L’Arabie saoudite lance son offensive aérienne avec Riyadh Air

L'ambition est claire : faire de Ryad un hub aérien de premier plan capable de rivaliser avec Dubaï, Doha ou Abou Dhabi.
AFP - AFP or licensors - SOFIANE ALSAAR

L'ambition est claire : faire de Ryad un hub aérien de premier plan capable de rivaliser avec Dubaï, Doha ou Abou Dhabi.
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L’Arabie saoudite a officiellement lancé mercredi sa nouvelle compagnie nationale, Riyadh Air, un projet phare destiné à bousculer l’équilibre aérien du Golfe et à accélérer la diversification économique du royaume. Après plus d’un an de retards liés aux difficultés industrielles de Boeing et dans un contexte régional sous tension, le premier vol commercial a relié Ryad à Londres-Heathrow dans la nuit de mardi à mercredi, marquant l’entrée en scène d’un nouvel acteur ambitieux du transport aérien mondial.
À bord d’un des premiers Boeing 787 Dreamliner livrés début juin à Ryad, le directeur général de la compagnie, le Britannique Tony Douglas, a savouré ce moment inaugural. Il évoque « l’aboutissement de plus de quatre années de préparation ». Le décollage a eu lieu à 02h35 de l’aéroport international King Khalid, symbole d’une montée en puissance progressive de la capitale saoudienne dans la carte mondiale de l’aviation.
Portée par le fonds souverain Public Investment Fund, Riyadh Air s’inscrit au cœur du programme du prince héritier Mohammed ben Salmane de transformation économique, Vision 2030, qui vise à réduire la dépendance du royaume au pétrole. L’ambition est claire : faire de Ryad un hub aérien de premier plan capable de rivaliser avec Dubaï, Doha ou Abou Dhabi, aujourd’hui dominants dans la région grâce à Emirates, Qatar Airways et Etihad Airways.
À bord, la compagnie affiche déjà ses ambitions haut de gamme : écrans tactiles nouvelle génération, sièges épurés, et palette de couleurs inspirée du patrimoine local, mêlant lavande et brun doré baptisé « or moka ». « Nous voulons ramener le glamour, le raffinement et l’élégance dans le voyage aérien », souligne Tony Douglas.
La stratégie commerciale est également agressive. La compagnie vise « plus de 100 villes internationales au cours des cinq prochaines années » et espère desservir 22 destinations dès mars 2027. Pour soutenir cette trajectoire, Riyadh Air a déjà commandé 132 Boeing 787 Dreamliner et conclu un accord avec Airbus portant sur 25 A350-1000, assorti d’une option pour 50 appareils supplémentaires.
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Dans le même temps, le royaume investit massivement dans ses infrastructures. Un nouvel aéroport géant est en construction à Ryad, avec une capacité cible de 120 millions de passagers à l’horizon 2030, contre 53 millions aujourd’hui.
Mais la concurrence reste intense. La compagnie historique Saudia conserve sa base à Jeddah, porte d’entrée des millions de pèlerins se rendant chaque année à La Mecque, un flux stratégique pour le transport aérien saoudien. Le lancement de Riyadh Air, initialement prévu en 2025, a été retardé par les difficultés de production et de certification chez Boeing, ainsi que par les tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Pour Tony Douglas, ces obstacles font partie du processus industriel. « On fournit tous les efforts pendant quatre ans, on traverse des épreuves, on connaît des succès et des revers, on progresse, on subit parfois des contretemps, mais au final on y arrive », résume-t-il.
À ces contraintes s’ajoute un environnement géopolitique fragile. Les tensions régionales ont perturbé le trafic aérien dans plusieurs pays du Golfe, après des attaques visant notamment Dubaï, Abou Dhabi, Koweït ou Manama. Une interception d’un projectile près de Ryad avait même été rapportée en début de conflit, sans impact sur les opérations. « Grâce à sa position géographique, Ryad a été moins affectée que d’autres » villes du Golfe, souligne le dirigeant.
Lors de la cérémonie de lancement, le gouverneur du Public Investment Fund et président de la compagnie, Yasir Al-Rumayyan, a qualifié l’événement de « moment historique pour la nation », affirmant que le projet générerait « 200.000 emplois directs et indirects ». Ce lancement intervient alors que certains projets emblématiques de Vision 2030, comme la mégapole désertique Neom, ont été réévalués à la baisse dans un contexte budgétaire plus contraint.
Malgré cela, les ambitions restent élevées : l’Arabie saoudite vise à tripler son trafic aérien pour atteindre 330 millions de passagers d’ici la fin de la décennie. Reste une interrogation centrale pour les analystes : celle de la saturation du marché régional. Si certains jugent l’espace aérien du Golfe déjà fortement occupé, Riyadh Air dispose d’un avantage structurel majeur : un marché domestique de 35 millions d’habitants, le plus important de la région — un socle sur lequel le royaume entend bâtir sa nouvelle puissance aérienne.
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