Voyage dans la plus européenne des villes américaines

 |   |  6051  mots
(Crédits : DR)
De la résidence de la famille Kennedy aux répliques des châteaux européens, en passant par Harvard, les plus belles collections d'impressionnistes européens et les anciennes filatures, visite de Boston

Dès l'aéroport, situé à quelques kilomètres au nord de la ville, Boston apparaît comme une ville maritime. Partout, de l'eau, l'océan, le port en eau profonde qui fit la fortune initiale de la ville, des rivières (la Charles) des presqu'îles, des îles qui parfois n'en sont plus, la ville s'étant étendue sur la mer, permettant la création d'une ceinture de parcs. Par beau temps, ce qui fut le cas en ce mois d'octobre, Boston a un côté ville d'eau, le bleu de la mer et des rivières, des bateaux à voile, quelques baigneurs, le vert, l'or et le rouge des parcs, puisque l'été indien battait son plein.

L'Européen comme chez lui

L'Européen pourrait presque se croire chez lui. Il y a un centre historique visité par de nombreux touristes américains ou européens, des rues où l'on peut flâner, des transports en commun (un métro-tram) de la verdure et des encombrements en début et en fin de journée. Les possibilités de se restaurer bon marché sont même plus développées qu'en Europe. A Quincy Market, des entrepôts habilement rénovés, des dizaines de restaurants proposent des cuisines pour tous les goûts. Ce n'est pas gastronomique, le poisson, cependant, offre quelques bonnes surprises (clam chowder, saumon) et les galettes peuvent être arrosées de sirop d'érable. La foule est blanche, les minorités de couleur étant moins visibles qu'à New-York ou à Chicago mais les obèses plus nombreux (c'est un des grands sujets dans les quotidiens comme dans les magasines).

Une ville de collines

Certes les gratte- ciels sont au rendez- vous mais ils sont moins spectaculaires et réussis que dans ces deux villes. Le plus beau, la John Hancock Tower (60 étages) de l'architecte chinois Pei, une sorte de livre légèrement ouvert à la verticale, est à certaines heures de la journée un immense miroir bleuté où se reflète le chef d'œuvre « roman » de Henry Richardson, Trinity Church ( 1877) faite de granit et grès rose, qui s'inspire de cathédrales européennes. A peu de distance, le cinquantième étage de la Prudential Tower offre une vue imprenable, à 360 degrés, sur la ville et ses environs.
Si vous voulez comprendre les débuts de la rébellion contre les Anglais, cette vision est utile, car Boston était une ville de collines (certaines ont été arasées lors des agrandissements au 19ème) et beaucoup d'événements sont survenus sur ces lieux à la fois d'observations et de bataille, que l'on peut distinguer du haut de la tour.

Le Boston Historique

Beaucoup d'Américains viennent ici en pèlerinage. C'est à Boston que la révolte des 13 colonies contre l'Angleterre de George III a commencé. Les descendants des puritains, qui ont quitté la mère patrie pour pratiquer la religion de leur choix et chercher fortune, n'ont plus accepté d'être traités comme des sujets de seconde zone bons pour remplir les caisses vides de la Couronne après la guerre de sept ans. Non représentés à Westminster, ils ont opposé le principe «no taxation without representation ».
Les lieux de mémoire sont très fréquentés. De nombreux édifices, de style géorgien, en brique et pierre, à colonnes et à fronton dorique, ont été conservés. Comme aucun périmètre de protection n'a été prévu, ils ne sont guère mis en valeur et côtoient des immeubles ou des tours du XXe siècle souvent médiocres.

Tout a commencé le 5 mars 1770

Tout a commencé le 5 mars 1770 à Old State House, où résidait le gouverneur anglais, qui fit tirer sur les colons. Il y eut cinq morts- dont un noir « retrouvé » il y a une dizaine d'années et cet évènement sanglant est appelé le « Boston Massacer ».  Au balcon, en 1776, fut lue pour la première fois en public la Déclaration d'Indépendance. A Old South Meeting House, les grands orateurs de la Révolution, Samuel Adams et James Otis incitèrent leurs compatriotes à les suivre. Ce fut le point de départ de la Boston Tea Party (une cargaison de thé jetée à la mer) . Cette House était une église puritaine, c'est-à-dire sans autel ni statues, où les croyants se rassemblaient autour de la chaire pour écouter le prédicateur commenter la bible. L'élégante King's Chapel, aujourd'hui église anglicane, s'inspire des mêmes principes : des vitraux clairs indiquant l'ouverture sur le monde, la chaire dominant l'autel et la table de communion.
Une autre salle de réunion se trouvait dans le Faneuil Hall, « un des berceaux de la liberté » toujours de style géorgien, qui fut agrandi après la Révolution et dont le second étage a été transformé en salle de musée.

