Municipale à Marseille : le "dictionnaire économique" de Jean-Claude Gaudin

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Jean-Claude Gaudin, maire sortant UMP de Marseille depuis 1995, candidat à sa succession . / Reuters
Jean-Claude Gaudin, maire sortant UMP de Marseille depuis 1995, candidat à sa succession . / Reuters (Crédits : Reuters)
Confiance. Investisseurs. Création de richesses. Défendre, développer et démultiplier l'entreprise. Tels sont les mots essentiels de Jean-Claude Gaudin (UMP) en matière économique. “L'économie était au coeur de son bilan et le sera encore davantage au cours de la prochaine mandature”. Toutes les promesses du maire sortant.

Il se devait de dégainer assez vite, Jean-Claude Gaudin (UMP). Patrick Mennucci (PS), son principal challenger dans la course à la mairie de Marseille, avec lequel il partage la gouaille et les kilos en excès et avec qui il "débat au Conseil depuis six ans interminables", l'avait pris de court en présentant, une semaine avant, son projet économique pour Marseille (tout comme il l'avait fait avec ses "collègues" pour les primaires socialistes). Une chose est certaine : l'économie est au coeur des projets municipaux. Ce dont se félicitent les chefs d'entreprise, à commencer par l'un de leurs représentants, le président de la CCIMP.

"Que les candidats aient un programme économique est déjà en soi un élément de satisfaction", n'a pas manqué de souligner Jacques Pfister lors de la présentation des vœux à la presse.

Bien des points communs sur le fond

Patrick Mennucci a donc donné le tempo en commençant par la présentation du volet économique de son plan de développement ("Un nouveau cap pour Marseille") avec un projet ramassé dans 16 pages. Le souffle court jeudi dernier - alors que lors de ses vœux, il était apparu en pleine forme de verve et de mordant - le maire de la ville sans discontinuité depuis 1995 a laissé ses plus loyaux lieutenants (Roland Blum, Didier Parakian et Arlette Fructus) - "aussi convaincants que compétents, aussi clairs que précis" - décliner le premier volet du projet municipal "Marseille en avant, la force du changement". Cinq double pages. Certes, le nombre de pages n'est pas un marqueur de qualité. Mais quoi qu'il en soit, les Marseillais vont avoir bien du mal à s'y reconnaître. Les deux candidats en lice partagent décidément bien des points de convergence. Et même que l'édile semble s'être reconnu dans le programme de son adversaire :

"une restructuration en profondeur a été engagée ces dernières années autour de cinq pôles économiques, tels que définis par les orientations stratégiques de la Ville et de la communauté urbaine : l'économie productive, l'économie de la connaissance, les transports et la logistique, le tourisme et l'économie résidentielle. Voilà un point au moins où mon concurrent est d'accord avec moi puisqu'il reprend cette classification."

Qu'est ce qui différencie au fond les propositions ?

Sans aucun doute, les relais qu'ils auront dans le monde économique ! Sur ce point, faut-il y voir des symboles ? Le président du groupe d'opposition au Conseil municipal avait choisi de présenter ses arguments aux représentants des milieux économiques et des organisations patronales, un jour avant de le faire devant la presse, à son local de campagne dans le 6e arrondissement, siège de la fédération du parti socialiste des Bouches-du-Rhône. Même heure, même date, même endroit. Jean-Claude Gaudin a convié tout le monde à l'EMD, l'école de management qui a élu le quartier d'affaires Euroméditerranée pour s'y délocaliser et y construire un bâtiment de toute dernière génération. C'est donc au sein de l'établissement qui forme les futurs décideurs à l'éthique des affaires, dans le fief de Guy Tessier, le maire des 9e et 10e arrondissements de Marseille, que l'inoxydable candidat a présenté ses propositions en faveur de l'entreprise.

"C'est symbolique, nous confie Roland Blum, premier adjoint au maire en charge de l'économie. Nous avons hésité avec les Voûtes de la Major. Mais ici, est prévu tout un ensemble dédié à l'enseignement avec une bibliothèque interuniversitaire en sciences sociales, un laboratoire de recherche en économie publique et économie de la santé…"

Tout un symbole donc dans une métropole, où les inégalités en matière d'éducation sont particulièrement prononcées (24 % de non diplômés) avec un taux de chômage des jeunes élevé (20,8 % des 15-29 ans, Insee 2013). Dans les arrondissements Nord de Marseille, la part de la population de 15 ans ou plus sans diplôme dépasse 39 % (3e, 14e et 15e arrondissements) et 30 % dans les 1er et 16e arrondissements.

