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Emmanuel Macron à VivaTech face aux doutes sur l’après-« start-up nation »

latribune.fr

Publié le 18 juin 2026 à 16:23

Le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre indien Narendra Modi visitent le salon VivaTech, qui célèbre sa 10e édition, à Paris, le 18 juin 2026.

Le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre indien Narendra Modi visitent le salon VivaTech, qui célèbre sa 10e édition, à Paris, le 18 juin 2026.

via REUTERS - Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved. - Emma Da Silva

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Porté par des levées passées de 2,1 à 7,3 milliards d’euros entre 2016 et 2025, l’écosystème a changé d’échelle. Mais commande publique limitée, effort de R&D stagnant à 2,2% du PIB et dépendance au soutien politique fragilisent sa trajectoire à l’approche de 2027.

Près de dix ans après la promesse d'Emmanuel Macron de faire de la France une « start-up nation », VivaTech 2026 a des airs de séance de comptes. Les jeunes pousses réunies porte de Versailles se félicitent d’une amélioration de leur image, pendant que les organisations sectorielles et les acteurs institutionnels regardent déjà vers l'après-2027. Pour le président, qui s'est rendu sur plusieurs stands en compagnie du Premier ministre indien Narendra Modi, cette visite sonne comme le début de la fin d'une relation très suivie, à moins d'un an de la prochaine élection présidentielle. 

Des levées multipliées, un cycle politique qui se referme

Dans la bouche des acteurs de la French Tech, le bilan est d’abord celui d’un changement d’échelle. « Sur les dix ans, le bilan est quand même positif », veut croire Maya Noël, directrice générale de France Digitale. Elle insiste sur le fait qu’« on a réussi à construire un écosystème d'entreprises innovantes et de fonds d'investissement en forte croissance ». L’idée de la « start-up nation », moquée en 2017, est devenue en quelques années un langage commun dans les grands groupes, les fonds, l’administration et les médias. Le pari politique initial – installer les start-up au centre du récit économique français – est, de ce point de vue, réussi.

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Les montants injectés dans les jeunes pousses racontent cette trajectoire. D'après Franck Sebag, associé au sein du cabinet EY qui présente chaque semestre un bilan du capital-risque investi dans les jeunes pousses françaises, les montants des investissements sont passés de 2,1 milliards d'euros en 2016 à 7,3 milliards en 2025. En moins d’une décennie, le volume des capitaux engagés a été multiplié, et les tours de table à plusieurs dizaines de millions d’euros sont devenus fréquents. Mais ce mouvement s’est construit sur un cycle politique et financier précis, celui des années Macron, désormais sur le point de se refermer.

Un socle hérité plus qu’une révolution, et une commande publique jugée trop timide

Une partie des entrepreneurs rappelle cependant que la fusée avait déjà son premier étage avant 2017. A son arrivée à l’Élysée, Emmanuel Macron hérite de dispositifs publics déjà actifs pour soutenir les jeunes entreprises : la mission French Tech, le crédit d'impôt recherche, le statut de « jeune entreprise innovante », et surtout la banque publique d'investissement Bpifrance. Mais cette dernière est née plusieurs années avant l'élection d'Emmanuel Macron. Le chef de l’État n’a donc pas créé la politique start-up, il l’a assumée, amplifiée, mise en scène.

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Olivier Perroquin, président de la start-up de cybersécurité AnozrWay, regrette ainsi une commande publique « faible ». L’État et les grandes administrations ont accompagné la French Tech via des financements, des labels, des dispositifs fiscaux, mais sans devenir des clients de poids pour les solutions portées par les jeunes pousses. Pour des secteurs comme la cybersécurité ou le numérique de souveraineté, cette « faiblesse » de la commande publique est perçue comme une occasion manquée.