Les cimetières, petits et anciens, sont émouvants par leur simplicité, une pierre sans croix (on pense à des cimetières musulmans) avec souvent comme motif décoratif, une tête de mort gravée entourée de deux ailes d'ange. Ils hébergent les sépultures des héros de la Révolution et des grandes familles bostoniennes ainsi que quelques noirs, les serviteurs de grands bourgeois récompensés pour leur fidélité dans l'éternité.
Une maison plus ancienne en bois, largement rénovée, est celle de Paul Revere, fondeur et orfèvre de talent, personnage mythique de la Révolution. Membre d'une des confréries où se préparait la révolution, « les fils de la liberté » il accomplit de nombreuses missions pour la cause révolutionnaire, dont une mission, à cheval et en bateau, afin de transmettre des informations sur les mouvements des redu cotas évitant ainsi une défaite des colons. La maison, son ameublement, son argenterie- qui est parfois son œuvre- montre que le héro sut acquérir plus qu'une honnête aisance.

Les Anglais abandonnent la ville en 1776

Bunker Hill est une des collines où se tint un des combats contre le colonisateur (16 juin 1775). Située aujourd'hui dans un quartier cossu et verdoyant, elle est couronnée d'un obélisque (on peut monter en haut) construite en 1846, qui rappelle une bataille perdue mais particulièrement meurtrière pour les Anglais (1000 sur 2200 hommes engagés).  Le fait d'avoir tenu tête à la première armée du monde encouragea fortement les colons à poursuivre.
Thomas Park est le lieu du dernier affrontement. Washington déploya des batteries de canon et fit tirer sur la résidence. Celui-ci prit peur et décida d'évacuer la ville (mars 1776) qui ne fut jamais reprise, même durant la seconde guerre de 1812 à 1814 (contrairement à New-York)
Les reconstitutions historiques impliquant la participation de citoyens jouant en habits d'époque, qui ne ménagent pas leurs efforts ont ici un grand succès. Ainsi, vous pouvez monter à bord du Beaver, l'un des trois bateaux, sur lesquels se déroula la Tea Party.

La ségrégation dans les écoles jusqu'en 1855

Mais Boston est aussi un lieu de pèlerinage pour les Noirs (le black heritage trail). L'esclavage y fut aboli dès 1783 mais la ségrégation fut maintenue dans les écoles jusqu'en 1855. La première église (1806) dite African Meeting House et la première école pour les Noirs, sur le versant nord de Beacon Hill, sont des lieux émouvants, en dépit du départ au 19ème de la population noire. L'église, simple et dépouillée, a même été rachetée récemment à la communauté juive.

Des noirs bostoniens jouèrent un rôle actif dans la lutte contre l'esclavage. Un journal abolitionniste, The Liberator, vit le jour (1831). Des itinéraires furent organisés pour les esclaves fugitifs qui étaient cachés dans des caves et souterrains de maisons de Beacon Hill (Underground Trail Road) au risque des propriétaires. Des plaques ont été apposées sur les murs de ces héros, dont certains étaient des blancs. En 1863, un régiment noir, commandé par un officier blanc se battit contre le sud esclavagiste et perdit la moitié de ses effectifs, dont l'officier. Un bas relief en bronze en l'honneur du 54 ème régiment a été érigé dans le parc central (Commons) en 1897.
Sur le versant sud de Beacon Hill habitaient les « blancs ». Le quartier a gardé son caractère. Les ruelles, escarpées, parfois pavées de galets (Acorn Street), ont beaucoup de cachet. Louisburg Street est un parc privatif à la mode londonienne, il est entouré de maisons aux façades néoclassiques (19è), dont les propriétaires ont été ou sont des bostoniens célèbres.

 Massachussetts...  une tribu indienne

A proximité, une maison de style géorgien, aux fenêtres palladiennes, construite par le grand architecte de Boston, Charles Bullfinch, a été admirablement restaurée. Le premier propriétaire, HG Otis, père de onze enfants, avocat et homme politique faisait partie de la riche « aristocratie » bostoniennes. Les grandes pièces de réception sont organisées autour de grandes cheminées décorées de stuc, selon un principe symétrique, avec de fausses portes. Les murs sont recouverts de beaux papiers peints, dont le dessin a été retrouvé. qui créent des harmonies de bleu et de vert. Les meubles (17 /18 ème siècle) sont d'une grande qualité.