Le projet économique Gaudin 

A comme attractivité économique. Les organisations patronales, qui disent ne pas avoir la représentation institutionnelle à la hauteur de leur pouvoir d'influence, vont être servies :

"un Conseil économique du maire sera institué, composé des présidents des institutions consulaires, des représentants des organisations patronales et syndicales, ainsi que de chefs d'entreprises marseillaises", explique Didier Parakian, adjoint en charge du développement des entreprises et de l'export.

Chez Mennucci, cela s'appelle un "Conseil d'orientation économique" et il associera également les représentants des milieux économiques, de la formation professionnelle et supérieure, et partenaires sociaux.

"Une agence de développement à l'échelle de la métropole et un guichet unique d'accueil des entreprises et des investisseurs seront créés. De même, des services "clés en main" seront proposés à tous les nouveaux arrivants sur Marseille", poursuit le dirigeant à l'origine de la griffe féminine de prêt-à-porter.

Mennucci promet un guichet unique municipal pour répondre à toutes les problématiques quotidiennes des chefs d'entreprise. Les deux listes proposent également la création d'une marque de marketing territorial.

Un technopôle de la mer

En plus du soutien aux filières d'avenir qui correspondent à celles des pôles de compétitivité, l'équipe du maire sortant propose un "Futuroscope de la Mer qui serait la partie grand public et ludique et l'un des éléments d'une Cité de la Mer incluant un Technopôle maritime, dont certaines autres composantes - l'ensemble des formations aux métiers de l'eau, un Centre international de plongée - pourraient être développées à l'Estaque.

Chez Mennucci, on propose de développer "un pôle de connaissance et d'ingénierie marine et sous-marine, complémentaire du Pôle Mer de Toulon" ainsi qu'une "grande école internationale de plongée."

Valoriser le foncier public

"Une structure ad hoc, associant notamment la Caisse des Dépôts, développera les initiatives de valorisation du foncier public pour créer des zones d'entreprises et d'activités - en particulier à Luminy, à Château-Gombert, aux Aygalades, aux Créneaux", informe Arlette Fructus, ajointe en charge de la politique du logement.

L'équipe rivale vise, via la création d'un opérateur foncier municipal, un objectif de 100 ha de zones d'activités nouvelles "à forte densité d'emplois productifs" qui travaillera en lien privilégié avec les pôles d'excellence de Château-Gombert, la Timone et Luminy …

"En matière foncière, Mennucci assène des contre-vérités, s'emporte l'adjointe au maire, 2 600 ha ont été sanctuarisés. Il veut créer un établissement public foncier alors qu'un outil existe déjà et fonctionne très bien. L'idée est de porter à 250 millions d'euros notre capacité d'investissement. Nous avons déjà identifié quatre projets de ZAC que nous allons développés en PPP."

Priorité aux transports en commun

"Les projets en cours seront poursuivis et finalisés dans les meilleurs délais : tramway dans la rue de Rome jusqu'à Castellane, métro jusqu'à Capitaine Gèze, Bus à haut niveau de service vers St-Jérôme, St-Louis et Luminy. Les études techniques seront effectuées d'ici deux ans pour les prolongements du métro vers l'hôpital Nord, vers St-Loup et jusqu'à Bonneveine et Vieille Chapelle. Le tramway du Nord au Sud sera une priorité. Il sera réalisé jusqu'à La Viste d'un côté, et jusqu'à La Rouvière, via La Capelette et Dromel, de l'autre, avec un nouveau dépôt de tramway à Arenc", détaille Roland Blum.

Évidemment, le tout main dans la main avec la communauté urbaine où l'équipe sortante espère emporter la majorité des sièges.

"La politique des transports sera coordonnée à l'échelle métropolitaine avec une autorité gestionnaire unique."

Il est aussi question d'aménager la rocade du Jarret de façon à réduire la circulation automobile via le développement d'un transport en commun en site propre. De réaliser le boulevard urbain Sud en PPP. Et d'en finir avec le chantier de la "L2" d'ici fin 2017 !

Le port, objet monde 

Focale des programmes des deux candidats, la grande importance accordée à l'outil portuaire : réalisation du terminal de transport combiné de Mourepiane, soutien à la revitalisation du radoub de réparation navale pour accueillir des paquebots et navires commerciaux de grande capacité, développer la zone logistique et aménager les connexions routières pour le pré et post acheminement, affirmer la vocation touristique du port en tant que destination croisières.

