Pourquoi Volkswagen pourrait rayer de ses effectifs l’équivalent de la population de Nancy

Oliver Blume, le PDG de Volkswagen, se prépare pour une interview lors du salon automobile de Munich, en septembre dernier.
REUTERS - Kai Pfaffenbach

Oliver Blume, le PDG de Volkswagen, se prépare pour une interview lors du salon automobile de Munich, en septembre dernier.
REUTERS - Kai Pfaffenbach
Le constructeur automobile européen, fragilisé par la guerre des prix dans l’électrique, la pression chinoise et la hausse des coûts, pourrait engager une nouvelle vague de réduction d’effectifs. Un choc industriel qui équivaudrait à rayer au total près de 100.000 salariés.
C’est un chiffre qui donne la mesure de la crise que traverse Volkswagen. Le géant automobile allemand pourrait supprimer jusqu’à 50.000 emplois supplémentaires dans le monde pour retrouver un niveau de compétitivité comparable à celui de ses concurrents, a indiqué son PDG Oliver Blume dans une note interne adressée aux salariés et consultée par l’AFP et Reuters. L’équivalent de la population d’une ville comme Nancy, qui disparaîtrait ainsi des effectifs du groupe si ce scénario théorique venait à se concrétiser.
« La prochaine étape consiste à ramener nos frais généraux à un niveau compétitif », écrit le dirigeant. « Comme la moitié de nos frais généraux provient des coûts de personnel, un calcul théorique, en supposant que les coûts de main-d’œuvre restent inchangés, aboutirait à la suppression d’environ 50.000 emplois dans le monde », ajoute-t-il dans ce document.
Cette annonce ne constitue pas encore un plan social arrêté, mais elle confirme l’ampleur de la transformation à laquelle est confronté le premier constructeur automobile européen. Volkswagen avait déjà conclu un accord avec les représentants du personnel portant sur 50.000 suppressions de postes, notamment au sein de ses marques Audi et Porsche. Le groupe doit désormais poursuivre sa cure d’économies pour combler un handicap de compétitivité évalué à 20 % par rapport à ses concurrents.
Le constructeur de Wolfsburg cumule plusieurs vents contraires. Ses marges sont sous pression dans l’électrique, où la concurrence chinoise impose une guerre des prix sans précédent. Le marché chinois, historiquement un moteur de croissance et de rentabilité pour Volkswagen, est devenu l’un de ses principaux points de fragilité, les constructeurs locaux gagnant rapidement des parts de marché tandis que leurs exportations vers l’Europe progressent.
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À cette offensive asiatique s’ajoutent les conséquences des droits de douane américains et des coûts industriels élevés en Allemagne. Volkswagen, qui emploie près de 700.000 personnes dans le monde, peine à adapter son appareil productif à une nouvelle donne automobile marquée par l’électrification, la baisse des volumes et l’accélération technologique.
Le groupe, qui rassemble notamment les marques Volkswagen, Audi, Porsche, Skoda et Seat, a vendu près de neuf millions de véhicules l’an dernier. Un niveau encore inférieur d’environ deux millions d’unités à ses records historiques. Sur les six premiers mois de l’année, ses ventes ont reculé de 6,3 % sur un an, accentuant la pression sur la direction.
Au cœur de la bataille : l’avenir du réseau industriel allemand. Oliver Blume tente de rassurer en privilégiant des alternatives aux fermetures de sites, mais il n’exclut plus une remise en cause profonde de certaines implantations historiques.
« Solutions intelligentes » plutôt que fermetures : c’est la ligne défendue par le PDG. Mais dans le même temps, il reconnaît que plusieurs usines sont désormais confrontées à un avenir incertain. « La vérité est également qu’en l’état actuel des choses, nous ne pouvons pas confirmer que les usines d’Emden, Hanovre, Zwickau et Neckarsulm seront en mesure de fonctionner de manière compétitive jusque dans les années 2030 », a-t-il déclaré.
Ces quatre sites allemands concentrent une partie des inquiétudes des salariés. La direction envisage notamment des pistes de reconversion, comme une utilisation de certaines capacités pour l’industrie de la défense ou la production de modèles chinois en Europe. Mais les discussions restent bloquées.
Selon des sources proches du dossier, les représentants du personnel au conseil de surveillance ont empêché l’adoption du projet stratégique baptisé « Group Target Picture », qui devait définir la trajectoire de réduction des coûts.
La perspective de nouvelles suppressions d’emplois a immédiatement provoqué la colère du puissant syndicat allemand IG Metall. Plusieurs milliers de salariés ont manifesté devant les sites du groupe pour dénoncer des mesures jugées brutales et réclamer davantage de transparence. « Celui qui s’en prend aux salariés et à la codécision prend le risque de déclencher un conflit (social) majeur », avait averti Thorsten Gröger, négociateur d’IG Metall, devant l’usine historique de Wolfsburg.
Le syndicat reproche notamment à la direction d’avoir laissé filtrer dans la presse des informations évoquant jusqu’à 100.000 suppressions de postes et la fermeture possible de quatre usines avant d’en expliquer les contours aux représentants des salariés.
Dans sa note interne, Oliver Blume assure ne pas être à l’origine de ces fuites et dit en avoir été lui-même victime. « La divulgation de telles informations confidentielles et sensibles déstabilise non seulement notre personnel, mais elle nuit également à l’entreprise », affirme-t-il.
Pour Volkswagen, l’enjeu dépasse désormais la seule réduction des coûts. Le constructeur doit réussir à transformer un modèle industriel bâti sur la puissance manufacturière allemande pour affronter une nouvelle ère automobile dominée par les logiciels, l’électrique et la pression asiatique. Une mutation qui pourrait laisser sur le carreau des dizaines de milliers de salariés.