Un rapport du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan alerte sur le décrochage massif de l'UE face aux géants américains et chinois en matière de conduite autonome. Ces acteurs étrangers s'apprêtent à conquérir le marché européen, au risque d'une nouvelle « colonisation numérique ».« Si nous n’y prenons pas garde, à l’horizon d’une décennie, l’Europe sera une nouvelle fois placée en situation de colonie numérique ». C’est l’alerte émise par Thomas Matagne, le président et fondateur d’Ecov, dans une étude publiée ce lundi du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan (HCSP) sur les véhicules autonomes.
Le constat est sans appel : la France et l’Union européenne sont à la traîne sur ces technologies face aux géants chinois et américains. La technologie de conduite ADS (Advanced Driving System), c’est-à-dire la conduite autonome, ne relève désormais plus de la fiction. Les véhicules autonomes, sans chauffeur, sont déployés commercialement à grande échelle aux États-Unis et en Chine depuis mi-2024, relève l’étude du HCSP.
Outre-Atlantique, le leader est Waymo. En mai 2025, l’entreprise avait déjà réalisé plus de 250 000 courses par semaine dans les villes américaines où ces véhicules sont déployés. Elle est aussi concurrencée par les robotaxis de Zoox, filiale d’Amazon, ou encore Tesla. En Chine, plusieurs entreprises sont présentes dans les grandes villes comme Pékin : Apollo (filiale de Baidu), Pony AI, WeRide, DIDI… L’Union européenne, grand marché de consommateurs, fait ainsi partie des cibles de ces entreprises. L’américain Waymo doit se lancer commercialement à Londres en 2026, le chinois Pony AI va faire des tests au Luxembourg, et WeRide est déjà présent en Belgique, en Espagne et en Suisse, toujours selon l’étude du HCSP. « Ce sont des technologies de conduite chinoises et américaines, déployées sur des véhicules chinois et opérées par des plateformes de VTC américaines, qui vont circuler dès cette année dans les villes européennes », précise la note.
Le véhicule autonome est « encore vu comme de la science-fiction » et « perçu comme une rupture purement technologique », argue Clément Beaune, le haut-commissaire à la stratégie et au plan. « Il doit être appréhendé comme une révolution de nos mobilités, avec ses enjeux de souveraineté, d’équité et d’efficacité, en inventant un modèle français et européen, vite ! », complète-t-il.