Les souvenirs historiques bostoniens ne se limitent pas à la guerre d'Indépendance.
Le dôme doré de la State House, qui abrite le parlement de l'État du Massachusetts (le nom d'une tribu indienne) et son Gouverneur se voit de loin. Elle est l'œuvre de Charles Bulfinch-déjà cité (1798) mais elle a été agrandie à plusieurs reprises. L'édifice est largement ouvert au public, même durant les sessions des chambres. Les citoyens doivent pouvoir regarder comment se fabrique la loi. Ils défilent dans une suite de halls majestueux, admirant les six espèces de marbre utilisés, les fresques historiques ou mythologiques, les bronzes des héros de l'histoire américaine, dont Lincoln, les drapeaux de la guerre d'Indépendance à celle du Vietnam sur fond de marbre jaune, les vitraux de John Lafarge et de Tiffany. La chambre des Représentants étant en séance, seul le Sénat était accessible. Le décor est solennel, colonnades et niches contenant des statues, contrastant avec un côté club ; les sénateurs ne sont pas plus nombreux que nos académiciens.

 De nombreux immigrants irlandais, dont les Kennedy

Les immigrants irlandais furent nombreux à partir de 1840. Certains devinrent célèbres. Les plus célèbres sont les Kennedy. Deux édifices rappellent leur présence.
La Maison Familiale, de deux étages, dans le faubourg aéré de Brookline, est modeste. Joseph Kennedy n'a pas encore fait fortune lorsqu'il achète la maison en 1914 six ans après son mariage. Mais il souhaite un logement indépendant, un environnement calme et paisible et la proximité d'une église catholique. La maison, bourgeoise et confortable, est fermement tenue par Rose, l'épouse et la mère de quatre garçons et d'une fille, handicapée mentale. Cette grande et belle femme, fille du premier maire irlandais de Boston, considéra que l'éducation de cinq enfants équivalait à un emploi à temps plein. Elle exerça son emploi avec beaucoup de professionnalisme. Elle tenait des fiches tapées à la machine pour chaque enfant où étaient consignés tous les événements significatifs. Elle appliquait un rituel strict pour les repas, obligeant les enfants à parler de sujets sérieux et organisant des débats.

Elle les conduisait à l'église. Elle ne dissimula pas la maladie de sa fille, contribuant au changement des mentalités sur les handicaps mentaux et elle créa une fondation spécialisée, dont elle s'occupa. C'est une des rares Kennedy, qui ne fut pas compromise dans des scandales. La vertu fut un brevet de bonne santé. Rose mourut nonagénaire en 2002. En 1927, Joseph qui avait fait fortune dans la banque, alla s'installer à New-York. La maison fut vendue. Après l'assassinat du Président, Rose racheta la maison, la réaménagea dans des conditions proches de celles qui existaient en 1914 et y mit des souvenirs de famille.
La maison est gérée par un organisme public dépendant du Ministère de l'Intérieur, le National Park Service. Le volume comme la qualité du travail fait par ce service est remarquable. Les guides sont de qualité. Et surtout le visiteur a l'impression que les maisons sont habitées et que l'on va passer...à table. L'accumulation des détails « réalistes » peut faire sourire. Mais ne gâchons pas le plaisir du touriste le plus souvent satisfait. Il est des cas où le service public américain fonctionne parfaitement et où la préservation de l'environnement est assurée. Il est vrai que le patrimoine américain est limité dans le temps.

Le Bureau ovale reconstitué

Le second édifice est plus monumental et prestigieux. C'est la Presidential Library and Museum. Chaque président à la fin de son mandat suscite la création d'une Fondation qui se chargera de la construction et de la gestion d'un édifice accueillant ses archives et ses documents et entretenant son culte. Le président choisit généralement sa ville d'origine ou celle de ses mandats politiques. J'ai visité ainsi celle de Carter à Atlanta, elle est particulièrement vivante car elle évoque les actions actuelles du couple Carter dans les pays en développement.
Une immense voile blanche de verre et de métal (38 m) dominant l'océan et la Dorchester Bay, c'est la Kennedy Library and Museum, construite par Pei qui n'était pas encore très connu à l'époque (1978) et financée principalement par des dons. Situation exceptionnelle et beauté des lignes. Le contenu est clair et pédagogique : film sur la jeunesse et l'éducation de JFK, vidéos rappelant quelques grands moments de sa présidence (programme spatial, crise des missiles cubains) reconstitution de la salle de conférences, du Bureau Ovale (comme à Atlanta) et de celui de Bob, une partie consacrée à Jacqueline (ses déplacements, ses photos, ses robes, ses aquarelles) une autre à sa famille et aux réactions dans le monde après le meurtre de Dallas.
La grande bibliothèque de Boston la Boston Public Library (1895) en face de Trinity Church, qui contient 15 millions de livres, est représentative du style néo- Renaissance. Puvis de Chavannes est venu y réaliser dans la partie supérieure des grands décors muraux élégants aux couleurs claires.

