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OpinionsGénération peur de rien

Nicolas Toper, générateur de business

Photo de Perrine Créquy

Pérrine Créquy

Publié le 17 novembre 2014 à 09:36 - Mis à jour le 17 novembre 2014 à 09:54

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Photo d'illustration de l'article
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À 34 ans, le fondateur de la solution d'envois massifs d'e-mails Critsend lance une nouvelle activité, Pilo, pour produire des objets utilisant une énergie sans batterie.

Une énergie inépuisable, ou presque. Sous ses airs nonchalants et ses tenues décontractées, Nicolas Toper ne ménage pas ses efforts pour monter sa nouvelle entreprise, Pilo.

«De nombreux objets du quotidien consomment peu d'énergie, et pourraient fonctionner sans électricité. Nous allons concevoir des objets sans batterie, qui utilisent des dispositifs mécaniques ou qui récupèrent l'énergie de l'environnement pour générer l'énergie nécessaire à leur fonctionnement »,expose l'entrepreneur de 34 ans, qui confie avoir «bossé nuit et jour pendant les trois dernières années ».

Les tests utilisateurs de son premier prototype, une pile qui se recharge quand elle est secouée, vont débuter dans le courant du mois, et le processus de certification sera lancé en mars.

Il ambitionne qu'une seule et même pile puisse fonctionner pendant dix ou vingt ans, soit la durée de vie du dispositif mécanique.

«Ce système pourrait être appliqué à des télécommandes, des manettes de consoles de jeux, des thermomètres, et bien d'autres objets encore. »

Pour lancer Pilo, il s'est associé à un docteur en robotique, Urbain Prieur

«Dès le premier contact, Nicolas apparaît atypique. Il est un grand bavard, qui parle à coeur ouvert et ne s'embarrasse pas de politesses. Il est doué d'une grande intuition, qui lui permet d'être à l'aise dans l'incertitude : il identifie les zones de certitude dans le flou et délègue ensuite aux experts la réalisation de son idée. »

Le projet Pilo a germé dans son esprit lors d'un voyage en Colombie, où il s'est marié fin 2011 et où il a découvert la difficulté d'utiliser des objets du quotidien dans les zones du pays où l'on n'a pas accès à l'électricité.

Le créatif Nicolas Toper n'en est pas à sa première aventure entrepreneuriale. Il s'est lancé à son compte il y a quatorze ans, d'abord par la force des choses.

«À la suite du décès de ma mère, j'ai vécu une période chaotique, et j'ai interrompu mes études après avoir obtenu un baccalauréat scientifique avec mention. Mais quand vous n'avez pas de diplôme, personne ne veut vous embaucher. »

Il fonde donc en 2000 sa propre structure : Okaré. Malgré quelques clients grands comptes, comme France Telecom, Universal et la Caisse des dépôts et consignations, et une équipe de cinq collaborateurs, il liquide l'entreprise au bout de trois ans.

«Nous voulions développer de la vidéo interactive, mais nous étions trop en avance sur le marché. »

Il tente alors une nouvelle fois de devenir salarié

«J'ai rejoint une société de services informatiques, et cette collaboration s'est terminée aux prud'hommes. Je me fais souvent licencier quand je suis salarié »,sourit Nicolas Toper qui a également été remercié après un an passé chez Smapper Technologies, une start-up autrichienne où il devait réaliser un logiciel.«Ils doutaient de ma capacité à boucler le projet pour lequel ils m'avaient embauché. Ce qui était assez juste, puisque je n'avais pas encore commencé à travailler dessus, ayant été happé par une multitude d'autres projets dans l'entreprise. »

En 2003, Nicolas Toper décide de reprendre ses études, en suivant les cours du soir en informatique au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam). En parallèle, il travaille à mi-temps en tant que chef de projet chez Buongiorno, une filiale de NTT Docomo, spécialisée dans le développement de services et d'applications pour le mobile.

«Cette fois-là, je ne me suis pas fait virer. Mais au bout de trois ans, nous étions tous contents que mon contrat s'achève »,note-t-il sans état d'âme. «Nicolas aime défricher des idées, et quand il a fait le tour d'un sujet, il passe à autre chose. Il n'a peur de rien, se bat pour acquérir les compétences qui lui manquent, et atteindre son but. Mais tout en restant très rationnel : s'il n'y a pas de marché, il arrête »,se souvient Éric Gressier, son professeur au Cnam, qui le suit dans la réalisation de son mémoire - «ce n'est plus qu'une question de jours ».

Féru d'expérimentations, Nicolas Toper l'a entraîné dans un test grandeur nature de diverses technologies, comme l'Oculus Rift, casque de réalité virtuelle. Il a un temps envisagé de lancer une activité sur ce segment de la visualisation 3D. Actuellement, c'est l'étude de la physique qui occupe sa curiosité intellectuelle.

Explorateur d'idées nouvelles

Il n'en est pas moins un homme de convictions, qui se moque bien de l'opinion commune. Sélectionné en 2006 dans le programme Summer of Code de Google, cet esprit libre a décliné sans hésitation cette opportunité qui fait rêver bien des développeurs.

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«On nous offrait 5000 dollars pour travailler durant un été sur un projet en code source ouvert. Mais Google m'apparaissait déjà comme une grande boîte "hypercorporate", et j'ai préféré aller rejoindre une start-up, en l'occurrence Smapper. »

Il renoue avec l'entrepreneuriat en 2008, en lançant Critsend, une solution d'envoi massif d'e-mails.

«À l'époque, j'ai monté Critsend avec 300 euros pour tout capital. J'étais seul, l'écosystème des start-up n'existait pas encore, et personne ne voulait travailler avec moi à cette époque. Il fallait se débrouiller par soi-même. Très vite, j'ai eu Viadeo et une filiale de Meetic comme clients. Et pendant qu'en France, on me soutenait que ça ne marcherait jamais, j'étais reçu dans une ville de la côte ouest des États-Unis au siège d'un grand groupe qui me proposait de racheter l'entreprise pour quelques millions d'euros. »

Une proposition qu'il a déclinée, préférant faire grandir Critsend en toute autonomie. En 2012, il a ouvert une filiale dans la Silicon Valley, qu'il est en train de fermer désormais, et qui lui a permis de côtoyer les pointures américaines de la technologie.

«On parle souvent des États-Unis comme d'un eldorado pour entreprendre, mais attention : il est peut-être plus facile d'y démarrer qu'en France, mais si vous n'avez pas suffisamment grandi en deux ou trois ans, vous n'existez plus, alors qu'en France, c'est le moment où l'on commence à vous faire confiance. »

Nicolas Toper se réjouit de la situation actuelle de Critsend.

«Aujourd'hui, ça roule tout seul grâce à deux salariés. Je ne consacre qu'une journée de travail par semaine à l'entreprise, et je peux donc m'investir dans le lancement de Pilo, qui compte trois salariés et qui créera des dizaines d'emplois en phase d'industrialisation. »

Déjà, ce créateur d'activités qui aime déléguer prévoit d'embaucher un directeur général qui fera grandir Pilo.

«Nicolas fait confiance très rapidement et attend une grande autonomie de ses collaborateurs. Il est très travailleur - il n'est pas rare de découvrir à 7 heures du matin trois messages qu'il a rédigés pendant la nuit - et d'une grande précision. Ce qui peut surprendre ceux qui le jugent à son apparence décontractée. Il peut arriver à un rendez-vous commercial chez une référence de la technologie en France en short et en débardeur, et être si efficace dans sa présentation qu'il repart avec le contrat signé »,se souvient Bertrand Letous, responsable technique de Critsend.

Prendre Nicolas Toper pour un dilettante serait faire fausse route : l'homme est simplement peu attiré par le luxe.

«Bien sûr, je pourrais gagner dix fois plus d'argent, mais la richesse amène d'autres problèmes. Mon activité me permet de vivre sereinement, et ça me suffit. »

Aux paillettes, il préfère les étincelles de génie.

_____

MODE D'EMPLOI

Où la rencontrer ? : Chez lui. « Je travaille de chez moi. Quand j'ai lancé Critsend, les espaces de travail collaboratif n'existaient pas. Et il n'était pas plus coûteux d'habiter dans 120 m2 en consacrant une partie de mon salon à l'entreprise. Mais pour Pilo nous serons plus nombreux, et il faudra trouver des locaux. »

Comment l'aborder ? « J'aime parler. De tout, avec tout le monde. Je suis bavard, quel que soit le sujet. »

À éviter ! La malhonnêteté. « La dissimulation et la tromperie m'agacent. Par exemple, quand les gens inventent des excuses abracadabrantes pour couvrir un simple retard. »

TIMELINE

  • Janvier 1980 Naissance à Paris.
  • Octobre 2000 Fonde Okaré.
  • 2003 Étudie l'informatique au Cnam.
  • 2006 Sélectionné pour le programme Summer of Code de Google
  • Février 2008 Fonde MxM et lance Critsend.
  • Août 2012 Ouvre une filiale aux États-Unis.
  • 2014 Lance Pilo.
  • 2016 Fonde un nouveau projet entrepreneurial.

Pérrine Créquy

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