Eurosceptiques : beaucoup de bruit pour rien ?

Les partis critiques de l’UE devraient doubler leur représentation lors du scrutin européen, pour atteindre un quart des sièges. Mais leurs divisions sont immenses et leur poids n’en sera que plus faible dans l’Hémicycle. Pas de quoi menacer de bloquer l’Europe.

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Le FN refuse de s'allier avec des partis ouvertement racistes comme les Grecs d'Aube dorée ou les Hongrois du Jobbik. / Reuters
Le FN refuse de s'allier avec des partis ouvertement racistes comme les Grecs d'Aube dorée ou les Hongrois du Jobbik. / Reuters (Crédits : Reuters)

Le prochain Parlement européen qui sera élu du 22 au 25 mai comptera davantage d'opposants au fonctionnement actuel de l'Union européenne. En tout, les élus eurosceptiques de ces différents mouvements pourraient représenter un quart du futur parlement. Un poids encore modeste, mais ce serait le double de celui de la législature élue en 2009. Quels sont les moteurs du succès de ces partis ?

D'abord, bien évidemment, la crise économique et sociale. L'UE et en particulier la zone euro ont connu une récession en 2011-2012, dans la foulée de la crise de la dette. Une crise qui s'est accompagnée d'une forte hausse du chômage ainsi que d'une politique d'austérité dans plusieurs pays.

C'est évidemment vrai des pays « sous programme » (Irlande, Grèce, Portugal, Espagne et Chypre), mais pas seulement et même certains pays du « Nord » ont connu des difficultés (c'est le cas des Pays-Bas ou de la Finlande, par exemple). La reprise est encore faible et bien peu perceptible pour des populations.

La seconde raison principale de cette poussée provient du fonctionnement de l'UE, jugée peu transparente et peu démocratique. La gestion de la crise et la troïka ont mis ces critiques au goût du jour au sud du continent, tandis qu'au nord, on s'indignait d'une « solidarité » contrainte ouvrant la voie à une « union des dettes ».

Dans tous les cas, les discours fondés sur la souveraineté économique, sociale et politique ont donc trouvé un écho favorable des populations.

« Bloquer l'UE », une ambition peu crédible

Reste que cette poussée est protéiforme. L'extrême gauche va profiter de bons scores dans les pays « sous programme », notamment en Grèce où la coalition de la gauche radicale Syriza est en tête des sondages, mais aussi en Irlande avec le Sinn Fein, au Portugal et en Espagne.

Plusieurs partis d'extrême gauche eurocritiques ont également le vent en poupe ailleurs : aux Pays-Bas, au Danemark, en République tchèque ou en Belgique. La droite et l'extrême droite eurosceptique progressent plutôt au nord du continent. Ces partis pourraient arriver en tête ou en deuxième position au Royaume-Uni, en France, en Autriche, aux Pays-Bas ou encore au Danemark.

Reste enfin un ovni politique : le mouvement 5 Étoiles du blogueur et humoriste italien Beppe Grillo, inclassable, mais très europhobe, qui pourrait obtenir jusqu'à 25% et se classer derrière le centre gauche.

Cette division entre droite et gauche rend impossible « tout bloc » eurosceptique au Parlement européen. D'autant que les conceptions de l'Europe au sein même de ces deux familles sont très diverses.

Alexis Tsipras, le leader de l'extrême gauche européenne et de Syriza défend le maintien de l'UE et de l'euro, mais promeut une « nouvelle orientation ». Ce n'est pas le cas de certains partis de gauche eurosceptiques, comme les partis communistes orthodoxes tchèques ou grecs ou encore le Parti du travail belge.

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Un FN qui polit son image

À droite, les divisions sont encore plus marquées. Les Britanniques de l'UKIP ont beau utiliser sans complexe le thème de l'immigration dans leur campagne, ils refusent toute collaboration avec le FN français au nom de la tradition libérale dans laquelle ils prétendent s'inscrire.

C'est aussi au nom du libéralisme que le mouvement allemand Alternative für Deutschland (AfD) combat l'euro, ce qui l'amène également à se distinguer d'une extrême droite plus protectionniste et étatiste.