Si vous vous intéressez à la naissance des grands parcs urbains, le National Park Service vous accueillera dans la maison, les bureaux, et les jardins de Frederick Law Olmsted (1822/1903).  C'est l'inventeur de ces grands espaces qui remettent la nature au cœur de grandes villes industrielles polluées par l'industrie et qui sont censés redonner aux urbains leur dimension spirituelle: New-York (Central Park) Chicago (les bords du lac) Boston (son « collier d'émeraude) Standford. Dans ses plans, il combinait des éléments pastoraux et pittoresques avec des parties plus sauvages. Les jardins sont une illustration en petit format des différents paysages qu'il inventait. Sont conservés dans l'atelier de multiples plans et les instruments de travail (photographie, reproduction)


La Première université des Etats-Unis (1636) : Harvard

Vous traversez le grand pont à haubans et vous vous trouvez à Harvard, à moins que vous n'ayez pris le métro et que vous ne soyez descendu à la station de métro Harvard University. Le Harvard Information Center organise des visites guidées par des étudiants. Allez vers la Charles River et entrez -discrètement-dans les cours des résidences étudiantes, qui en majorité remontent au 17ème et 18ème siècle. Élégance des maisons, harmonie des couleurs : le rose des briques, le blanc des pierres, le jaune, le vert et le rouge des chênes d'Amérique et des érables. Des écureuils gris grignotent des glands. Peu de bruit, c'est samedi matin, quelques étudiants sortent de leurs maisons. Ce sont les premières années qui ont une obligation de résidence. Faites un rêve : vous êtes un de ces étudiants et cohabitez avec des jeunes strictement sélectionnés qui viennent du monde entier. A cet instant, ce sont les Asiatiques qui sont les plus nombreux.
Revenez au Harvard Information Center et dirigez-vous vers le Campus. Saluez la statue de John Harvard, le fondateur, dite statue des trois mensonges: ce n'est pas John Harvard mais un étudiant qui a été représenté par Daniel Chester French (1884) et il n'était pas le fondateur mais le premier directeur. Pénétrez dans le Memorial Hall (1878) qui commémorent les 136 étudiants morts durant la Guerre Civile. Sur les murs, sont apposés des plaques pour tous les combattants sous 21 vitraux de Tiffany et La Farge. Regardez quelques halls, le Massachusetts'Hall du début du 18è, le University Hall a été conçu par C Bulfinch (1815) et la Widener Library (1914) qui contient 3 millions et demi d'ouvrages. Jetez un coup d'œil sur le Carpenter Center for the Visual Arts (1963) c'est le seul bâtiment construit par Le Corbusier aux Etats- Unis. Ne cherchez pas le Fogg Museum, il est en rénovation.

Museum of Fine Arts ou comment les grands musées américains ont sélectionné les chefs d'œuvre européens

