Le futur métier d’avenir aux Etats Unis ? Agriculteur !

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Face à la croissance des pays émérgents, les Etats-Unis prévoient un boom de l'agriculture. La France aussi devrait y songer...| REUTERS
Face à la croissance des pays émérgents, les Etats-Unis prévoient un boom de l'agriculture. La France aussi devrait y songer...| REUTERS (Crédits : REUTERS)
Face à la raréfaction des ressources, Sébastien Laye, notre contributeur aux États-Unis, remarque que les américains ont déjà commencé à se positionner pour le boom agricole à venir... Et avertit la France.

" Les richesses de la Terre appartiennent à nos descendants ", disait le regretté et récemment disparu Docteur Albert Jacquard. Si les Français et leur gouvernement se livrent rituellement ces jours-ci à des exercices de prospective s'agissant des nouvelles technologies ou des futures innovations, force est de reconnaitre que rares sont les experts se souciant de la question des matières premières.

 Or, aux États-Unis, deux des plus éminents observateurs du monde des ressources naturelles et de l'investissement en général, Jeremy Grantham et Jim Rogers (américain et ancien acolyte de Georges Soros même s'il vit désormais principalement à Singapour), se sont émus de la raréfaction de la plupart des ressources tirées du sol (eu égard à une croissance exponentielle de la demande), et en particulier des ressources agricoles. Grantham, supervisant $100 milliards d'actifs pour GMO sur Boston, a forgé sa réputation en avertissant les investisseurs des risques de la bulle internet puis de la bulle de crédit immobilier.

Raréfaction des matières premières

Avec des accents malthusiens indéniables (mais une impressionnante recherche sur un siècle de prix des matières premières), il fait office de Cassandre et remet la hausse récente et vertigineuse des prix dans un contexte centenaire : les prix de la plupart de ces matières premières ont en réalité décliné de 70% entre le début du XXè siècle et 2002. A partir de cette date, et malgré une impressionnante volatilité, les prix ont en moyenne triplé, compensant intégralement la baisse du XXe siècle entre 2002 et 2008 et marquant l'avènement d'un super-cycle de hausse pour plusieurs décennies : la poursuite de cette hausse est due non seulement à la demande des marchés émergents, mais aussi et surtout à la raréfaction de l'offre.

A l'exception du minerai de fer et du charbon, la plupart des autres ressources n'ont pas bénéficié de suffisamment de mises en production (nouvelles mines, puits de pétrole) ou d'exploration ; plus grave, certaines matières premières ont un stock de ressources assez limitées et géographiquement confinées : terres rares en Chine, phosphore au Maroc (85% des ressources mondiales de qualité ; sans le Maroc, le monde ne dispose que de 50 années d'utilisation de phosphore en termes de ressources).

L'intérêt stratégique des terres agricoles

Grantham recommande d'investir dans le pétrole, les métaux (cuivre, argent, étain, or, diamants) et surtout les ressources agricoles, celles qui sont soumises à l'équation offre/demande la plus problématique : engrais mais surtout matières premières alimentaires. Les terres fertiles agricoles de juridictions stables (États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle Zélande, Brésil, Uruguay) et moins stables (Ukraine, France) vont revêtir un intérêt stratégique évident dans la rivalité entre le monde développé et les pays émergents. Jim Rogers pousse le raisonnement plus loin en rappelant que la population de paysans compétents aux États-Unis est en train de diminuer, beaucoup d'entre eux atteignant la retraite et les nouvelles générations rechignant à embrasser cette carrière. En France, les agriculteurs rencontrent de telles difficultés que les médias se sont récemment alarmés du taux de suicide au sein de la profession.

 Pourtant ces compétences vont être très recherchées au cours des prochaines décennies, et il est fort probable qu'un bon exploitant agricole de l'Iowa soit à nouveau très bien rémunéré. Si les États-Unis se positionnent d'ores et déjà pour ce nouveau boom agricole, la France peine à développer une vraie vision stratégique de son futur paysan, qui requière une intégration avec sa politique à l'égard des marchés émergents, ainsi que des partenariats avec les autres grande puissances de l'agri-business (États-Unis et Ukraine en particulier).

 

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Commentaires
a écrit le 17/10/2013 à 14:02 :
Avec la raréfaction des phosphates et de l'énergie bon marché, le métier d'agriculteur va être à réinventer de toute façon.
a écrit le 16/10/2013 à 12:40 :
Si les fonds d'investissement s'intéressent de plus en plus à la terre agricole, je me demande si in fine le modèle de l'exploitant-propriétaire tel qu'il a court en France actuellement va perdurer. On pourrait voir apparaître des exploitants-salariés.
L'autre enjeu en France c'est l'artificialisation des sols. Avec l'extension de l'urbanisation, on perd des quantités de terrain agricole considérables. Dans un contexte où les prix des ressources agricoles venaient vraiment à monter, ce phénomène ne pourrait se prolonger. C'est l'utopie de la maison individuelle pour tous qui serait définitivement enterrée.
Réponse de le 16/10/2013 à 13:40 :
je plussoie, mais restera t'il les terres agricoles de haut de gamme à hygromêtrie favorable.
L'exemple de NDL est passionnant, en plein sur des terres partiellement marécageuses très humides ne nécessitant pas d'arrosage et un climat doux permettant des rendements intéressants hiver comme été.
Mais quand je dis qu'ils auraient du choisir une zone caillouteuse de landes plus ou moins sèches ou des zones inondables, c'est l'explosion de colère.
Et ce phénomène se répète, attaques continuelles contre les bonnes terres et abandon des mauvaises aux forèts de pins.
L'idée d'investir sur des terres totalement interdites à la construction louées à bas prix à des agriculteurs avec certains avantages intéressants(pas de frais d'héritages ni d'impôts), pouvant servir de caution serait pas mal.

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