Ryanair voit son empire des frais supplémentaires vaciller

La justice autrichienne s'est notamment penchée sur une série de frais facturés par Ryanair aux passagers.
LG - REUTERS - ALEXANDROS AVRAMIDIS - Alexandros Avramidis

La justice autrichienne s'est notamment penchée sur une série de frais facturés par Ryanair aux passagers.
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Le modèle économique de Ryanair, bâti sur des billets à prix cassés mais enrichi d’une multitude de frais annexes, fait face à une offensive réglementaire grandissante en Europe. Après le Royaume-Uni et l’Union européenne, c’est désormais la justice autrichienne qui s’attaque à ces suppléments jugés opaques ou abusifs.
La Cour suprême autrichienne a estimé illicites quatorze des quinze clauses de frais supplémentaires contestées par l’association de consommateurs VKI, ouvrant la voie à des remboursements pour les voyageurs concernés. Le jugement, rendu le 19 mai mais rendu public lundi, constitue un nouveau revers pour la compagnie irlandaise, dont les revenus annexes sont devenus un pilier de sa rentabilité.
Saisie dans le cadre d’une action collective menée par le VKI pour le compte du ministère autrichien des Affaires sociales, la justice s’est notamment penchée sur une série de frais facturés aux passagers : 55 euros pour un enregistrement à l’aéroport, 25 euros pour un enfant en bas âge ou encore 15 euros pour l’émission d’une carte d’embarquement. Des montants qui dépassent parfois le prix du billet lui-même. Selon la Cour suprême, « les frais supplémentaires doivent être présentés de manière transparente », a souligné dans un communiqué Petra Leupold, responsable des interventions au VKI.
L’association dénonçait également le fait que certains de ces frais pouvaient être appliqués alors même que leur déclenchement relevait de la responsabilité de Ryanair. Elle estime désormais que « les consommateurs et consommatrices concernés qui ont payé des frais sur la base de ces clauses peuvent en demander le remboursement ». Pour la secrétaire d’État autrichienne chargée notamment de la protection des consommateurs, Ulrike Königsberger-Ludwig, cette décision rappelle un principe simple : « Quiconque réserve un vol doit savoir combien il coûte réellement. »
Cette décision s’inscrit dans une séquence de plus en plus difficile pour le transporteur irlandais, confronté à une remise en cause croissante de ses pratiques commerciales.
La semaine dernière, Ryanair avait déjà été contrainte de revoir sa politique de placement des familles sous la pression du régulateur britannique de la concurrence. Jusqu’ici, au moins un parent devait acheter un siège réservé pour garantir qu’il voyagerait aux côtés de ses enfants âgés de 2 à 11 ans. Une pratique désormais abandonnée pour les nouvelles réservations.
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Le changement a été accueilli avec une certaine amertume par le directeur général Michæl O’Leary. « Nous nous plierons à contrecœur à cette norme sectorielle, car nous ne voulons pas perdre de temps à expliquer à des régulateurs mal informés à quel point ils se méprennent » sur l’intérêt des consommateurs, avait-il déclaré.
Les familles qui renonceront au supplément se verront désormais attribuer gratuitement des sièges après l’enregistrement, mais le plus souvent à l’arrière de l’appareil. Les voyageurs souhaitant choisir précisément leur emplacement pourront toujours le faire, « moyennant des frais de réservation de siège ».
Au-delà des décisions nationales, c’est l’ensemble du cadre réglementaire européen qui évolue. Les revenus annexes — choix du siège, bagages, embarquement prioritaire ou modifications de réservation — sont devenus un levier majeur de rentabilité pour les compagnies à bas coûts, mais suscitent désormais une vigilance accrue des autorités.
Le 12 juin, les institutions européennes sont ainsi parvenues à un accord politique visant à renforcer les droits des passagers. Le texte prévoit notamment d’interdire aux compagnies aériennes de facturer aux parents le fait de voyager à côté de leurs enfants. Il prévoit également la gratuité des corrections d’erreurs de nom commises lors de la réservation, alors que certaines compagnies, dont Ryanair, pouvaient réclamer jusqu’à 160 euros pour cette opération. Le compromis doit encore être formellement approuvé avant son entrée en vigueur au niveau européen.