Bilan de la mandature

C'est sur son bilan que le sénateur-maire UMP conclue. Lui qui supporte difficilement la critique à l'endroit de sa ville en pleine métamorphose. Depuis 1995, il affirme que "40.000 emplois privés supplémentaires ont été créés par les entreprises marseillaises et 20.000 entreprises nouvelles au total" et qu'entre 1993 et 2010, l'hébergement et la restauration ont enregistré une croissance des emplois de 85 %, les arts et spectacles de 84 %, les services administratifs privés de 67 %, les activités spécialisées scientifiques et techniques de 53 %, le secteur de l'information et de la communication de 50 % et la santé de 47 %. Euroméditerranée aurait généré la création nette de 8.500 emplois, les Zones Franches autour de 13 000 emplois.

La dette ?

La majorité municipale UMP de Marseille n'en démord pas. Priorité à l'investissement plus qu'à la réduction des dépenses. Sur ses trois mandatures, la Ville a investi 3,7 Milliards d'euros.

"En cumulant sur les 6 prochaines années, les crédits d'investissement des collectivités territoriales, du Port, de l'APHM et de l'État, ce sont au moins 5 milliards qui sont à programmer d'ici 2020, en particulier en ce qui concerne les investissements du transport public urbain et interurbain, les investissements routiers et de voirie."

Présenter un programme, c'est aussi dire comment il sera financé.

"Je vais proposer prochainement 10 règles de gestion et de stabilité fiscale".

Reste une inconnue : la future équipe. Il a réitéré sa volonté d'ouvrir plus largement à la société civile (on parle de Stéphane Brousse, P-d.g de la société marseillaise Brousse Vergez, ancien président de l'UPE 13 et du Medef PACA) et de rajeunir ses équipes. Mais l'homme, à qui l'on reconnaît unanimement des qualités de consensus (très ironiquement souvent), ne le fera pas brutalement. En clair, il ne licenciera mais attend les démissions...

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Commentaires
a écrit le 10/02/2014 à 14:47 :
Mr Gaudin veut des investisseurs, il y des créneaux à prendre, par exemple la fabrication de Kalachnikow, des casques de sécurité contre les agressions, etc.. !!!
a écrit le 09/02/2014 à 14:55 :
C' est bon Jc dans le pire des cas Mennucci ne fera pas plus mal....dans tous les domaine
sécurité et surtout la propreté...lamentable .
a écrit le 09/02/2014 à 14:31 :
Si Mr gaudin avait passe moins de temps à paris entre le sénat et l UMP, aurait eu tout le temps nécessaire pour mener ses projets pour marseilles. On voit le résultat, pourquoi ferait il mieux? Alternance en vue, tant mieux .
a écrit le 09/02/2014 à 14:28 :
Gaudin est pour moi l'archétype du politique cumulard qui ne veut jamais lâcher le morceau. Ils ont décidément un mal fou à renouveler leur candidat à droite...
a écrit le 08/02/2014 à 18:28 :
Ainsi donc , JC Gaudin aurait des compétences économiques ????
Ha bon...je ne l'avais pas remarqué...!!!
Réponse de le 09/02/2014 à 9:44 :
Et le candidat PS, quelles sont ses compétences, sûrement les mêmes que Hollande notre président mou. La politique de gauche a été un fiasco, GAUDIN lui a su donner de l'énergie à sa ville. C'est un très bon maire.
Réponse de le 09/02/2014 à 17:04 :
Un très bon maire effectivement : taux de chômage au plafonds, corporatisme insoutenable, salubrité calamiteuse et sécurité hasardeuse...
Il est bon le politicard-cumulard !
a écrit le 08/02/2014 à 16:42 :
je croyais a une blague en lisant le programme , au bout de tant de temps a être resté maire , il a encore des projets qu'il n'a pas accompli ? , la démagogie règne et en fait on pourrait imaginer qu'il postule a un nouveau poste alors qu'il y 'est depuis presque aussi longtemps qu'un salarié dans une PME .. des promesses qui se répercute d'un mandat a l'autre , une fois tout les 6 ans , oublié des la première journée de la prise de fonction .; la suite on l'a voit tous les jours et les ricanements de voisins européens qui deviennent aussi agaçants ..
a écrit le 08/02/2014 à 15:53 :
Je ne veux pas rpendre parti, mais je constate que Gaudin est aux commandes de la ville depuis 20ans et qu;il est un acteur majeur de la région depuis au moins 40 ans, et qu'il en est toujours à promettre ce qu'il vait déjà promis. Ne serait-il pas temps de renouveler les politiques de la région et par pitié pas de socialistes, car c'est un peu la même salade !!!
Réponse de le 09/02/2014 à 9:47 :
un candidat FN remettrait un peu d'ordre dans certains quartiers ...
Réponse de le 10/02/2014 à 12:16 :
attention aux triangulaires ca va faire mal de la tete aux pieds.....

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