Accusé de ne rien faire pour favoriser les acteurs locaux et ainsi d’entériner la vassalisation technologique du pays, le programme illustre un dilemme auquel sont confrontés de nombreux pays européens : comment se maintenir dans la course à l’IA sans se mettre intégralement entre les mains des Américains.En juin dernier, le gouvernement britannique a lancé le programme « AI Skills Boost ». Ce projet prépare la population active à l’avènement de l’intelligence artificielle (IA) avec un objectif ambitieux : former dix millions de personnes d’ici à 2030. Un portail, l’AI Skills Hub, a été mis en ligne en janvier. Entièrement gratuit, il propose aux citoyens de se former avec de nombreux cours et de décrocher des badges numériques.
On y apprend notamment à s’approprier des outils d’IA utilisables sur le lieu de travail, à travers des actions telles que la rédaction de textes, la création de contenus et l’accomplissement de tâches administratives. Le gouvernement britannique poursuit ainsi son programme technophile tout en répondant aux inquiétudes que suscite l’avènement de l’IA et au manque de compétences disponibles sur le marché pour répondre à cette vague d’innovation.
Un programme critiqué pour son manque de souveraineté
Mais à peine lancé, le programme est fortement critiqué en raison de sa dépendance aux géants technologiques américains, alors que les relations entre les États-Unis et le Royaume-Uni sont au plus bas depuis des décennies.
« Il existe quatorze cours, dispensés exclusivement par de grandes organisations américaines, qui encouragent et forment les gens à l’utilisation de leurs plateformes. Cette initiative accroît la dépendance vis-à-vis des géants technologiques américains. Cela va à l’encontre de la conclusion récente du gouvernement dans son nouveau plan d’action pour les opportunités liées à l’IA, qui vise à positionner le Royaume-Uni "comme un créateur d’IA, et non seulement comme un utilisateur d’IA". On ne voit pas non plus comment le fait d’accroître la dépendance des travailleurs britanniques à l’égard des outils et des plateformes des géants technologiques américains est censé promouvoir le développement des talents made in UK en matière d’IA », écrit ainsi un collectif d’experts de la tech et de l’IA britannique dans une tribune. Un choix qu’ils contrastent avec l’engagement récent de l’État français à utiliser des technologies plus souveraines.