La start-up clermontoise Bienesis développe depuis 2024 un système de canopée rétractable qui vise à protéger les cultures (vin, petits fruits) des aléas climatiques, tout en respectant leur lien avec le milieu naturel.
Après deux saisons d’expérimentation en Bourgogne, la start-up Bienesis, pionnière de la couverture intelligente des cultures viticoles, passe à l'échelle avec le lancement d'une pré-série industrielle. Le tout, en s'ouvrant à de nouveaux débouchés, avec l'équipement d'une première parcelle équipée en Italie, et d'un site pilote de production de framboises du réseau Andros.
Après le CES de Las Vegas en début d'année (où elle a décroché un « Best of Innovation Award »), la jeune pousse clermontoise Bienesis (12 salariés) est cette semaine à Vivatech pour présenter sa couverture intelligente des cultures viticoles, à la croisée entre le monde de la Tech et celui de l'agriculture.
Brevetée, sa solution de protection physique contre les aléas climatiques (et notamment le gel, la grêle, l'échaudage et le lessivage des produits) a déjà été expérimentée durant deux saisons sur plusieurs sites de production viticoles et maraîchers.
Compatible avec les engins mécaniques et intégrée au paysage, elle se pose aussi comme un concentré d'innovation, avec une structure qui, dépliée, atteint 6 mètres de long, mais qui se replie sur commande dans une boîte qui fait la surface d'une feuille A4.
« Nous avions développé en 2024-2025 une première version de notre canopée dite « aérienne » puisqu'elle restait en hauteur de haie. On s'est aperçus, en la testant, que cette version convenait aussi à certains producteurs agricoles », ajoute François Lemaire, pdg de Bienesis et ex-salarié de Michelin, passé par les rangs de l'incubateur de l'équipementier automobile pour créer son projet.
Résultat : la jeune pousse dispose désormais d'une première gamme de canopées intelligentes, pilotables à partir d'une application mobile, dont elle lance désormais la commercialisation à partir d'une pré-série industrielle.
Sécurisation des rendements
«Nous avons eu la chance d'avoir à nos côtés des pionniers qui l'ont testée comme en Bourgogne, avec Laurent Lignier, du domaine Hubert et Laurent Lignier, Jean-Yves Bizot du domaine Bizot et Claire Naudin du domaine Henri Naudin Ferrand », illustre François Lemaire, pdg de Bienesis.
Newsletter
Tech & IA
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité tech.
Avec déjà, de premiers résultats : « en 2024, qui a été une année très pluvieuse où l'on a rencontré beaucoup de mildiou sur la vigne, les parcelles équipées de notre système l'ont déployé seulement 18 fois en moyenne et ont réussi à sécuriser leurs rendements, tandis que les parcelles témoins ont perdu près de la moitié de leur récolte ».
A l'heure où les viticulteurs européens font face à des pertes répétées liées aux aléas climatiques, le pdg de Bienesis (qui peut également compter sur l'appui financier du fonds Vivelys, entré à son capital en 2024), rappelle également que sa canopée permettrait de limiter le lessivage des produits phytosanitaires, de réduire le stress hydrique ainsi que le nombre de passages ou de manipulations mécaniques de la vigne.
Une pré-série industrielle
Les prochains mois s'annoncent d'ailleurs particulièrement chargés pour la jeune pousse, tandis que les premières alertes sécheresse estivales s'abattent sur l'Hexagone : « nous sommes dans une phase d'hypercroissance, étant donné que nous avons un nouveau produit qui répond à des enjeux de transformation de filière », reconnaît François Lemaire, qui scrute déjà la réaction des marchés européens, notamment des producteurs de vins en Espagne ou en Italie, qui talonnent l'Hexagone sur le marché viticole.
La start-up, qui ne possède pas encore d'usine, a déjà franchi cette année un premier seuil symbolique avec la production de 1 000 canopées intelligentes, fabriquées aux côtés d'un partenaire (dont le nom demeure confidentiel), selon son cahier des charges. Bon nombre d'entre elles sont déjà installées dans le Bordelais, qui demeure le premier vignoble d'appellation français de par sa superficie.
« Nous nous adressons à des acteurs de toutes tailles, même si nous observons une forte concentration dans le Nord-Est et le Sud-Ouest . Notre projet, qui a été conçu pour réaliser des économies d'échelle, devient aussi viable pour d'autres zones de production, comme à Clermont-Ferrand par exemple où nous avons une parcelle installée», illustre François Lemaire.
Un marché tracté par la demande
Discrète sur le prix de son produit (tout comme sur son chiffre d'affaires, non communiqué), Bienesis affirme tout de même que celui-ci se positionne « bien en-dessous des prix des tunnels au m3, qui peuvent atteindre 300 000 à 500 000 euros pour un hectare couvert ». Sans compter qu'elle revendique une technologie rétractable, visant à conserver un lien avec l'environnement proche des cultures, qui n'aurait pas d'équivalent actuellement à l'échelle mondiale.
« Notre système, pilotable au moyen d'une application mobile, est également en train de se transformer avec l'arrivée de modèles d'IA. Cependant, ceux-ci ne resteront qu'un outil d'aide à la décision, car nous n'avons pas la prétention de remplacer les savoir-faire issus d'une expérience séculaire dans le monde de l'agriculture », reconnaît son pdg.
D'ici la fin de l'année, Bienesis prévoit de générer « quelques centaines de milliers d'euros » de revenus, en s'appuyant sur ses premières ventes. Elle vient d'équiper une première parcelle en Italie, ainsi qu'un site pilote pour le compe du réseau de producteur Andros, pour la production de framboises.
« Le marché adressable est de l'ordre de plusieurs dizaines de milliards d'euros, toutes cultures concernées, que ce soit le vins ou les petits fruits . Quand on regarde les dernières enquêtes qualitatives sur les 5 à 10 dernières années, la viticulture en France perd en moyenne 30% de ses rendements par rapport à la moyenne ciblée en raison des aléas climatiques », souligne François Lemaire.
Alors que le vignoble français est aussi percuté de plein fouet par une crise de surproduction ayant déjà mené à une importante campagne d'arrachage dans le bordelais, Bienesis reste confiante : « Il existe une évolution importante dans la consommation des vins, avec des vins de table qui ont tendance à disparaître - et dont la production est remplacée par des petits fruits -, ainsi qu'une tendance à la premiumisation qui correspond aux attentes de la nouvelle génération », admet le pdg de la start-up, qui mise sur une diversification des débouchés de sa canopée, incarnée par les petits fruits. « La framboise, qui est très sensible aux aléas, est par exemple dans une phase de croissance annuelle de 5% par année, car la demande mondiale est très forte ».