Quant au FN français, il cherche à polir son image et refuse ainsi de s'allier avec des partis ouvertement racistes comme les Grecs d'Aube dorée ou les Hongrois du Jobbik.

Ces divisions rendront sans doute la progression eurosceptique moins frappante au sein du futur Parlement. Même si des votes communs sur certains sujets ponctuels ne sont pas à exclure, il n'y aura pas de « front contre l'UE et l'euro » et l'ambition de Marine Le Pen de « bloquer l'UE » semble peu crédible.

Une des principales questions sera celle des groupes politiques. Disposer d'un groupe permet d'obtenir une visibilité dans l'Hémicycle, un financement et des positions dans les commissions et dans les bureaux.

Mais pour former un groupe, il faut disposer de 25 députés issus d'au moins sept États membres. Une formalité a priori pour la Gauche unitaire européenne, mais à droite, la question reste ouverte. Dans la précédente législature, l'UKIP avait formé un groupe (Liberté et démocratie européenne, EFD), notamment avec la Ligue du Nord italienne. Mais cette dernière est tentée cette fois de s'allier au FN. Y aura-t-il alors une alliance « de raison » avec l'UKIP ?

Le FN se tournera-t-il vers des partis plus extrémistes au risque de ternir son image ? Surtout, dans tous les cas, ces groupes seront-ils viables et suffisamment unis ? Pour le moment, rien n'est certain.

Reste qu'une hypothèse demeure possible : que cette poussée eurosceptique, loin de déstabiliser l'UE, ne renforce la « grande coalition » entre sociaux-démocrates et conservateurs, qui sera désormais la seule possible au Parlement européen, et ne lui donne plus de force et de capacité d'action. Les eurosceptiques auront alors, par leurs succès électoraux, obtenu une étrange défaite dans les faits.

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Commentaires 25
à écrit le 23/05/2014 à 9:20
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On veut faire l'amalgame entre le FN et les eurosceptiques. l'UPR propose des solutions non basées sur la haine ou la rage pour une sortie de l'Europe. Je vous invite à aller voir les explications d'Asselineau sur le vrai fonctionnement de l'Europe...

le 28/08/2014 à 12:39
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ça sert à rien, l'upr est interdit de la télé et des médias..donc les français ne connaissent pas, car ils votent uniquement suivant tf1 et la télé...

à écrit le 23/05/2014 à 8:19
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On ne changerait pas une équipe qui perd ? Quel malheur pour l'Europe qui mérite mieux que des parlementaires qui grenouillent pour 150000€ par an et qui votent des règlementations pointilleuses dignes de l'ex-URSS. La France est déjà hors-jeu et j...

à écrit le 23/05/2014 à 8:01
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Les eurosceptiques? Ces gens qui révèlent tout haut ce que l'on ne leur dit pas, c'est grâce a eux que l'on a pu faire connaissance avec l'UE, c'est eux qui en ont parlé le plus et permis au peuple de réfléchir! Car les euro-béats s'en garde bien!

à écrit le 23/05/2014 à 7:43
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Dans la course aux élections européennes des populistes anti-européens comme Marine Le Pen ont ravivé la flamme nationaliste en révélant à leur électeurs que deux éminents Prix Nobel d’économie (Amartya Sen et Joseph Stiglitz) qui sont par ailleurs d...

le 23/05/2014 à 18:58
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Vos propositions sont irréalistes pour la simple et bonne raison que nous n'avons pas tous le même niveau de vie

à écrit le 23/05/2014 à 7:40
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La particularité de la France est qu'elle n'a déjà pas beaucoup d'influence au Parlement européen, en raison d’un manque d’assiduité de ses eurodéputés, et aussi du fait que les principaux partis français envoient les mauvais candidats à Bruxelles. L...

le 23/05/2014 à 19:01
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Pas si sur ! Car des euroseptiques, il y en a dans toute l'europe et les alliances vont certainement bloquer cette politique de destructuration générale

à écrit le 23/05/2014 à 7:16
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Dans 3 jours les trolls en CDD de l'UE partent chez pôle emploi. La question est la suivante : vont-ils autant mentir à leurs conseillers qu'ici ?

