Concurrence ferroviaire : les péages français, les plus chers d'Europe, freinent l'arrivée de nouveaux opérateurs

La SNCF conserve une position ultra-dominante avec 98 % du trafic ferroviaire national.
GFM/SAA/ - REUTERS - GONZALO FUENTES

La SNCF conserve une position ultra-dominante avec 98 % du trafic ferroviaire national.
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Présentés comme l’un des principaux leviers pour ouvrir davantage le rail français à la concurrence, les péages ferroviaires sont de nouveau dans le viseur du régulateur. Dans son étude annuelle publiée dimanche soir, l’Autorité de régulation des transports (ART) estime qu’une réduction ciblée des redevances versées à SNCF Réseau permettrait de multiplier les nouvelles liaisons, notamment vers les villes moyennes, tout en bénéficiant in fine aux finances du gestionnaire d’infrastructures.
Le constat est sévère. Selon l’ART, les montants facturés par SNCF Réseau aux opérateurs ferroviaires figurent parmi les plus élevés d’Europe et constituent aujourd’hui l’un des principaux freins au développement de la concurrence. Ces péages représentent près de 40 % du chiffre d’affaires des concurrents de la SNCF, et « jusqu’à 60 % sur certains axes ».
Pour le régulateur, cette situation pèse directement sur la rentabilité des nouvelles dessertes. « La baisse des dessertes des villes moyennes est antérieure à l’ouverture du marché et résulte principalement du niveau des péages ferroviaires », souligne-t-il. Une analyse qui bat en brèche l’une des principales critiques adressées à l’ouverture à la concurrence : celle de voir les nouveaux entrants se concentrer uniquement sur les lignes les plus lucratives en abandonnant les territoires moins rentables à l’opérateur historique.
L’ART plaide donc pour une diminution ciblée des péages, en priorité « hors grandes métropoles ». L’objectif est de rendre économiquement viables des liaisons aujourd’hui jugées trop coûteuses à exploiter. Selon le régulateur, « une baisse ciblée des péages enclenche un cercle vertueux : viabilisation des liaisons, développement de l’offre par tous les opérateurs et recettes additionnelles pour le réseau ». En d’autres termes, une réduction des tarifs pourrait être compensée par une hausse du nombre de trains circulant sur le réseau et, à terme, par des revenus supplémentaires pour SNCF Réseau.
L’Autorité salue d’ailleurs les premiers ajustements engagés par le gestionnaire d’infrastructures. « SNCF Réseau l’a amorcée dans le cycle tarifaire 2027-2029 et devra l’approfondir pour le cycle suivant », recommande-t-elle.
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Cette prise de position intervient alors que le marché ferroviaire français poursuit son ouverture progressive depuis 2019. Pour l’ART, « l’ouverture du marché contribue à développer l’offre pour répondre à une demande de transport ferroviaire particulièrement dynamique, marquée par une fréquentation en hausse de 14 % depuis 2019 ».
Malgré cette évolution, la SNCF conserve une position ultra-dominante avec 98 % du trafic ferroviaire national. Sur les lignes à grande vitesse, la concurrence dite « en accès libre » reste limitée. L’italien Trenitalia demeure le seul concurrent de SNCF Voyageurs sur des lignes exclusivement françaises, après son arrivée en 2021 sur Paris-Lyon, avant une extension vers plusieurs destinations du Sud-Est.
Sur les lignes régionales, l’ouverture passe par des appels d’offres des collectivités. Depuis 2025, la liaison Nice-Marseille est exploitée par Transdev, tandis que le réseau baptisé « l’étoile de Cæn » sera confié à RATP Dev à partir de 2027.
Sans citer de nouvelles liaisons potentielles, l’ART relève toutefois un premier effet positif de cette concurrence : l’arrivée de Trenitalia a permis d’améliorer l’offre desservant plusieurs villes savoyardes, notamment Chambéry, Saint-Jean-de-Maurienne et Modane, grâce à leur connexion avec Lyon. Un exemple que le régulateur aimerait voir se multiplier si le coût d’accès au réseau cessait d’être l’un des plus élevés du continent.