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Une tribune politique permanente pour la French Tech

Là où Emmanuel Macron a vraiment changé la donne, c’est sur la visibilité. L'ensemble de l'écosystème semble se mettre d'accord pour lui reconnaître d'avoir offert « une tribune aux entreprises innovantes », notamment avec la création du sommet Choose France, mais aussi via ses prises de parole répétées. Connu pour dialoguer avec les patrons des jeunes champions français, il « rate aussi rarement une occasion de les féliciter publiquement ». La French Tech est devenue un décor récurrent de la communication présidentielle, des annonces d’investissements étrangers aux déplacements à l’international.

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Cette mise en avant a contaminé le reste du gouvernement. La ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, a ainsi assumé son rôle : « Moi, je considère que je suis un peu, même beaucoup, comme la VRP de Mistral », qualifiée de « vaisseau amiral tricolore de l'intelligence artificielle ». L’expression résume la décennie : les start-up ont servi de vitrine de modernité, de preuve de dynamisme, d’actifs diplomatiques dans la compétition mondiale autour de l’IA et du numérique. Reste à savoir si cette vitrine est solidement arrimée à une base productive et scientifique ou si elle dépend trop du récit politique qui l’a portée.

Un retard d'innovation assumé, malgré la croissance de l’écosystème

Derrière les discours, le doute porte sur la capacité réelle du pays à rattraper son retard en matière d’innovation. L'économiste Antonin Bergeaud, professeur associé à HEC Paris, souligne ainsi un « déclin en termes d'innovation en France par rapport à d'autres pays ». La formule renvoie à une réalité structurelle que la seule dynamique des start-up ne suffit pas à inverser : la France reste en retrait par rapport aux grandes économies comparables.

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Les chiffres de l’OCDE en donnent une mesure claire. Le pays est ainsi resté depuis 2010 à un niveau de dépenses en recherche et développement de 2,2 % de son PIB, tandis que ce chiffre a grimpé à 3,1 % pour l'Allemagne et à 3,4 % pour les États-Unis en 2025. Autrement dit, la décennie se termine sur un paradoxe : la French Tech a gagné en visibilité, les montants levés ont fortement augmenté, mais l’effort global de R&D du pays, lui, ne s’est pas hissé au niveau de ses principaux concurrents. La « start-up nation » n’a pas encore fait basculer l’appareil productif.

À l’approche de 2027, une « grosse inquiétude » sur la suite

Malgré sa croissance, l'écosystème des start-up françaises fait néanmoins difficilement le poids sur la scène mondiale. Même les voix les plus favorables au bilan Macron soulignent les limites. « Il ne faut pas oublier qu'on est toujours à la traîne, parce qu'au final, même si on a beaucoup grandi, qu'il y a eu une très belle croissance de beaucoup d'entreprises, on croît beaucoup moins vite que nos concurrents extra-européens », regrette ainsi Maya Noël chez France Digitale. L’aveu est d’autant plus fort qu’il vient de l’une des principales porte-parole de la French Tech.

Face aux besoins constants de financements publics et privés pour accompagner le développement des start-up, certains pensent déjà à la succession du chef de l’État. « Il y a une grosse inquiétude parce que les start-up, c'est un peu un signal avancé de ce qui va bien ou de ce qui ne va pas, estime le PDG de la licorne Mirakl, spécialisée dans l'e-commerce. Quand vous avez des start-up, ça veut dire que des gens sont prêts à entreprendre, à créer des emplois, d'autres gens sont prêts à investir », poursuit le dirigeant. Cette inquiétude se traduit déjà en action politique : France Digitale indique avoir commencé à parler « aux équipes de campagne, aux personnes en charge des programmes ». « Ce qu'on essaie de faire comprendre, c'est qu'on a besoin de stabilité », plaide sa directrice générale. La vraie question des années qui viennent sera donc moins de savoir si la France veut encore se dire « start-up nation » que de voir si cet écosystème peut continuer à se financer, innover et recruter sans le parrainage constant de l’Élysée.

(Avec AFP)

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