Les grands musées américains ne présentent que des chefs d'œuvre. Leurs collections sont tardives par rapport à leurs homologues européens. Avec le recul et le concours de marchands européens, ils ont opéré une sélection rigoureuse. De plus, ils ont profité de la cécité des musées et des riches collectionneurs de notre continent, ainsi que de la générosité de grandes fortunes américaines. C'est au moins le cas pour l'impressionnisme. Durand- Ruel, ne parvenant pas à vendre en France envoya des toiles aux Etats- Unis, dont Boston, avant d'ouvrir une galerie à New-York. L'exposition Durand-Ruel, au Petit Luxembourg, en est actuellement l'éclatante illustration (avec un tableau venant de Boston) L'aménagement de ces musées est un atout supplémentaire ; avant les nôtres ils ont été des lieux de vie, confort (banquettes cafétérias, librairies) et l'on peut y passer sans fatigue la journée. La nouvelle muséographie accroît le plaisir du visiteur : dans une même salle, sont mêlées peintures et arts décoratifs, meubles, objets d'art, ce qui diversifie les centres d'intérêt.
L'architecture de ces musées est parfois plate et ennuyeuse, du néo-classique (dit style français...) mais beaucoup de ces musées ont fait appel aux plus grands noms de l'architecture pour les rénover ou ajouter une aile (Renzo Piano à Chicago). A Boston, l'extension est signée Pei  pour le Fine Arts Museum et Renzo Piano pour l'Isabella Stewart Museum.
Le Museum of Fine Arts est l'un de ces musées, pas le plus important. Les collections américaines sont très riches. Dans les premières salles dominent les beaux portraits des « héros » et des riches marchands peints par John Singleton Copley, encore très anglais. Les paysagistes du 19è siècle (Thomas Doughty, Benjamin West, Sanford Gifford) illustrent l'attachement des américains à la nature qu'elle soit sauvage ou domestiquée, réaliste ou idyllique (souvent influencée par la lumière de l'Italie) et de la mer (Fitz Hugh Lane) Le portait reste à la mode (Thomas Sully), John Sargent, connu en Europe où il a partiellement vécu, est présent : portraits et fresques. Les Français continuent de préférer « leur »impressionnisme à l'impressionnisme américain jugé plus artificiel : Frank Benson, Edmund Tarbell et bien sûr l'américano- française Mary Cassatt. Au 20ème siècle, de nombreux artistes ont été influencés par le Bauhaus, dont des représentants éminents avaient fui l'Allemagne nazie pour les Etats-Unis. Le Hopper nous plonge dans son univers de l'isolement, immobile et silencieux : un chef d'œuvre mais unique. A côté des Pollock.
Parmi les points forts de la peinture européenne, l'école flamande et hollandaise ; le Saint Luc peignant la Vierge de Roger Van Der Weyden, un beau portait de Rubens (Moulay Ahmad) d'autres de Rembrandt et Van Dyck, Rosso Florentino. Une chapelle romane (fresques) du 12è siècle a été remontée... Pour les Français, ce sont évidemment les impressionnistes qui sont les plus nombreux : Caillebotte (L'Homme au Bois est superbe) Manet (très beau) Monet, Renoir, Cézanne, Degas. De beaux portraits de Gainsborough sont accrochés au rez de chaussée.


A la suite des Pilgrim Fathers et des Minute Men

Tout a commencé à Plymoth (à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Boston) A Plimoth Plantation (fondation) le village des premiers colons (1627) a été reconstitué (en fait il était à quelques kilomètres dans l'actuelle ville de Plymouth) La reconstitution est parfaite: site bien choisi en pente au dessus de la mer en face du cape Cod, rue bordées de petites maisons de bois entourées de jardins (maïs) de poulaillers et d'étables soigneusement clos, et surtout les habitants....Les habitants sont joués par des personnes volontaires et indemnisées habitant aux alentours. Ils sont habillés en costume d'époque et surtout sont capables de répondre à toutes les questions concernant la vie à cette époque dans, paraît-il la langue du 17ème siècle. Ils ont appris leur rôle dans les documents et journaux de l'époque et répondent clairement aux questions: raisons de leur émigration (fuir les persécutions religieuses et la pauvreté) origine géographique exacte (Angleterre ou Pays- Bas) faim le premier hiver (près de la moitié mourut) conditions de vie (cultures, chasse, pêche, relations avec les Indiens) organisation politico- religieuse de ces colons puritains, lecteurs quotidiens de la Bible en quête d'une société parfaite, crainte des absolutistes papistes (les Français du Canada)
A quelques dizaines de mètres, un campement indien a été reconstitué avec également des acteurs volontaires, ce coup ci des Indiens Wampanoags, qui se livrent à leurs pratiques quotidiennes (tissage, cuisine, jardinage... Depuis plusieurs dizaines d'années la redécouverte et la valorisation des premiers habitants des Etats- Unis est reconnue équitable et nécessaire par la société américaine.
A quelques kilomètres de là, dans le port de Plymouth, le May Flower a également été reconstitué, toujours avec des acteurs locaux. Ils détaillent les risques de la traversée (dont les « pirates » français) le mode de vie à bord, les conditions du débarquement.

Les Minute Men étaient des colons qui tenaient d'une main leur bêche et de l'autre leur fusil qui leur servait à chasser et à se protéger des Indiens et des bêtes sauvages. Informés par des habitants de Boston, comme Paul Reeves, ils quittaient « à la minute » leurs champs pour se battre contre les Red Coats. Ils excellaient dans la guérilla. A l'abri, derrière les murs de pierre bordant les chemins de terre, ils blessèrent ou tuèrent beaucoup de militaires anglais, lourdement chargés, qui n'avaient pas la connaissance du terrain. Les Minute Men sont des héros de la légende américaine. Tout bon Américain et pas seulement les adeptes du Tea Party , sont toujours prêts à sortir leur fusil, qu'ils ont toujours chez eux, pour défendre leur liberté ou leur sécurité contre les étrangers et autres bêtes féroces.
A Lexington (est de Boston), sur un triangle d'herbe verte, eut lieu le premier affrontement, qui ralentit l'avancée des troupes anglaises. Il est commémoré par la statue du capitaine qui commandait les Minute Men. A proximité, le pont de Concord (North Bridge) où eut lieu le même jour l'affrontement principal (avril1775) a été reconstruit. Des rangers en uniforme expliquent la bataille aux touristes. Le site est vallonné et verdoyant, superbe dans les couleurs de l'été indien. Se promener à pied ou à vélo sur la Battle Road Trail, un chemin de terre au milieu de la forêt, que suivirent les soldats anglais, est un grand plaisir dans cette saison.

