IA : le mystérieux modèle « Hunter Alpha » déstabilise la Silicon Valley

DeepSeek, fleuron chinois de l’IA, est soupçonné de liens profonds avec l’armée et de contourner les sanctions américaines sur les puces.
Florence Lo

DeepSeek, fleuron chinois de l’IA, est soupçonné de liens profonds avec l’armée et de contourner les sanctions américaines sur les puces.
Florence Lo
Spécifications : 1 000 milliards de paramètres et une fenêtre de contexte d'un million de tokens.
Indices : Sa date de coupure de données (mai 2025) et son mode de raisonnement par « chaîne de pensée » imitent les standards de DeepSeek.
Usage : Déjà 160 milliards de tokens traités par des outils de développement autonome comme OpenClaw.
Un nouveau modèle d'intelligence artificielle, apparu sans signature sur la plateforme OpenRouter le 11 mars, provoque l’effervescence chez les ingénieurs. Baptisé Hunter Alpha, ce système est qualifié de « modèle furtif » par l'hébergeur. Les tests menés révèlent une structure massive de 1 000 milliards de paramètres. Ce volume de valeurs ajustables détermine la finesse du traitement du langage et la pertinence des réponses générées.
Une telle architecture exige une puissance de calcul hors norme pour fonctionner. Hunter Alpha propose une fenêtre de contexte d'un million de tokens. Cette capacité permet à l'IA de mémoriser et d'analyser l'équivalent d'un ouvrage entier lors d'une seule interaction. « La combinaison d'un contexte d'un million de tokens, d'une capacité de raisonnement et d'un accès gratuit est ce qui distingue Hunter Alpha », affirme Nabil Haouam, ingénieur en systèmes d'agents IA.
L'origine chinoise du modèle ne fait guère de doute selon les premières analyses. Lors d'échanges avec l'agence Reuters, le chatbot s'est décrit comme « un modèle d'IA chinois principalement entraîné en chinois ». Ses connaissances s'arrêtent en mai 2025. Ce point de rupture chronologique correspond exactement à celui des outils officiels de la start-up DeepSeek.
L'architecture de raisonnement renforce la suspicion d'une parenté avec le groupe basé à Pékin. « Le schéma de "chaîne de pensée" est probablement le signal le plus fort », explique Daniel Dewhurst, ingénieur IA ayant disséqué le modèle. Le style de réflexion d'une IA est complexe à masquer et trahit souvent sa méthode d'entraînement. Ces caractéristiques concordent avec les rumeurs entourant DeepSeek V4, dont le lancement est pressenti pour avril.
Le recours à des lancements anonymes est une pratique courante pour tester la fiabilité des systèmes en conditions réelles. Les plateformes comme OpenRouter permettent de recueillir des données d'utilisation sans biais de marque. Un avertissement sur le profil du modèle précise que les requêtes sont enregistrées pour améliorer le système. En février, le modèle Pony Alpha avait suivi un parcours similaire avant d'être revendiqué par la firme Zhipu AI comme faisant partie de son offre GLM-5.
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L'adoption de Hunter Alpha est immédiate et massive. Au 15 mars, le modèle avait déjà traité plus de 160 milliards de tokens. Ce trafic provient essentiellement de cadres de développement comme OpenClaw. Ces outils permettent aux IA de planifier des tâches de manière autonome et d'interagir avec des logiciels externes. Cette utilisation intensive suggère que Hunter Alpha est perçu comme un outil de production viable malgré son statut expérimental.
Toutefois, la communauté des testeurs reste divisée sur l'identité réelle du constructeur. Certains experts notent des comportements atypiques qui pourraient contredire la piste DeepSeek. « Mon analyse suggère que Hunter Alpha n'est probablement pas DeepSeek V4 », tempère Umur Ozkul, spécialiste des tests de performance IA. Il souligne des différences dans la gestion des tokens et les schémas architecturaux par rapport aux versions précédentes de la start-up.
DeepSeek et OpenRouter n'ont pas souhaité commenter ces découvertes. La start-up chinoise bénéficie d'un financement solide et d'une structure atypique, étant issue d'un fonds spéculatif quantitatif. Cette culture de la donnée brute et de l'efficacité algorithmique pourrait expliquer cette stratégie de test silencieux. Le marché attend désormais une clarification ou une annonce officielle d'ici à la fin du mois d'avril 2026.
Mise à jour 19 mars 2026 : depuis la parution de cet article, plusieurs indices techniques et analyses communautaires ont permis d’identifier « Hunter Alpha » comme étant en réalité MiMoV2Pro, un modèle développé par Xiaomi et déployé anonymement sur la plateforme OpenRouter. Le groupe chinois ne l’a pas encore annoncé officiellement, mais des correspondances de tokens spéciaux et des tests d’autoidentification confirment cette piste. Ces découvertes battent en brèche l’hypothèse dominante qui attribuait ce « modèle fantôme » à DeepSeek, dont la nouvelle version n’a, à ce stade, toujours pas été rendue publique.
(Avec Reuters)
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