Formation continue : quelles pistes pour les enseignants en France ?

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La plupart des systèmes d'éducation les plus efficaces ont mis en place une priorité vers le recrutement d'enseignants, souligne Mehdi Lazar. /Reuters
"La plupart des systèmes d'éducation les plus efficaces ont mis en place une priorité vers le recrutement d'enseignants", souligne Mehdi Lazar. /Reuters (Crédits : Reuters)
Si la formation continue est un point fort du système français, elle peut être améliorée. Encourager les enseignants à se perfectionner, leur donner accçès à une bonne formation professionnelle en font partie. Par Mehdi Lazar, géographe et spécialiste de l'éducation.

La formation continue des enseignants en France est un point fort de notre système. Le ministère, tout comme les professeurs et leurs représentants sont très attachés à cette dimension essentielle d'un métier complexe et exigeant. Dans le primaire, cette formation est de 18 heures par an et par enseignant, qui est prise en charge par les circonscriptions et peut être complétée par des stages départementaux en présentiel (de moins en moins cependant en raison des difficultés de remplacements des enseignants absents) ou à distance (cette modalité se développe, comme dans l'académie de Poitiers).

Les contenus de formation en France sont divers et souvent centrés sur l'enseignant et ses pratiques pédagogiques au sens large. Plusieurs pistes récentes laissent néanmoins entrevoir des pistes très intéressantes pour améliorer notre formation continue. C'est le cas notamment du travail entrepris par l'organisation Cities in Asia Society's Global Cities Education Network (GCEN), un réseau de districts scolaires urbains situés en Amérique du Nord et en Asie qui partagent des « bonnes pratiques » éducatives. Lors d'une convention à Shanghai en avril 2014, les districts scolaires urbains de Hong Kong, Houston, Seattle, Singapour, Shanghai sont parvenus à un consensus autour de pratiques et politiques de développement professionnel efficaces.

 

Améliorer les résultats des élèves avec un travail collaboratif

Au-delà des parcours de formation individuels, les enseignants français pourraient, comme à Shanghai ou Seattle, être impliqués dans des groupes de travail qui se réunissent régulièrement (tous les jours ou toutes les semaines) et qui portent sur leurs pratiques. Dans ces groupes, les enseignants travaillent ensemble à l'élaboration et à l'amélioration d'unités d'apprentissage, notamment en observant et en discutant sur l'enseignement de leurs collègues. Ces groupes partagent également autour des meilleures façons d'intégrer et de mettre en place les réformes et les innovations pédagogiques.

Lorsque les districts scolaires fournissent eux-mêmes la formation professionnelle aux enseignants, comme dans les circonscriptions de l'Education nationale françaises, alors il est important d'avoir une stratégie claire en vue d'améliorer le processus d'apprentissage et les résultats des élèves. Dans le cadre de ces stratégies, l'existence de réseaux professionnels offrant des possibilités d'apprentissage peer-to-peer (pair-à-pair) entre les enseignants travaillant dans des écoles différentes est essentielle. Avoir des plateformes et des forums structurés et des échanges réguliers permet aux professeurs de discuter de stratégies pédagogiques prouvées et efficaces. C'est ce qu'à fait par exemple le district scolaire de Houston pendant trois mois avant de mettre en place son projet informatique Power Up one-to-one (dans lequel chaque élève a reçu un ordinateur portable).

 

Une formation professionnelle assez dense pour les enseignants

Cette dimension est essentielle. En France, bien que de facto réduite depuis quelques années en raison de la baisse des stages longs, la formation professionnelle rémunérée reste importante. En revanche, cet atout de notre système pourrait s'inspirer des pratiques les plus efficaces en Asie (aux vus des résultats PISA, comme à Shanghai) qui accordent beaucoup de temps de formation mais surtout de collaboration entre pairs aux enseignants. En laissant plus de temps aux enseignants pour un apprentissage collaboratif, les résultats des élèves s'améliorent.

Shanghai et Singapour fournissent des exemples pertinents d'échelles de carrière qui motivent les enseignants à se former. Ces deux villes ont des systèmes d'avancement plus rapides, mais aussi d'indemnisation financière accrue, en fonction de la formation professionnelle qu'un enseignant suit. Dans les deux systèmes, les professeurs ont la possibilité de développer leur expertise et de prendre des responsabilités supplémentaires, que ce soit à travers l'encadrement des jeunes collègues ou par le développement de programmes éducatifs. Plus particulièrement à Shanghai, l'avancement des enseignants reflète en partie la capacité des professeurs à mettre en place des pratiques efficaces dans des écoles en difficulté.

