Hantavirus sur le MV Hondius : les crises sanitaires sur les bateaux de croisière, un risque largement connu dans le secteur
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Le navire, exploité par Oceanwide Expeditions, s'est retrouvé confronté à une difficulté classique en cas de crise sanitaire : trouver un port d'accueil.
LG - REUTERS - Stringer
Hantavirus sur le MV Hondius : les crises sanitaires sur les bateaux de croisière, un risque largement connu dans le secteur
L’apparition de cas d’hantavirus à bord du MV Hondius rappelle que les crises sanitaires en mer, loin d’être imprévisibles, constituent un risque structurel désormais intégré par l’industrie de la croisière.
L’épisode en cours à bord du MV Hondius illustre avec acuité une réalité ancienne du secteur. Selon l’Organisation mondiale de la santé, sept cas d’hantavirus — dont deux confirmés et cinq suspectés — ont été identifiés à ce stade, avec déjà trois décès, dans un contexte de symptômes respiratoires sévères apparus en pleine traversée entre l’Argentine et l’Atlantique. Le navire, exploité par Oceanwide Expeditions, s’est retrouvé confronté à une difficulté classique en cas de crise sanitaire : trouver un port d’accueil.
Refusé à Praia, au Cap-Vert, le bateau a dû envisager un déroutement vers les Canaries, tandis que des mesures d’isolement strictes étaient mises en place à bord et que des équipes médicales intervenaient en urgence. La chronologie des cas — un premier passager présentant des symptômes bénins avant une dégradation rapide et un décès, puis une chaîne de contaminations suspectées — rappelle la difficulté à détecter et contenir ces infections en environnement clos.
Promiscuité et interactions sociales
Ce scénario n’a rien d’exceptionnel pour les acteurs du secteur. Les autorités sanitaires américaines soulignent d’ailleurs, dans une étude de référence du CDC américain (Centers for Disease Control and Prevention) de mars 2020, que « les épidémies de maladies se propagent rapidement dans des environnements semi-fermés et très denses, comme les navires de croisière ». Une caractéristique intrinsèque aux paquebots, où promiscuité, interactions sociales et renouvellement des passagers créent des conditions propices à la diffusion des agents pathogènes.
L’étude du CDC précise également que « les agents pathogènes peuvent être introduits à bord par des passagers infectés, puis se propager via des contacts interhumains, des aliments contaminés ou des surfaces environnementales », ce qui rend la maîtrise du risque particulièrement complexe, même avec des protocoles stricts.
Dans ce contexte, les grandes compagnies comme Carnival Corporation ou Royal Caribbean Group ont progressivement intégré ces crises dans leur fonctionnement courant. Procédures d’isolement, seuils de déclenchement d’alerte, coordination avec les autorités portuaires et sanitaires : la gestion des épisodes infectieux repose désormais sur des protocoles standardisés.
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L’enjeu est aussi économique. Chaque crise déclenche une chaîne de coûts désormais bien identifiée : immobilisation du navire, désinfection complète, perturbation des itinéraires, prise en charge médicale et compensations commerciales. Autant de variables désormais intégrées dans les modèles de gestion des compagnies.
Le précédent du Diamond Princess
Surtout, ces épisodes confirment que le risque sanitaire est structurel dans l’industrie de la croisière. L’enjeu n’est plus tant d’éviter totalement ces crises que d’en limiter l’ampleur et la durée.
Ce constat avait déjà été brutalement mis en lumière lors de la pandémie de Covid-19 avec le cas du Diamond Princess début 2020. Une analyse génétique a montré qu’une seule introduction du virus avait suffi à contaminer environ 700 personnes à bord. Les interactions sociales dans les espaces communs — spectacles, restaurants, activités collectives — avaient favorisé une diffusion rapide du virus, transformant le navire en laboratoire grandeur nature de la propagation en milieu clos.
Depuis cet épisode fondateur, largement étudié par la communauté scientifique, l’industrie sait que ces crises ne relèvent pas de l’accident isolé, mais d’un risque inhérent à son modèle même. Le cas du MV Hondius en apporte aujourd’hui une nouvelle illustration. L’identification précise du virus en cause pourrait encore affiner la lecture de cet épisode.
Comme le souligne Virginie Sauvage, responsable du Centre national de référence des hantavirus à l’Institut Pasteur, « le séquençage en cours doit permettre de déterminer s’il s’agit du virus Andes, seul hantavirus connu pour permettre, dans de rares cas, une transmission interhumaine nécessitant une proximité étroite et prolongée ». L’enjeu est de taille : distinguer entre une diffusion à bord ou des contaminations indépendantes avant l’embarquement. Si une transmission interhumaine d’un hantavirus du Nouveau monde était confirmée dans ce contexte maritime, elle constituerait un cas inédit.