Emerson, le plus célèbre des Transcendantalistes

A côté de la route, plusieurs Visitors Centers renseignent le promeneur. La région des Minute Men, ce n'est pas seulement un chapitre de l'histoire patriotique des Etats-Unis, c'est aussi un chapitre de son histoire littéraire avec les Transcendantalistes. Pour eux, la nature est un voile transparent. En la contemplant et en « transcendant » les cinq sens, l'homme atteint Dieu. Cet homme est tempérant, instruit, abolitionniste et met en œuvre la parole du Christ. Ce sont les femmes qui incarnent le mieux ces valeurs. Emerson (1803/82) le transcendantaliste le plus connu, écrit dans son premier livre Nature : « dans les bois, je sens tous les courants de l'Être Universel qui me traversent...je suis une partie de Dieu ».  Sa maison, qui n'est pas luxueuse, se visite mais il faut de la patience pour écouter une thuriféraire se complaire dans tous les détails de la vie du grand homme.

D'autres penseurs ou écrivains vinrent se fixer à Concord pour se rapprocher d'Emerson et essayèrent de vivre en communauté. A Orchard House, Amos Bronson Alcott fonda une école de philosophie et sa fille, Louisa May Alcott, y écrivit « Little Women » soit « Les quatre filles du docteur March » La variété des souvenirs liés à Louisa, qui faisait des aquarelles, donne un intérêt à la visite. Henry David Thoreau, le Jean-Jacques Rousseau américain, vécut deux ans, deux mois, quatre jours (1845/47) dans une cabane en plein bois dépourvue de tout confort près du Lac Walden. Le site est resté protégé mais l'on peut s'y baigner. Je l'ai fait, seul du groupe ; le soleil illuminait le lac, le sable était chaud et la température de l'eau celle de la Bretagne. Excellent bain.


La Famille Adams

JFK n'est pas le seul président à être issu de Boston. Il y eut avant lui John Adams et son fils John Quincy (comme les Bush).
John, un des pères de la nation américaine, s'inscrit parfaitement dans l'éthique puritaine. Il est le fils d'un modeste colon, dont on visite la modeste maison (Braintree) à proximité de Boston (Quincy).  Il s'est « fait lui- même » par ses études (Harvard) et son expérience d'avocat. Il se marie et s'installe à côté de ses parents dans une maison confortable mais encore modeste, qui se visite. Il met son talent au service de la cause de l'Indépendance, allant notamment collecter des fonds aux Pays- Bas (il n'obtient quasiment rien à Paris). Vice- Président de Washington, Ambassadeur auprès de George III, il devient le second Président à la suite du refus de Washington de se représenter pour une troisième fois (1797). Sous sa présidence, les Etats-Unis resteront à l'écart des guerres napoléoniennes et la marine sera développée. Il ne sera pas réélu mais battu par Thomas Jefferson, il rentrera chez lui. Sa femme, une féministe anti-esclavagiste, fera agrandir la maison.
Son fils, John Quincy sera élu suite à un vote surprise de la Chambre des Représentants qui le choisit alors qu'il avait obtenu moins de voix que son concurrent Jackson, qui prendra sa revanche quatre ans. Il se fait réélire à la Chambre des Représentants du Massachusetts et mourra à son banc pendant une séance. Une plaque a été apposée à cette place. Ce fut un laïc, défenseur de la cause des esclaves.
Sa maison, peu éloignée de celle de ses parents est beaucoup plus grande et luxueuse. Son fils, Charles François, fera construire une très belle bibliothèque (8000 livres en 10 langues) Elle est située dans un parc dessiné avec soin et encore très fleuri et jouxte la belle maison géorgienne de son père, qui fut plusieurs fois agrandie. L'ameublement est luxueux, cheminées, meubles, porcelaine ou faïence venue d'Europe (Delft) tapis turcs. Mais c'est moins « riche » que l'Otis House à Boston.
Ambassadeur à Londres, Charles François parvint à empêcher la reconnaissance de la Confédération par le Royaume Uni au moment de la guerre civile.