 

Evaluer la performance des enseignants pour améliorer leurs pratiques

Une caractéristique commune aux systèmes éducatifs les plus performants d'Asie est un système d'évaluation des enseignants qui utilise plusieurs sources et indicateurs pour fournir une vue globale de la qualité du travail d'un enseignant. A ce titre les données sur les résultats des élèves sont utiles, mais ce n'est jamais le seul critère d'évaluation de la performance des enseignants. Il reste par exemple essentiel de lier l'évaluation d'un professeur à un plan professionnel articulé directement sur la stratégie globale de l'établissement dans lequel il exerce, ce qui n'est pas assez fait en France. Cela nécessite notamment de développer les évaluations d'écoles et d'établissements.

Les débats autours des réformes du recrutement et de la formation initiale des enseignants en France ces dernières années ont montré toute l'importance de ces dimensions du métier d'enseignant. En effet, la plupart des systèmes d'éducation les plus efficaces ont mis en place une priorité vers le recrutement d'enseignants ayant des diplômes universitaires de haut niveau dans la matière qu'ils enseignent. De plus, ces systèmes veillent particulièrement à une prise en charge efficace des enseignants débutants. C'est le cas à Toronto où une approche globale de l'encadrement des nouveaux enseignants inclut le placement dans des écoles liées à des institutions assurant une formation continue de qualité, mais aussi ayant une large présence de collègues expérimentés servant de tuteurs.

 

Des partenariats importants avec l'enseignement supérieur

L'Ecole normale de Shanghai est un partenaire clé des écoles de la ville de Shanghai. Cette institution diffuse de nouvelles connaissances issues de la recherche en milieu scolaire ciblée sur l'amélioration du processus d'apprentissage des élèves. Les universités jouent ainsi un rôle central dans la formation professionnelle des enseignants. Il est donc important que les liens forts qui existent en France avec les ESPE pendant la formation initiale des enseignants se poursuivent pendant leur formation continue.

Les cadres des systèmes éducatifs doivent être engagés dans des cycles de formation réguliers et structurés, permettant un apprentissage avec leurs pairs qui soit collaboratif et centré sur des analyses de pratiques en lien avec leur place au sein du système éducatif. C'est le cas à Toronto où l'ensemble du district scolaire est une communauté d'apprentissage professionnel structurée par fonctions où les éducateurs peuvent échanger autours de cas pratiques. Les districts utilisent ces structures d'apprentissage multi-niveaux pour identifier et traiter des problèmes liés aux apprentissages des élèves.

 

Les systèmes éducatifs doivent encourager les efforts des enseignants

Les districts scolaires, comme les circonscriptions, devraient être producteurs d'innovations pédagogiques. Pour cela, il est important de créer une culture où les enseignants sont encouragés à s'engager dans des « recherches-actions » dans le but d'améliorer l'apprentissage des élèves. Le rôle des administrateurs est alors de mettre en place les cadres permettant de développer cette culture, mais aussi de vérifier l'efficacité des innovations et de partager celles qui se sont avérées efficaces.

L'analyse de données permet d'identifier les problèmes d'apprentissage récurrents et des stratégies de remédiation efficaces. Par exemple, le district scolaire de la ville de Houston au Texas a mis en place un modèle de gestion de données sur l'apprentissage des élèves qui fournit aux enseignants des informations pertinentes pour diagnostiquer les problèmes d'apprentissage et personnaliser l'enseignement. À Toronto, un élément clé de la réussite dans l'objectif d'améliorer le rendement des élèves les plus fragiles repose sur l'existence d'un département recherche (l'équivalent de la DEPP française) doté de moyens importants.

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a écrit le 30/06/2014 à 12:09 :
Les enseignants comme les proviseurs : stage (pendant les trois mois de congés évitera aussi le travail au noir) d'efficacité, productivité, culture d’objectifs et du résultat. Contrôle pas dans les cinq mais au moins trois fois par an. Et comme dit Fillon "autoritairement" passage au 39h !
Réponse de le 06/07/2014 à 17:06 :
Déjà que plus personne ne veut faire ce métier, car les parents et les élèves n'ont aucun respect pour les profs !
Si en plus , on applique votre dictature, on n'aura plus aucun prof en France, et ça sera des gens comme vous , qui donneront des cours ? J'en doute fortement.
a écrit le 21/06/2014 à 17:21 :
Je suis enseignant dans le secondaire. Personnellement je ne demande plus à participer à aucun stage car le rectorat ne me rembourse plus aucun de mes frais depuis 2010 sous des prétexte aussi futiles que variés. Mes collègues sont dans le même cas que moi et les seuls qui arrivent à toucher leur dû sont ceux qui font état de difficultés pour avancer le montant des frais engendrés par leur participation aux examens. Je travaille déjà dans le bureau que j'ai payé, en me servant de l'ordinateur que j'ai acheté avec mes propres deniers: la bonne volonté a ses limites, financières me concernant.
a écrit le 18/06/2014 à 18:13 :
Plein de gentilles associations sont prêtes à former bénévolement.
Bon, c'est vrai qu'elles n'ont pas toujours bon genre...
a écrit le 18/06/2014 à 11:11 :
Les enseignants de l'éducation nationale publique sont mal formés et ne travaillent pas assez. Il faut mettre en place des formations qui ne soit pas pris sur le temps de travail comme aujourd'hui pour éviter de pénaliser les élèves mais sur leur trois mois de congés avec évaluation, objectifs et obligation de résultats toute l'année...
a écrit le 17/06/2014 à 22:01 :
Mais qu'est-ce que je raconte avec mon maoïsme: Shanghaï qui plaît tant à M. ML n'est plus du tout maoïste depuis bien des battements de queue du grand dragon, enfin! L'auteur est "consultant-entrepreneur à Los Angeles", est-il précisé en marge, il est forcément compétent sur les bacs pro à Gennevilliers ou l'enseignement primaire à Roubaix, voyons.
a écrit le 17/06/2014 à 12:24 :
ALLO monsieur LAZAR,
ici HOUSTON, vous êtes sur MARS??

Roger , depuis 2 ans dans l' EDUC
a écrit le 17/06/2014 à 6:51 :
Cet article est vraiment très étonnant! La formation continue s'est réduite comme peau de chagrin dans le secondaire en France depuis quelques années et les forums actifs dignes de ce nom sont quasi inexistants.
M. Lazar nous fait faire un vague tour du monde mais la démarche ne me paraît pas très rigoureuse.
a écrit le 16/06/2014 à 23:48 :
d'accord avec enseignantlamba. Ce monsieur Lazar nous sert une belle thèse mais témoigne d'être bien loin du terrain. Les conseillers péda comme les maître E G.... sont en voie d'extinction. Le distanciel façon EducNat ne présage de rien de bon quand on connait la gabégie de moyens numériques à faible apport (ENT, ENR..financés par les mairies, encore elles!.) alors que chaque PE paie son PC sur ses propres deniers.
a écrit le 16/06/2014 à 20:39 :
Ha ha ha, je ris jaune... l'éducation nationale nous a supprimé les stages de formation, ceux de 3 semaines qui permettaient de se former correctement, ceux spécialisés qui nous permettaient de savoir comment accueillir un élève handicapé en classe... les animations dites pédagogiques ont été réduites de moitié... c'est la mort de la formation continue, cher ami, et vous pérorez sur la formidable efficacité française...
Réponse de le 16/06/2014 à 20:50 :
C'est une blague, un poisson de juin, hallucinant ...
Réponse de le 17/06/2014 à 21:54 :
Cet article a quelque chose de maoïste: la cascade de verbes à l'infinitif comme une rafale d'impératifs sans une seule justification un peu poussée. Il y a de l'activisme là-dedans: les enseignants devraient passer plus de temps à s'agiter ensemble qu'à enseigner, plus de temps entre eux qu'avec les élèves. L'auteur est inspecteur, il confirmerait la rumeur, qui bien sûr n'est qu'une rumeur, selon laquelle un inspecteur est un ancien prof qui ne pouvait plus supporter les élèves. Je précise que je suis un pédago invétéré (microlycée pour décrocheurs) et pas un républicain krautelfinkien.

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