Petit guide pour rendre nos villes plus intelligentes

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Francis Pisani
Francis Pisani
Francis Pisani est chroniqueur indépendant, auteur, expert international en innovation, conférencier. Son site : francispisani.net.

Tout le monde utilise le terme « Smart City » et presque personne n'en est content. Chaque fois que j'interroge un interlocuteur sur l'intelligence de sa ville il commence par me demander ce que j'entends par là. Et je suis obligé de répondre par des contorsions orales, des phrases qui n'en finissent pas, qui ne sortent pas toujours dans le bon ordre et ne convainquent personne. Heureusement, mes interlocuteurs sont presque tous dans la même situation que moi et la conversation peut s'engager.

Le contraire d'un "paradigme"

Mais il nous faut au moins d'un cadre de référence or il n'y en a pas aujourd'hui de sens  couramment accepté. Nous sommes exactement devant le contraire de ce qui constitue un « paradigme » : un terme que personne n'a besoin de définir mais que tout le monde comprend. Ils sont essentiels à l'avancée des sciences, mais aussi de sujets aussi importants pour nous que le futur de nos villes.

Bonne nouvelle, un groupe de quatre chercheurs italiens ont choisi d'aborder le problème de façon concrète pour en dessiner le contour et le résultat de leur travail est aussi utile que passionnant.

6 domaines d'application

Pour parvenir à leurs fins, Paolo Neirottia, Alberto De Marco, Anna Corinna Cagliano, Giulio Mangano, et Francesco Scorrano, du Politecnico di Torino, ont d'abord regroupé les aspects constituant une ville intelligente en 6 domaines d'applications - énergie et ressources naturelles, transport et mobilité, constructions, gouvernement (ils disent « living government » car leur étude est en anglais) et, enfin, économie et population. Ils ont ensuite établis un index pour repérer chaque fois qu'une ville déclare faire quelque chose dans ces domaines (plus quelques sous domaines). Puis ils sont partis appliquer leur petite machine à comprendre dans 70 villes réparties dans le monde entier.

Parmi les trouvailles de ce travail j'ai été particulièrement frappé par le fait que si la taille des villes compte peu, dans la mise en œuvre de politiques pour les rendre intelligentes, la densité de la population contribue aux décisions de se lancer sur ce chemin comme aux réussites. Cela ouvre un énorme champ de réflexion pour les moins grandes.

Les facteurs locaux sont déterminants

Second élément clé : les facteurs locaux (contexte culturel, national, géographique, etc.) sont déterminants. Ce qui permet au site NextCIty.org qui a un très bon article sur l'étude de dire « l'intelligence urbaine apparaît sous toutes sortes de formes et les villes auront d'autant plus de succès dans la maximalisation de la leur qu'elle partiront de la ville qu'elles sont aujourd'hui pour mettre en place progressivement des solutions leur permettant de devenir celle qu'elles veulent devenir ».

La méthode présente ses faiblesses puisqu'elle s'appuie sur une approche déclarative du sujet. Dans cette étude, l'intelligence se mesure au nombre de domaines dans lesquels une municipalité a déclaré avoir pris d'initiative en la matière. Mais la démarche est solide en ce que les auteurs sont allés l'appliquer à différentes villes partout dans le monde.

Faciliter les échanges et les réflexions

Plus encore que les résultats, l'intérêt principal de cette étude est qu'elle couvre les deux pôles de la tension au sein de laquelle se tiennent tous les débats sur les villes intelligentes. Reprenant l'opposition entre ceux qui parient sur l'infrastructure informatique et le recueil de données, d'un côté, et ceux qui s'appuient sur le capital humain des citoyens et leur coopération, de l'autre ils distinguent l'approche dure de l'approche souple (hard contre soft). La première repose entre autres sur l'infrastructure et les capteurs, la seconde sur le niveau d'éducation des gens et ce qui les encourage à participer et à innover. Là encore, ça facilite échanges et réflexions.

Savoir combiner les deux approches

Comme ils le disent eux-mêmes dans leur article, les auteurs espèrent, grâce à leur travail « fournir aux décideurs et responsables de villes des éléments utiles pour définir et conduire leur stratégie de ville intelligente ». Partant d'une conception des villes comme « de systèmes complexes caractérisés par un nombre considérables de citoyens, entreprises, mode de transport, réseaux de communications et services différents », ils n'hésitent pas à recommander les approches qui « ne reposent pas seulement sur le déploiement de plateformes technologiques complexes mais plutôt sur la mobilisation de l'intelligence collective et de la créativité de leurs citoyens ». L'art reste bien de savoir combiner les deux.

 

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Commentaires
a écrit le 28/04/2014 à 8:58 :
Ce ne sont pas les villes qu'il faut rendre intelligentes mais les hommes politiques.
a écrit le 27/04/2014 à 19:19 :
Il y a 20 ans ... je voyageais en Californie (plusieurs fois ... je précise) ... les centres villes ce sont vidés ... avec un tas de contraintes de livraisons et cie ... en France on refait les mêmes conneries ... bientôt les centres seront uniquement "peuplés" de de banques et autres assurances .... faute de pouvoir livrer quoi que ce soit ! Des centres sans commerces ... voilà l'avenir que l'on nous dessine !!!!!!!! Y ' a le feux au lac ! ... avec bien-sur des parcmètres ... et des contrôleurs à souhait !!!!!!!!!!!
a écrit le 27/04/2014 à 14:45 :
petite guide ? petite ? Vous avez relu le titre avant de publier ?
Réponse de le 27/04/2014 à 19:53 :
Ca n'a pas l'air de les déranger lol...
Ils doivent se demander : ben quoi qu'est-ce qu'il a notre titre ?

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