Un exemple de désindustrialisation : Lowell

Lowell, au nord de Boston, fut au 19ème siècle la grande ville américaine de l'industrie du coton grâce à la proximité de la rivière Merrimack et à l'existence de chutes d'eau (« mill town).  Francis Lowell espionna avec succès les manufactures anglaises et mit au point le premier métier à tisser américain ainsi qu'un processus de fabrication intégré. Les premières ouvrières (mill girls) furent recrutées parmi la population agricole de la Nouvelle Angleterre. Le travail, très dur mais pour ces filles et futures épouses de fermiers, leur apportait un début d'indépendance personnelle et financière. Vers 1850, elles furent remplacées par des immigrants irlandais et canadiens français qui acceptaient de travailler pour un salaire moins élevé. Vint le temps des premières grèves, des machines à vapeur et de la concurrence des Etats du sud. Ce fut le déclin et la fermeture (1929)
Que reste-t-il du premier Lowell ? Des superbes bâtiments industriels en briques aménagés en bureaux ou locaux pour la Recherche et l'innovation (incubateurs d'Harvard) la rivière et les canaux pour les flâneurs, et un tramway pour touristes conduisant dans les quelques lieux conservés. Les pensions pour les « mill girls » étaient confortables (quoique deux filles par lit) la nourriture correcte mais la discipline stricte. Le musée, installé dans un ancien entrepôt de briques de 15 000 m2, évoque les modes de fabrication, les conditions de travail et luttes sociales avec une grande objectivité.

L'opposition entre le sudiste Thomas Jefferson et le nordiste Alexander Hamilton

Un film retrace la bataille, économique et idéologique, de l'industrie américaine au 19ème ; il synthétise les débats entre le sudiste Thomas Jefferson et le nordiste Alexander Hamilton. Pour le premier, c'est le développement de l'agriculture, de la petite exploitation, l'alliance avec l'Europe latine et le libre-échange qui garantiront la liberté, la prospérité et l'indépendance des Etat-Unis et non l'industrie à caractère cyclique exploiteuse de ses ouvriers. Pour le second, seule l'industrie avec ses innovations et sa productivité élevée, des tarifs de douane modérés, l'alliance avec l'Angleterre, grande puissance industrielle permettront un enrichissement rapide et feront des Etats-Unis une puissance forte. On voit que la querelle Nord/ Sud dépassait de beaucoup le désaccord sur l'esclavage.
Lowell est enfin la ville de Jack Kerouac. Le Jack Kerouac Commemorative, une sculpture de granite rose attire beaucoup de visiteurs : sur huit pages de livres levés, sont gravés des extraits de ses romans (On the Road, Lonesome Traveller).Cet exemple de désindustrialisation aurait pu être balancé par une vision de l'industrie de demain, dont la manifestation la plus spectaculaire est la route 128. Le long de cette route de 92 km qui contourne Boston, se sont installés de nombreux laboratoires (Harvard, MIT) consacrés aux nouvelles technologies et des entreprises d'informatique, de biotechnologie, de fibres optiques (Digital, Data, Sun Microsystems, BEA)


Folies et Démesure : les Mansions de Newport, des copies de châteaux européens

Le Rhode Island est le plus petit état des Etats-Unis. Il jouxte au sud le Massachussetts. Newport, dans cet état, lieu de villégiature, de tennis et de régates (cup of America), a conservé des édifices du 17ème et 18è siècle : la première synagogue (autorisée par Washington) et des maisons de style géorgien, le Museum of Newport History (de style palladien !) Colony House (où fut reçu le comte de Rochambeau, commandant des troupes françaises qui apporta un appui décisif à Washington), Trinity Church et Quaker Meeting House.
Au milieu du 19ème siècle, de riches planteurs du Sud venaient y trouver la fraîcheur (Kingscote) Après la guerre civile, ils furent remplacés par des industriels new-yorkais, d'autant que les deux villes furent reliées par le chemin de fer et des bateaux à vapeur. Mark Twain a appelé avec dérision cet âge d'or (1865/ 1901) le Gilded Age.
Les Van der Bilt, les Belmont, les Astor, les plus riches fortunes des Etats-Unis étaient sur le plan culturel tournés exclusivement vers l'Europe. Ils firent construire, sur la Bellevue Avenue, des répliques « agrandies « de châteaux et palais, visités durant leur tour en Europe. Les boiseries, meubles et objets d'art étaient achetés à un ébéniste parisien, Jules Allard.
La première guerre mondiale interrompit ces vacances luxueuses et fastueuses. Ces grandes familles, généralement absentes de la seconde révolution industrielle (automobile, « électricité, aviation) abandonnèrent progressivement ces mansions, à l'exception d'une.
La plupart se visitent. Pour ma part, j'en ai visité trois dans un flot de touristes.
The Elms (1901) qui a appartenu au roi du charbon E Berwind et à son épouse, est une copie du château d'Asnières conçu au 18ème par Hardouin-Mansart. A la vérité, le contenu est si riche, panneaux en laque de Chine, tapisseries, peintures vénitiennes...que l'on ne sait plus très bien où regarder, d'autant que les commentaires portent beaucoup plus sur la vie de ces magnats, leurs fêtes et réceptions, leurs divorces ( parents et des enfants) que sur les œuvres d'art accumulées.

