aux États-Unis, où sont développés la plupart des grands modèles d'IA générative. À tel point qu'un rapport de BloombergNEF met en garde contre le ralentissement des progrès du pays en matière de décarbonisation. Les émissions ne seraient réduites que de 34 % d'ici à 2030 par rapport à leurs niveaux de 2005, très loin de l'objectif de 50 à 52 %. En cause selon ce rapport : la boulimie de l'IA en matière d'énergie.
« Tous les géants du Web investissent dans des infrastructures, privilégiant la performance des modèles, et négligeant le coût énergétique », résume Tristan Nitot, directeur associé chez OCTO Technology, spécialiste du numérique durable. Il y a quelques semaines, Éric Schmidt, ex-patron de Google et investisseur majeur dans l'IA, balayait le sujet d'un revers de main lors d'une conférence. « Nous n'atteindrons pas les objectifs quoiqu'il arrive parce que nous ne sommes pas organisés pour. Les besoins énergétiques de l'IA seront problématiques, mais je préfère parier sur l'IA pour résoudre la crise environnementale plutôt que de la contraindre, et d'avoir le problème quoiqu'il arrive. »