Amazon : 200 milliards de dollars s'évaporent en séance, le marché sanctionne la démesure des investissements IA
latribune.fr
L'action Amazon plonge de 9 % à Wall Street, effaçant 200 milliards de dollars de valorisation. Le marché sanctionne l'envolée des dépenses liées à l'IA (+ 50% en 2026), exigeant désormais de la rentabilité.
Le titre Amazon s'effondre de plus de 9 % à l'ouverture de Wall Street ce vendredi 6 février 2026. Malgré un rebond technique des indices, les investisseurs punissent l'explosion des dépenses d'infrastructure liées à l'intelligence artificielle.
Vers 15 h 35, heure de Paris, l'action Amazon dévissait de 9,29 % pour s'établir à 202,00 dollars. En l'espace de quelques minutes, ce sont plus de 200 milliards de dollars de capitalisation boursière qui sont partis en fumée. Cette correction massive intervient alors que le groupe a dévoilé ses perspectives financières, marquées par une envolée spectaculaire des investissements nécessaires pour rester compétitif dans la course mondiale à l'intelligence artificielle (IA).
Le marché, autrefois enthousiaste face aux promesses technologiques, affiche désormais une intolérance marquée dès que la rentabilité à court terme semble menacée par des coûts opérationnels jugés disproportionnés. Amazon devient aujourd'hui le point noir d'un secteur technologique en pleine crise de confiance, illustrant la fin de l'état de grâce pour les dépenses illimitées.
Le mirage de l'IA face au mur des capex
Le principal moteur de cette défiance réside dans l'explosion des dépenses d'investissement, les fameux capex. Pour l'exercice 2026, Amazon prévoit une hausse de ses investissements de plus de 50 %. Ce saut quantitatif est jugé insoutenable par une large partie de la communauté financière. Cette stratégie vise à muscler les infrastructures de données et les capacités de calcul, mais elle pèse lourdement sur les marges du groupe à l'heure où les revenus directs de l'IA peinent encore à compenser ces sorties massives de cash.
Cette réaction épidermique de Wall Street s'inscrit dans une séquence noire pour les « Magnificent Seven ». Avant Amazon, Alphabet et Microsoft ont subi des revers similaires. Alphabet a notamment essuyé un repli marqué après l'annonce d'un plan d'investissement pour l'IA culminant à 180 milliards de dollars pour 2026. Cette « course aux armements » technologique finit par effrayer les gérants de fonds qui redoutent une dégradation durable de la rentabilité des champions du cloud.
Wall Street entre rebond technique et rotation sectorielle
Pourtant, à la surface, les indices new-yorkais tentaient un retour au vert en ce début de séance du 6 février. Vers 9 h 30 à New York, le Dow Jones progressait de 0,6 % à environ 49 200 points, tandis que le S&P 500 gagnait 0,5 % à 6 830 points. Le Nasdaq Composite, à dominante technologique, parvenait à reprendre 0,35 % pour se situer près de 22 620 points. Ces hausses modérées font suite à une semaine de correction sévère et marquent ce que les analystes qualifient de rebond technique après une rotation hors des valeurs technologiques.
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Toutefois, ce calme apparent masque une réalité plus complexe. Si les contrats à terme étaient repassés dans le vert avant l'ouverture, le sentiment général demeure extrêmement fragile. La séance se caractérise moins par un rallye haussier serein que par une redistribution des cartes au sein même du secteur tech. Les investisseurs délaissent les mégacapitalisations les plus exposées aux surinvestissements pour se tourner vers des segments jugés plus résilients.
Les semi-conducteurs tirent profit de la dérive des coûts
Paradoxalement, la déroute d'Amazon profite à une autre partie de la chaîne de valeur : le matériel. Alors que les logiciels et les services cloud restent sous pression, les investisseurs doutant de leur capacité à défendre leurs marges, les fabricants de puces et de solutions de stockage tentent de rebondir. Des entreprises comme Broadcom ou Micron bénéficient mécaniquement de ces annonces massives de capex. Les investissements colossaux d'Amazon et de ses pairs garantissent en effet une demande soutenue pour les infrastructures matérielles de pointe.
Ce mouvement illustre une rotation intra-tech inédite. Le marché exige désormais une discipline financière stricte. La thématique de l'intelligence artificielle entre ainsi dans une phase de doute existentiel : le temps des promesses laisse place à celui de l'exigence de rentabilité. Les investisseurs envoient clairement un message aux géants de la Silicon Valley : la croissance à tout prix n'est plus une option viable, et Amazon en paie aujourd'hui le prix fort de manière spectaculaire.