Une réplique du Trianon

Marble House (1892) est une reprise du Trianon et contient des tonnes de marbre. Dans ce « temple des Arts » dixit la propriétaire, le morceau de bravoure est la salle à manger. Le modèle est le salon d'Hercules à Versailles : murs en marbre rose ornés de chapiteaux en bronze doré, plafond décoré de têtes de cerf, portrait de Louis XIV par Mignard au dessus de la cheminée, chaises et fauteuils en bronze doré. Comme les chaises pèsent 35 kilos, un convive ne pouvait s'asseoir sans l'aide d'un serviteur. La bibliothèque est Louis XV avec des fresques au plafond. La salle « gothique » est dotée de vitraux et d'une cheminée du moyen âge. Les salles de bains sont équipées de quatre robinets, deux pour l'eau de mer, deux pour l'eau « normale ».  L'épouse du propriétaire, Mrs. William K Vanderbilt, fut une suffragette et la fille Consuelo fut obligée d'épouser le neuvième duc de Malborough. La maison était dotée d'un générateur d'électricité. Dans une « maison de thé chinoise » dominant l'océan, des collations étaient servies.
The Breakers (1895) ont appartenu à Cornelius Vanderbilt qui fit fortune dans le chemin de fer. C'est un palais italien, de soixante dix pièces, plus grand que l'original. Débauche de marbres rares, d'albâtre, de boiseries démontées et redécoupées pour s'adapter à leur nouveau cadre.
Que d'excès ! Que de démesure ! Pourtant les dates montrent qu'à la même époque Frank Lloyd Right avait commencé à construire. C'était plus à l'ouest, là où les Américains ne tournaient pas en permanence la tête vers l'Europe et étaient à la recherche de formes authentiquement américaines.

 Un bijou dans les bois : Walter Gropius House

Lincoln est à une demi- heure de Harvard où enseigne Gropius qui a immigré aux Etats-Unis, comme d'autres architectes du Bauhaus. Une riche Américaine lui prête 20 000 USD pour qu'il puisse y construire sa maison, en pleine nature. De dimension modeste, elle utilise des éléments d'architecture de la Nouvelle Angleterre, brique, bois .La réussite est complète : insertion dans le site, façade allongée, fenêtres à bandeaux et pare-soleil, terrasse et carreaux de verre, aménagements fonctionnels et modernes pour le chauffage (air pulsé) la cuisine et la salle d'eaux. Le professeur craignant le bruit, il tapisse de liège son entrée et sa salle de travail. Marcel Breuer, son ami, lui fabrique le bureau (tubes) et les sièges. Pour que la fille ait son indépendance, un escalier extérieur en colimaçon est construit. L'art de vivre est évident l'on se sent bien et l'on voudrait y passer une semaine.

Pour un Européen, Boston et le Massachusetts, c'est l'Amérique qu'on aime.

Pierre-Yves Cossé
Octobre 2014

.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 04/11/2014 à 4:58 :
Et la plus américaine des villes européennes ? moi je dis londres, paris, berlin, genève...
a écrit le 02/11/2014 à 1:02 :
"Joseph K. qui avait fait fortune dans la banque"...oui, un peu (en tripatouillant le cours des actions) mais surtout grâce à l'importation illicite d'alcool durant la prohibition, nouant des liens étroits avec la mafia de Chicago. Ces respectables relations joueront un role majeur dans la trajectoire du fiston (JFK), de son election à sa mort...sans oublier celle du frere (Bob.) qui eu le nmauvais goût de rompre l'accord passé entre papa Joseph et l'Organisation...
a écrit le 01/11/2014 à 16:02 :
Rose Kennedy est morte plus que centenaire... revoyez votre copie avant de publier un article !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :