Rachat d'easyJet : de nouvelles règles européennes pourraient bloquer l'offensive des fonds américains

Les plans des fonds américains Castlelake et Apollo pour s'emparer d'easyJet pourraient bien tomber à l'eau.
EasyJet

Les plans des fonds américains Castlelake et Apollo pour s'emparer d'easyJet pourraient bien tomber à l'eau.
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Le rachat d’easyJet par Castlelake ou Apollo, qui se disputent la compagnie britannique depuis plusieurs semaines à coups d’enchères successives, n’est pas écrit d’avance. Et pour cause : l’Union européenne serait en train de préparer une révision des règles relatives à la propriété des compagnies aériennes, selon l’agence Reuters qui a fait état de ces travaux dans une dépêche publiée mercredi 22 juillet. La volonté semble manifeste d’empêcher des investisseurs non européens de s’emparer d’acteurs du transport aérien, un secteur stratégique pour les États, étroitement lié à leur souveraineté.
Aujourd’hui, pour décrocher une licence d’exploitation, les règles européennes – datant de 2008 – stipulent que plus de 50 % du capital d’une compagnie aérienne basée sur le Vieux Continent doivent être détenus par des États membres de l’UE et/ou des ressortissants de l’UE. Au-delà de la composition du capital, la compagnie doit par ailleurs être effectivement contrôlée par des intérêts européens. Ce cadre n’a pas empêché une forte consolidation du secteur aérien en Europe ces vingt dernières années, mais qui pourrait faire obstacle à ce qui s’annonçait comme la prochaine grande opération.
À l’évidence, l’initiative de Bruxelles reflète l’inquiétude d’une mainmise étrangère de fait, malgré la détention majoritaire du capital par une entité européenne. Le fonds Castlelake – dont la date limite de dépôt de dossier est fixée au 3 août – prévoit de son côté de créer une entité, qui détiendrait 51 % du capital, portée par deux acteurs irlandais de l’aérien, Mark Breen et Peter Bellew. Le fonds Apollo, qui a jusqu’au 7 août pour officialiser un accord, n’a pas fourni de précisions quant à la stratégie qui lui permettra de se conformer à la réglementation.
« Le "véhicule" d’investissement prévu par Castlelake ne doit pas être une simple coquille vide sur le papier, mais exercer un contrôle effectif, comme le stipulent les règles européennes », alertait début juillet auprès de La Tribune Jean-Marc Cioffi, président de la section easyJet au sein du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL). En clair, pour l’UE, le respect d’une détention majoritaire du capital par une entité européenne ne peut servir de paravent à une influence étrangère.
Cette révision des règles, qui intervient par ailleurs dans un climat de tensions géopolitiques croissantes, vise ainsi à « protéger l’autonomie stratégique » européenne, assure le responsable de l’UE qui s’est confié à l’agence de presse britannique. « Il s’agit de veiller à ce que les investisseurs étrangers n’aient pas le contrôle total, a-t-il ajouté. Nous devons nous assurer de disposer d’une marge de manœuvre suffisante en matière de contrôle. » La révision des règles devrait avoir lieu à l’automne.
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Toutefois, le patron d’easyJet ne semble pas inquiet par l’initiative bruxelloise. Interrogé sur ce point le lendemain de la publication de l’article de Reuters, jeudi 23 juillet, lors de la présentation des résultats du troisième trimestre de l’exercice décalé, il a assuré que la révision du règlement n’était pas une nouveauté et avait débuté en 2025. « Les délais dépassent de loin le processus d’offre d’Apollo, ce n’est du tout pas lié », a soutenu le dirigeant qui a souligné l'absence de communication officielle de la part de l'UE. Et d’ajouter que « la proposition initiale n’est pas attendue avant la fin de 2026, voire début 2027 », suivie d’une période de consultation qui devrait durer « deux à trois ans ».
L’information n’a pas manqué de faire chuter le cours de Bourse d’easyJet d’environ 10 %, reflétant l’inquiétude des investisseurs quant à un décalage du rachat par l’un des deux fonds américains, voire un blocage pur et simple. Il faut dire que l’UE semble prête à en découdre. « Le problème, c’est que le secteur part du mauvais pied, en pensant que nous n’appliquons plus les règles de manière stricte, a confié le responsable de l’UE. Les acteurs risquent de s’engager sur une mauvaise voie à cause de cette perception erronée. »
EasyJet se serait bien passé de cette possible entrave
Pour son troisième trimestre, easyJet affiche des résultats pour le moins contrasté, du fait des perturbations générées par le conflit au Moyen-Orient. En raison notamment de la flambée du prix du kérosène au printemps, avec une hausse de 13 % du coût du carburant par siège-kilomètre offert, la compagnie britannique a affiché une chute de ses bénéfices avant impôts de 70 %, à 85 millions de livres (99,6 millions d’euros). Malgré une hausse de son offre de 3 %, les recettes unitaires de la compagnie ont baissé de 3 % dans un contexte de léger repli du taux de remplissage de ses avions à 88,9 % (en baisse d’un point).