Municipale à Marseille : le "dictionnaire économique" de Jean-Claude Gaudin

Adeline Descamps, MéridienMag

Adeline Descamps, MéridienMag
Il se devait de dégainer assez vite, Jean-Claude Gaudin (UMP). Patrick Mennucci (PS), son principal challenger dans la course à la mairie de Marseille, avec lequel il partage la gouaille et les kilos en excès et avec qui il "débat au Conseil depuis six ans interminables", l'avait pris de court en présentant, une semaine avant, son projet économique pour Marseille (tout comme il l'avait fait avec ses "collègues" pour les primaires socialistes). Une chose est certaine : l'économie est au coeur des projets municipaux. Ce dont se félicitent les chefs d'entreprise, à commencer par l'un de leurs représentants, le président de la CCIMP.
Patrick Mennucci a donc donné le tempo en commençant par la présentation du volet économique de son plan de développement ("Un nouveau cap pour Marseille") avec un projet ramassé dans 16 pages. Le souffle court jeudi dernier - alors que lors de ses vœux, il était apparu en pleine forme de verve et de mordant - le maire de la ville sans discontinuité depuis 1995 a laissé ses plus loyaux lieutenants (Roland Blum, Didier Parakian et Arlette Fructus) - "aussi convaincants que compétents, aussi clairs que précis" - décliner le premier volet du projet municipal "Marseille en avant, la force du changement". Cinq double pages. Certes, le nombre de pages n'est pas un marqueur de qualité. Mais quoi qu'il en soit, les Marseillais vont avoir bien du mal à s'y reconnaître. Les deux candidats en lice partagent décidément bien des points de convergence. Et même que l'édile semble s'être reconnu dans le programme de son adversaire :
Sans aucun doute, les relais qu'ils auront dans le monde économique ! Sur ce point, faut-il y voir des symboles ? Le président du groupe d'opposition au Conseil municipal avait choisi de présenter ses arguments aux représentants des milieux économiques et des organisations patronales, un jour avant de le faire devant la presse, à son local de campagne dans le 6e arrondissement, siège de la fédération du parti socialiste des Bouches-du-Rhône. Même heure, même date, même endroit. Jean-Claude Gaudin a convié tout le monde à l'EMD, l'école de management qui a élu le quartier d'affaires Euroméditerranée pour s'y délocaliser et y construire un bâtiment de toute dernière génération. C'est donc au sein de l'établissement qui forme les futurs décideurs à l'éthique des affaires, dans le fief de Guy Tessier, le maire des 9e et 10e arrondissements de Marseille, que l'inoxydable candidat a présenté ses propositions en faveur de l'entreprise.
Tout un symbole donc dans une métropole, où les inégalités en matière d'éducation sont particulièrement prononcées (24 % de non diplômés) avec un taux de chômage des jeunes élevé (20,8 % des 15-29 ans, Insee 2013). Dans les arrondissements Nord de Marseille, la part de la population de 15 ans ou plus sans diplôme dépasse 39 % (3e, 14e et 15e arrondissements) et 30 % dans les 1er et 16e arrondissements.
A comme attractivité économique. Les organisations patronales, qui disent ne pas avoir la représentation institutionnelle à la hauteur de leur pouvoir d'influence, vont être servies :
Chez Mennucci, cela s'appelle un "Conseil d'orientation économique" et il associera également les représentants des milieux économiques, de la formation professionnelle et supérieure, et partenaires sociaux.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Mennucci promet un guichet unique municipal pour répondre à toutes les problématiques quotidiennes des chefs d'entreprise. Les deux listes proposent également la création d'une marque de marketing territorial.
En plus du soutien aux filières d'avenir qui correspondent à celles des pôles de compétitivité, l'équipe du maire sortant propose un "Futuroscope de la Mer qui serait la partie grand public et ludique et l'un des éléments d'une Cité de la Mer incluant un Technopôle maritime, dont certaines autres composantes - l'ensemble des formations aux métiers de l'eau, un Centre international de plongée - pourraient être développées à l'Estaque.
"Une structure ad hoc, associant notamment la Caisse des Dépôts, développera les initiatives de valorisation du foncier public pour créer des zones d'entreprises et d'activités - en particulier à Luminy, à Château-Gombert, aux Aygalades, aux Créneaux", informe Arlette Fructus, ajointe en charge de la politique du logement.
L'équipe rivale vise, via la création d'un opérateur foncier municipal, un objectif de 100 ha de zones d'activités nouvelles "à forte densité d'emplois productifs" qui travaillera en lien privilégié avec les pôles d'excellence de Château-Gombert, la Timone et Luminy …
Évidemment, le tout main dans la main avec la communauté urbaine où l'équipe sortante espère emporter la majorité des sièges.
Il est aussi question d'aménager la rocade du Jarret de façon à réduire la circulation automobile via le développement d'un transport en commun en site propre. De réaliser le boulevard urbain Sud en PPP. Et d'en finir avec le chantier de la "L2" d'ici fin 2017 !
Focale des programmes des deux candidats, la grande importance accordée à l'outil portuaire : réalisation du terminal de transport combiné de Mourepiane, soutien à la revitalisation du radoub de réparation navale pour accueillir des paquebots et navires commerciaux de grande capacité, développer la zone logistique et aménager les connexions routières pour le pré et post acheminement, affirmer la vocation touristique du port en tant que destination croisières.
C'est sur son bilan que le sénateur-maire UMP conclue. Lui qui supporte difficilement la critique à l'endroit de sa ville en pleine métamorphose. Depuis 1995, il affirme que "40.000 emplois privés supplémentaires ont été créés par les entreprises marseillaises et 20.000 entreprises nouvelles au total" et qu'entre 1993 et 2010, l'hébergement et la restauration ont enregistré une croissance des emplois de 85 %, les arts et spectacles de 84 %, les services administratifs privés de 67 %, les activités spécialisées scientifiques et techniques de 53 %, le secteur de l'information et de la communication de 50 % et la santé de 47 %. Euroméditerranée aurait généré la création nette de 8.500 emplois, les Zones Franches autour de 13 000 emplois.
La majorité municipale UMP de Marseille n'en démord pas. Priorité à l'investissement plus qu'à la réduction des dépenses. Sur ses trois mandatures, la Ville a investi 3,7 Milliards d'euros.
Présenter un programme, c'est aussi dire comment il sera financé.
Reste une inconnue : la future équipe. Il a réitéré sa volonté d'ouvrir plus largement à la société civile (on parle de Stéphane Brousse, P-d.g de la société marseillaise Brousse Vergez, ancien président de l'UPE 13 et du Medef PACA) et de rajeunir ses équipes. Mais l'homme, à qui l'on reconnaît unanimement des qualités de consensus (très ironiquement souvent), ne le fera pas brutalement. En clair, il ne licenciera mais attend les démissions...
Adeline Descamps, MéridienMag