ENTRETIEN. Avec un besoin estimé à 100 000 nouveaux recrutements à horizon 2030, le secteur des transports et du ferroviaire sait qu’il doit travailler son image pour être attractif, notamment auprès des jeunes. Un challenge auquel s’attelle Thierry Mallet, président de l'Union des Transports Publics et Ferroviaires (UTPF), également président directeur général de Transdev.LA TRIBUNE – Vous étiez présent à Marseille pour les Worldskills 2025. Quelles difficultés le secteur des transports publics rencontre-t-il pour attirer les jeunes actifs ?
THIERRY MALLET - La méconnaissance du métier est le premier handicap. Or, lorsqu’on découvre l’étendue des métiers du secteur, cela suscite des vocations. Pour attirer les jeunes, notre objectif est de leur faire découvrir ces métiers mal connus, parfois sous-estimés, que sont les métiers du transport urbain ou les métiers du ferroviaire. Tout ce qui peut faire connaître nos métiers est un plus. Nous le faisons lors des Worldskills - compétition nationale des métiers, ndlr -, et auprès des établissements professionnels où la filière transport n’est, souvent, pas identifiée. Nous observons que la vocation vient souvent lorsque les parents sont cheminots. Mais nous aimerions la vocation naisse aussi lorsque l’environnement est différent.
Comment expliquer la perte d’attractivité du secteur ?
Si l’on remonte dans le temps, à l’époque du service militaire, lors de ce dernier, beaucoup de jeunes passaient leur permis de conduire civil ou militaire pour conduire des bus, des poids lourds ou devenaient mécaniciens et ils avaient alors un métier pour la vie. Aujourd’hui, alors que notre population est vieillissante, on s'aperçoit que la mise en scène du métier, sa découverte, son ouverture aussi bien aux hommes qu’aux femmes, attirent les jeunes. Nous devons montrer que ce sont des métiers attractifs, qui ne seront ni délocalisés ni totalement transformés par l’intelligence artificielle. Ce ne sont pas des métiers qui vont disparaître.
Comment transformer les freins que vous identifiez en leviers d’attractivité ?
Une des caractéristiques de nos métiers est que ce sont des métiers postés. Un réseau de bus ou un réseau de train démarre à quatre heures du matin et se termine à minuit ou une heure du matin le soir. Également le weekend. Ainsi, à côté des compétences techniques, c’est un rythme de vie particulier qu’il faut essayer de transformer en avantage. Au sein de la profession, nous travaillons pour faire en sorte de faciliter la vie avec ce travail posté par la prédictibilité en faisant des programmes et des prévisions les plus longues possibles, à six mois, avec mise en place de la semaine de quatre jours dans certains réseaux et au choix.