SFR : dernière ligne droite avant une seconde offre de rachat

SFR
Reuters
Des opérateurs télécom qui s'enverraient presque des fleurs, c’est assez inhabituel chez ces acteurs qui se déchirent la plupart du temps. Mais la phase d’audit d’acquisition (due diligence) des actifs de SFR qui s’achève actuellement a satisfait tout le monde : Altice France d’un côté, Bouygues Telecom, Iliad (Free) et Orange de l’autre. « Nous avons obtenu toutes les informations que nous avions demandées », commente l’un des membres du consortium candidat au rachat. « Aucune mauvaise surprise», confirme un autre. Ce qui semble plutôt de bon augure pour la suite.
Il faut dire que l’opération a été plutôt rondement menée par Altice France. Début janvier, l’entreprise a mis en ligne des milliers de documents financiers, juridiques, commerciaux et techniques sur un serveur avec des accès à distance réservés à des centaines de personnes habilitées dans les clean team de Bouygues, Iliad (Free) et Orange : banquiers, avocats, consultants, etc.. En gros, tous les experts chargés d’analyser les données sans avoir de rôle opérationnel au sein des entreprises pour préserver la concurrence. Les équipes avaient jusqu’au 8 février pour envoyer leurs questions. Depuis, l’accès à la data room a été prolongé mais devrait bientôt être fermé.
Car la balle est désormais dans le camp du consortium. « Nous sommes chacun en train de rédiger des rapports : un très complet pour l’équipe clean team et une version synthétisée pour nos dirigeants, afin de nous permettre d'avoir une vision plus claire de la structure, de ses résultats et de ses risques. Et c’est là que l'on va pouvoir commencer à discuter », détaille un membre du comité exécutif d'une des parties prenantes. L’idée étant toujours d’aboutir à un accord d’ici fin mars/début avril, le vendeur comme les acheteurs ayant intérêt à boucler l’affaire rapidement.
Du côté du consortium, on fait observer que le prix n’est pas le seul sujet épineux à régler. « Il faut régler la question de la structure des garanties financières », s’inquiète l’un des dirigeants du trio. Le consortium cherche en effet à obtenir des clauses spécifiques de protection, telles qu’une diminution du prix ou une restitution d’une partie de la somme en cas de mauvaise surprise. Ce pourrait être le cas, par exemple, avec un fournisseur qui ferait faillite ou un système informatique qui se révélerait finalement incompatible. Exactement comme un vice caché quand on achète un appartement ou une voiture, une analogie faite par tous les acteurs du dossier. « Ce sont des sujets classiques et sans point bloquant », tempère un banquier lié aux négociations.
Encore faut-il que le consortium tienne jusque-là. Car l’entente a déjà failli exploser plusieurs fois et est passée très proche de la rupture il y a une dizaine de jours. Invitée sur le plateau de l'émission Quotidien après la présentation de son plan stratégique le 27 février, la directrice générale d’Orange Christel Heydemann a eu bien du mal à répondre à la question : « Il paraît que vous ne vous entendez pas du tout ? ». « On se parle, on se respecte », a-t-elle éludé. En cause, les tensions historiques et toujours prégnantes entre Bouygues Telecom et Free.
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Dans les colonnes de La Tribune Dimanche, la dirigeante avait reconnu que planait encore « une émotion perceptible, liée à l’histoire vécue par ces acteurs dans le passé ». De son côté, le Directeur général de Bouygues Olivier Roussat a reconnu, le week-end dernier, sur France Inter que « deux acteurs n’étaient pas réputés pour une amitié franche et sincère. C’est déjà un exploit que l’on ait réussi à faire une première offre à la mi-octobre », faisant bien entendu allusion à l'entreprise de Martin Bouygues qu'il dirige et à celle d'Iliad fondée par Xavier Niel.
Quand bien même le consortium volerait en éclats, Altice France peut toujours espérer vendre les actifs de SFR à la découpe. Sauf que cette fois, il ne serait plus limité aux fonds d'investissement : dans cette configuration inédite, il pourrait espérer faire monter les enchères entre les trois opérateurs télécoms qui se retrouveraient à nouveau en concurrence.
La seconde offre du consortium est attendue, bien sûr, au-delà des 17 milliards d’euros proposés à l’automne dernier pour une valorisation totale à 21 milliards d'euros. Les chiffres qui circulent se situent entre 20 et 24 milliards d’euros. Comme l’avait révélé La Tribune l’été dernier, Patrick Drahi, qui reste propriétaire à 55 % des actifs, est autorisé à se passer de l’avis des deux nouveaux membres du conseil d’administration indépendants s’il parvient à céder le tout pour 23,6 milliards. Et si les créanciers, qui détiennent désormais 45 % d'Altice France, ont accepté ces conditions, cela signifie qu’à partir de ce montant, la transaction devient aussi une bonne affaire pour eux.
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