L'innovation au cœur des programmes des deux candidates à la mairie de Paris

 |   |  1257  mots
D'ici à 2016, les 30.000 m2 de la Halle Freyssinet seront entièrement réhabilités pour accueillir 1000 start-up. Un projet initié par Xavier Niel et soutenu par Bertrand Delanoë et son adjointe, Anne Hidalgo.
D'ici à 2016, les 30.000 m2 de la Halle Freyssinet seront entièrement réhabilités pour accueillir 1000 start-up. Un projet initié par Xavier Niel et soutenu par Bertrand Delanoë et son adjointe, Anne Hidalgo. (Crédits : DR)
Jusqu'aux élections municipales des 23 et 30 mars prochains, La Tribune analysera les enjeux du scrutin dans une vingtaine des principales villes françaises. Sixième volet : Paris. Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet promettent de renforcer l'écosystème entrepreneurial parisien et de faire la part belle à l'innovation. Pour construire leurs programmes, elles s'inspirent de ce qui se fait à l'étranger... tout en misant sur les spécificités françaises.

Les voyages, dit-on, forment la jeunesse et... les programmes électoraux sur l'innovation. Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet ont ponctué leur campagne de « voyages d'étude » dans les écosystèmes de start-up les plus dynamiques du monde. Promouvoir l'entrepreneuriat et l'innovation est l'un des points forts de leurs programmes. Toutes deux se sont ainsi rendues à New York, pour voir comment la ville centrée sur la finance est devenue une terre fertile pour les start-up, sous l'impulsion en 2012 du maire de l'époque, Michael Bloomberg. Nathalie Kosciusko-Morizet a porté son intérêt sur l'écosystème autour des biotechnologies, mis en place rapidement « grâce à une forme d'interventionnisme du maire de la ville du libéralisme », précise l'entourage de la candidate UMP.

Israël figurait également en bonne place sur la feuille de route des candidates, qui se sont penchées sur le cas de Tel-Aviv. En cinq ans, cette ville de 400.000 habitants a vu fleurir 700 jeunes pousses et 1.200 entreprises hightech, et a été identifiée comme le deuxième meilleur écosystème mondial pour les start-up, juste derrière la Silicon Valley, par le très sérieux rapport Startup Genome.

Deux projets qui s'opposent

L'équipe d'Anne Hidalgo a alors relevé que les start-up israéliennes reçoivent des subventions quand elles entrent dans un incubateur. Dans son programme, cela se traduit par un « Pack jeune entrepreneur », qui serait alloué à 2500 porteurs de projet par an, pour leur permettre de bénéficier de services à coût réduit dans leurs démarches de création d'entreprise, tout en maintenant le fonds de soutien aux jeunes entreprises innovantes mis en place avec Bpifrance depuis 2009.

De son côté, NKM promet que la « ville doublera chaque euro investi par les business angels », tout en renforçant l'accompagnement dans les incubateurs, notamment avec des supports juridiques. Mais pas question de multiplier le nombre de ces espaces. Un coup de pied de l'âne à sa rivale, qui entend créer de nouveaux incubateurs et lieux de coworking, dans un « arc de l'innovation », qui s'étendrait entre Versailles et Clichy-Batignolles. Anne Hidalgo verrait bien des « hubs de télétravail » à Paris, sur le modèle de ce qui se pratique aux Pays-Bas, à Rotterdam ou La Haye notamment, et prévoit de développer des « fablabs ».

Et si Anne Hidalgo souhaite miser sur tous les secteurs forts de Paris, de la mode au tourisme en passant par le numérique, le design, voire le sport et le social business, NKM veut établir une sélection de secteurs d'activités prioritaires, jugeant que cette stratégie a fait ses preuves dans toutes les métropoles innovantes. Le tourisme, et notamment le tourisme d'affaires, serait inscrit en priorité sur cette short list, qui serait définie en partenariat avec la Région et le tissu économique parisien.

Comme à Montréal, NKM prévoit de réunir chaque mois autour d'elle les entrepreneurs les plus influents de la ville, pour des échanges informels. Les deux candidates s'accordent en revanche à reproduire l'expérience de Boston, qui a permis à des start-up de créer des applications innovantes au service des habitants grâce à la mise à disposition des données publiques. À l'UMP, cette priorité s'appelle big data, tandis qu'on parle d'open data côté PS.

Les sites parisiens des incubateurs à start-up

Carte ISF

La commande publique au secours des start-up

Pour ce qui est de la com', Londres est une source de réflexion. NKM promet d'être une ambassadrice des entrepreneurs parisiens, qu'elle emmènera dans ses visites à l'étranger, suivant l'exemple du maire de la capitale britannique, Boris Johnson... mais aussi de Gérard Collomb, le sénateur et maire socialiste de Lyon, et d'Alain Juppé à Bordeaux. NKM entend consacrer une partie du budget de communication de la ville à la promotion de la marque Paris à l'étranger, tandis qu'Anne Hidalgo compte sur les artistes et chefs d'entreprise français installés à l'étranger pour donner consistance à un « réseau d'ambassadeurs de Paris ».

La candidate socialiste entend aussi établir des jumelages entre l'écosystème parisien et ceux des grandes villes des pays émergents, comme Singapour dans le domaine de la ville durable, à l'instar du premier partenariat du genre conclu l'an dernier avec San Francisco, dans le numérique. Elle a aussi trouvé des idées de campagne dans les territoires français. Pour favoriser la création d'entreprises au sein des grandes écoles, elle s'est intéressée aux journées « Plug and start campus » instaurées en 2009 par le directeur de l'ESC Troyes.