à écrit le 23/05/2014 à 6:21
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Enfin des propos intelligent. Ceux qui ne vont pas voter non pas à se plaindre. Et les Francais ne se rendent même plus compte qu'ils sont des privilégiés dans le monde. Bien sur qu'il y a des choses à améliorer et il en sera toujours ainsi. Et pers...

à écrit le 23/05/2014 à 2:27
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Le fait est que lors des périodes de crises les ambitions des partis habituellement en retrait surgissent et toutes les arguties, manipulations, propositions et solutions plus ou moins valables ou farfelues sont lancées pour tenter d'obtenir le pouvo...

à écrit le 22/05/2014 à 22:03
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Les grandes formations s'entendent peut-être, mais cela ne marche pas ! C'est ça qu'il faut bien comprendre, et les citoyens s'en détachent. L'accord ne signifie pas toujours avoir raison dans le domaine économique ou financier. Il faut donc dans c...

à écrit le 22/05/2014 à 21:48
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C est du mépris total Comme les touristes qui regardaient la mer en taillande vous ne comprenez pas le tsunami qui arrive Les peuples voient très bien ce bordel européen La concurrence fiscale entre les états Google and co qui en profite La finan...

le 23/05/2014 à 1:53
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Si l'Europe a un problème avec la fiscalité de Google ce n'est pas à cause de "l'Union européenne" mais des Nations et de l'absence d'harmonisation fiscale. Mais bien sûr au FN ou chez d'autres on accuse l'Union européenne au lieu de chercher les vra...

le 23/05/2014 à 8:40
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@L'Union européenne a bon dos, comme d'hab ! Bonjour, L'erreur d'analyse consiste a croire que l’harmonisation fiscale est possible entre des pays complétement différent en terme de taille, de démographie, de structure économique, comme par exe...

à écrit le 22/05/2014 à 20:56
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1) Faire des hypothèses sur des intentions de votes est ridicules, les approximations des sondeurs n'ont toujours pas suffi d'autant qu'avec 31 nouvelles listes aucun sondeur ne peut savoir comment vont se dispatcher les voix ? c'est déjà compliqué a...

à écrit le 22/05/2014 à 19:58
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Vous vous trompez car si les socialistes et la droite font coalition le peu d'electeurs qu il reste les quitterons definitivement

à écrit le 22/05/2014 à 19:56
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En gros on nous explique que les eurosceptiques (qui ne sont pas tous foncièrement contre une construction européenne, mais contre l'U.E telle qu'elle existe aujourd'hui et qui est très éloignée du projet qu'on nous avait vendu à l'époque), ont beau ...

le 22/05/2014 à 20:27
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Pourtant Godfrey Bloom parlementaire dit le plus grand bien du Parlement Européen (www.google.fr Godfrey Bloom)

à écrit le 22/05/2014 à 19:54
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En gros on nous explique que les eurosceptiques (qui ne sont pas tous foncièrement contre une construction européenne, mais contre l'U.E telle qu'elle existe aujourd'hui et qui est très éloignée du projet qu'on nous avait vendu à l'époque), ont beau ...

le 22/05/2014 à 21:42
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Je partage à 300% votre vision des choses

le 22/05/2014 à 22:19
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Il reste juste a retirer le droit de vote a tous les français car effectivement les énarques s en foute du parlement mais un de ces jours c est dans notre beau pays que tous va s écrouler pour eux

le 23/05/2014 à 2:10
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Vous êtes gonflé ptitpère ! Les 25% dont vous parlez ont des différences fortes, le vote est à la proportionnelle donc ils pèsent leur poids exact avec leurs divergences entre eux et avec les autres, c'est le jeu de la démocratie, rien d'anormal. Qu...

à écrit le 22/05/2014 à 19:44
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Abstention record et FN premier parti de France: tout va très bien, Mme la Marquise..

à écrit le 22/05/2014 à 19:30
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alors, est ce bien la peine de voter..?

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