La BBC perd sa voix

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La fameuse BBC World Service, victime de l'austérité, ferme cinq sections en langues étrangères, et sept autres cessent la radio, se rapatriant sur Internet. Environ 30 millions d'auditeurs seront perdus. Pour la prestigieuse maison, c'est la suite d'un lent déclin.

Même le service en langue chinoise est supprimé. La BBC World Service, qui a annoncé ce mercredi de sévères coupes budgétaires, va cesser d'émettre en mandarin. Le service n'est pas complètement fermé, mais il ne sera présent que sur internet. La Chine n'est-elle pourtant pas la super-puissance de demain? N'est-il pas important d'y assurer une présence et une influence?

Cette fermeture donne une idée de l'ampleur des coupes du World Service: cinq services en langues étrangères ferment complètement (Albanais, Macédonien, Serbe, Portugais pour l'Afrique et Anglais pour les Caraïbes); sept autres ne seront plus que sur internet (Azeri, Mandarin, Russe, Espagnol pour Cuba, Turc, Vietnamien, Ukrainien); la diffusion en ondes courtes est supprimée dans de nombreuses langues (Hindi, Indonésie, Swahili, Anglais pour le Rwanda et le Burundi). Au total, 30 millions d'auditeurs seront perdus, sur un total de 180 aujourd'hui. Au passage, 650 emplois sont supprimés, soit le quart des effectifs.

Et alors? Les cyniques souligneront que des émissions en serbe payées par le contribuable britannique sont anachroniques. Peut-être. Et sans doute faut-il de tant à autres revoir les priorités du World Service. Mais c'est oublier le prestige phénoménal de la BBC hors du Royaume-Uni. Peter Horrocks, le patron de la BBC World Service, a tenté de le faire valoir auprès du ministère britannique des affaires étrangères (qui finance directement le World Service, tandis que le reste de la BBC est financé par la redevance): "le World Service est l'un des aspects les plus respectés du Royaume-Uni à l'étranger", explique-t-il. Selon lui, l'influence du pays sera réduite par les coupes annoncées.

Quant à la liberté de la presse, n'en parlons pa. Dans des pays comme la Birmanie ou la Somalie, le World Service est pratiquement la seule source d'informations fiables. Le reste est soit de la propagande gouvernemental, soit des radios d'ONG bien intentionnées, mais souvent biaisées.

"On nous arrache les tripes", se lamente l'un des employés de la BBC (qui ne perd pas son emploi). Lui-même revient d'Inde, où il avait rencontré quelques-uns des auditeurs en langue Hindi: "ce sont des auditeurs très loyaux et très pauvres, qui n'ont pas les moyens de se payer une télévision, sans parler d'internet. La suppression de la diffusion en ondes courtes va les priver d'informations vitales."

Les annonces de ce mercredi sont la conséquence directe de la réduction de 16% sur trois ans (en valeur réelle) du budget du World Service, décision prise avec le plan d'austérité du pays présenté en octobre. Mais c'est aussi la suite d'un long déclin.

Il y a cinq ans, 10 services en langues étrangères avaient déjà fermé, dont l'essentiel de ceux présents en Europe de l'Est. De presque 45 langues étrangères à l'époque, il n'en restera plus que 26 l'année prochaine. Ces dernières années, d'autres services ont périclité. Le service en langue française pour l'Afrique a été réduit à peau de chagrin.

Les annonces de ce mercredi sont certainement un triste jour pour la qualité de la presse à travers le monde. Mais pour le Royaume-Uni, c'est sans doute, à terme, une perte significative de son influence.

 

 

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Commentaires
a écrit le 27/01/2011 à 7:50 :
Merci d'avoir souligné la distinction entre BBC, le grand groupe regroupant les médias Tv et radio, et la BBC Worl service.
Votre commentaire est tout à fait pertinent et n'enlève en rien les inquiétudes qui pèsent sur le service public homologue français, France Télévision, Radio France, et donc RFi, Radio France International.
a écrit le 26/01/2011 à 19:45 :
BBC ET BBC WORLD
Il ne faut pas confondre la BBC World service et la BBC tout court. La première, où on supprime "650 emplois sur 2400", est un service international, en plusieurs langues (voir site BBC), financé directement par l'État. Le second, la BBC est un groupe public de radio/TV financé par la redevance (il n'y a pas du tout de pub sur la BBC). Cette redevance est élevée (près de 180 euros, 120 en France). Le budget de la BBC -tout court- s'élève à plus de six milliards d'euros, contre moins de 3 milliards pour France Télévision. Si on ajoute les 600 millions d'euros de Radio France, pour comparer le comparable (les groupes publics européens cumulent radios et TV), on est loin du montant du budget de la BBC "tout court": plus de 6 milliards d'euros. France TV (11000 personnes)+ Radio France (4000)= 15000. On est loin des 22 000 personnes de la BBC"tout court" et des plus de 23000 du groupe public allemand ZDF/ARD (8 millions de budget, redevance:204euros ). Cela dit pour montre que France Télévision n'est pas "l'usine à gaz" que certains décrivent. Mais, nous assistons bien à une attaque en règle contre les groupes publique d'audiovisuel.

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