Ces voyages d'étude ont permis d'identifier un levier inattendu dans les spécificités du modèle français, si souvent décrié pour le poids de son administration : la commande publique. Les deux candidates comptent bien utiliser les appels d'offres pour donner du travail aux start-up parisiennes.

________

L'avis de Jean-David Chamboredon, patron du fonds Isai

« POUR ATTIRER LES INVESTISSEURS ÉTRANGERS, RIEN NE VAUT LES BELLES RÉUSSITES »

« L'excellence des ingénieurs parisiens, qui sont talentueux, engagés et au final peu onéreux, est un argument à faire valoir pour renforcer l'attractivité de la ville. C'est ce qui a convaincu certaines start-up étrangères d'implanter leurs activités de R&D à Paris. Mais souvent, c'est parce que leur directeur technique était français qu'elles ont opté pour ce scénario. La ville devrait renforcer sa communication sur les leaders mondiaux qui ont leur siège à Paris, car les start-up étrangères de ces secteurs ont intérêt à s'implanter près de leurs clients potentiels : dans le luxe, les cosmétiques, l'agroalimentaire... ou la 3D grâce à Dassault Systems.

À l'international, la France est aussi identifiée comme compétente en "big data", depuis l'introduction au Nasdaq de Criteo. L'effet Criteo est très sensible chez mes confrères américains : plusieurs confrères investisseurs de Californie sont récemment venus me voir pour prendre un café... et discuter des business qui émergent à Paris. Aucun d'entre eux n'avait fait le déplacement depuis deux ans. Le meilleur facteur d'attractivité de Paris, c'est la réussite des entreprises qui s'y développent. »


L'avis de Cyrille Saint-Olive, directeur général du Réseau Entreprendre Paris

« METTRE L'ENTREPRENEUR DU MOIS EN AVANT SUR LE SITE PARIS. FR »

« Paris est une ville où il fait bon entreprendre, nous n'avons pas à rougir face à nos voisins londoniens. Les politiques publiques de soutien à l'innovation mises en place ces dernières années ont porté leurs fruits. Les lieux d'incubation hébergeant les jeunes entreprises sont nombreux. Mais l'écosystème gagnerait à être mieux organisé. Les liens entre les laboratoires, les facilitateurs, les financeurs et les entrepreneurs doivent être renforcés. Les grands groupes doivent participer à ces relations, comme c'est le cas dans le nouvel incubateur de Boucicaut (15e arrondissement). Et l'écosystème doit s'ouvrir au grand public, grâce à des lieux comme Numa (2e), ou les journées du patrimoine des start-up.

Pour diffuser l'envie d'entreprendre, la maire de Paris peut promouvoir la culture entrepreneuriale dans les collèges, via les rencontres avec des entrepreneurs, organisées par l'association 100.000 Entrepreneurs. Et pourquoi ne pas mettre en avant un entrepreneur parisien chaque mois sur le site Paris.fr ? Ce portail, qui présente le patrimoine et la vie culturelle à Paris, a une belle audience auprès des Parisiens comme des étrangers. Enfin, il faudrait favoriser les dispositifs pour l'accompagnement et le financement des entreprises de croissance, dont le potentiel de création d'emplois et de valeur trois à cinq ans après leur démarrage est réel. »

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 19/02/2014 à 12:21 :
il ne faudrait pas non plus exagérer. L'innovation n'est en rien au coeur des programmes d'icelles. Ce qui est au coeur des programmes, c'est l'intervention de la sphère publique, l'influence toujours plus grande du politique dans les décisions des acteurs économiques, se plaçant systématiquement au coeur de tout système, le pervertissant au mieux, le détruisant au pire. Les conséquences vous les connaissez tous: inflation des coûts (intermédiation, réglementation) destruction des mécanismes de concurrence (capitalisme et socialisme de connivence, érection de barrières à l'entrée), projection des choix, qu'ils soient politiques, sociétaux ou personnels... Bref une catastrophe.
Réponse de le 19/02/2014 à 18:38 :
"l'influence toujours plus grande du politique dans les décisions des acteurs économiques" indispensable étant donné les dérives du capitalisme financier, les dégats que l'on constate de plus en plus de l'ultralibéralisme, les abus des professions libérales surtout celles qui sont superprotégées et pourlesquelles il n'y a pas de concurrence (médecins specialistes, notaires...)...
Réponse de le 19/02/2014 à 19:06 :
les dérives dont vous parlez tiennent essentiellement à la distorsion que provoque le pouvoir dudit politique en particulier sur les plans concurrentiel, légal et fiscal. Quant à parler des "abus des professions libérales surprotégées et pour lesquelles il n'y a pas de concurrence" comme exemple me contredisant et symbolisant l'ultralibéralisme, on peut de demander si vous connaissez le sens des mots. Ces professions n'existent que par le pouvoir politique et la volonté de l'état. Elles ne sont pas concurrentielles parce que l'état en a décidé ainsi, précisément au profit de clientèles à qui il donne un pouvoir et des droits particuliers.
a écrit le 18/02/2014 à 23:36 :
C'est sérieux? On croirait lire les résultats d'une rédaction demandée aux enfants de sixième... Eliminons les textes qui permettent la main mise de ces partis politiques sur notre vie publique, que nous ayons enfin des gens de talent, et non la synthèse du plus petit dénominateur commun doublé du plus sensible aux groupes de pression qui gravitent autour des élus, subventions obligent.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :