La Métropole du Grand Paris, c'est lui

 |   |  913  mots
Alexis Bachelay, quadra fraichement élu des Hauts de Seine, n'était au départ guère passionné par le sujet du Grand Paris.
Alexis Bachelay, quadra fraichement élu des Hauts de Seine, n'était au départ guère passionné par le sujet du Grand Paris. (Crédits : DR)
Ce député quadra non cumulard est à l’origine du "coup de force" de l’été qui aboutit au texte sur la Métropole du Grand Paris actuellement discuté à l'Assemblée. Cet élu des Hauts de Seine est métropolitain dans l’âme doté de convictions politiques fermes.

Alexis Bachelay n'est pas un chaud partisan du consensus. C'est même pour cela qu'il est en train de faire enfin adopter par l'Assemblée cette Métropole du Grand Paris que les sénateurs ont déchiquetée au mois de juin. Un dossier un peu pourri dont personne au groupe socialiste n'a voulu se charger pendant des mois. Un dossier en déshérence pendant plus d'un an.


Alexis Bachelay : le métropolitain, c'est lui ! par La-Tribune

 

Des sénateurs "remontés comme des coucous"

Alexis Bachelay, quadra fraichement élu des Hauts de Seine, n'était lui-même guère passionné: 

"Un dossier irénique où il faut que tout le monde soit d'accord ? Je n'y croyais absolument pas, car c'est le type même de réforme ou il n'y a aucun consensus possible"

Il commence à s'y intéresser fin 2012 avec les premières consultations de Marylise Lebranchu. La ministre de la Réforme de l'État, de la Décentralisation et de la Fonction publique , très isolée, est alors en train d'élaborer un texte de réforme sans grand intérêt que personne n'a vraiment envie de soutenir au Parlement. Du coup, début juin les sénateurs UMP et PC se font le plaisir d'envoyer la réforme à la poubelle. Ni le président PS de la commission des lois, Jean Pierre Sueur, ni le président du groupe socialiste François Rebsamen ne se battent vraiment. Les sénateurs socialistes pro métropole n'ont, eux, "jamais eu la main et sortent écoeurés, remontés comme des coucous".

"On ne pouvait pas être à côté de la plaque à ce point là"

Le 12 juin 2013, des "comploteurs" se retrouvent au Mucha Café, un bar calme à côté de du siège du PS rue de Solférino : quelques députés parisiens (Jean Marie Le Guen, Christophe Caresche, Annick Lepetit, Jean Yves Le Bouillonnec, Daniel Goldberg) et quelques sénateurs (Jean Pierre Caffet, Luc Carvounas).

Alexis Bachelay note les analyses, synthétise et écrit à Bruno Leroux, le patron des députés PS, pour indiquer qu'il prend le dossier. Un coup de force. Mais il n'a pas le choix, pense-t-il face au désastre politique annoncé d'un Grand Paris sans structure de gouvernance :

"Il fallait un volet Paris dans la réforme territoriale, on ne pouvait pas être à côté de la plaque à ce point là."

Beaucoup d'élus saisissent le danger et évoluent très vite pour monter dans le train : Anne Hidalgo, Jean Paul Huchon au dernier moment, sont dans les 44 élus qui envoient une lettre à Jean Marc Ayrault fin juin pour un sursaut métropolitain. Chacun craignant de se faire doubler, un improbable axe Hidalgo- Bartolone-Huchon émerge.

 

Un non-cumulard qui rêve d'un grand ménage bureaucratique

Belle performance pour le député des Hauts de Seine. Certes, tout n'est pas facile : le  premier texte proposé en moins de 4 jours n'est pas forcément très bon, les discussions sont parfois houleuses avec Matignon et ça craque sec dans les articulations du texte avec quelques grandes collectivités franciliennes. Claude Bartolone doit monter souvent au créneau face à Jean Marc Ayrault ou François Hollande. Mais, depuis l'été, le texte a considérablement évolué :

"En fait il n'a pas fallu beaucoup pousser Alexis, explique un de ses collègues. C'est la rencontre d'un homme politique et d'un dossier. Alexis préfigure ce que seront les élus de l'Assemblée Nationale de 2017 : un seul mandat c'est la possibilité de faire de la vraie politique, de se comporter en législateur en dehors de tout contingence locale".

Comme le dit Carlos Da Silva, député de l'Essonne : "l'objet de cette loi n'est pas de satisfaire élus locaux d'aujourd'hui, ni même ceux de demain, de 2014 !" Alexis Bachelay, non cumulard, a toutefois été premier adjoint du maire de Colombes pendant des années, une ville "pas facile" comme il le dit. Il connait le terrain. Il a compris que l'organisation du territoire devait être sérieusement nettoyée.

 

" Vous avez déjà entendu quelqu'un dire "je suis séquanodionysien"? "

Il peut à la fois tempêter contre les structures inutiles (mes comités de tourisme dans chaque département l'énervent particulièrement ces derniers temps) et demander un rôle fort de la Métropole (il se demande ainsi, ce qui est parfois mal compris, pourquoi l'Etat s'occupe encore du quartier de La Défense et ne passe pas la main à la Métropole) :

"Je ne veux pas de Métropole "cheap". Elle n'aura jamais une impulsion suffisante si nous conservons toutes les intercommunalités et départements qui n'ont plus aucun sens en zone urbaine dense. Il ne faut pas la jouer petit bras. Et il faut surtout adapter les institutions aux gens. Or les gens sont tous métropolitains. Vous avez déjà entendu quelqu'un dire "je suis séquanodionysien" ou "je suis altoséquanais" ? Non on est de sa commune et on est de la métropole."

 Lui par exemple : il est le député de la ligne 13 (sa permanence est en bout de ligne à Genevilliers)  celle qui "deux ou trois fois par semaine fait perdre 35 minutes à tout le monde tellement elle est mal réglée". Alexis Bachelay est né à St Maur, a vécu à Champigny, Arcueil, Paris et Colombes, travaillé au Plessis Robinson et à Nanterre. Il ne se déplace qu'avec son pass Navigo. Le métropolitain c'est lui.

 

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 13/12/2013 à 14:04 :
Pour une fois qu'un projet a pour ambition de donner de la visibilité à moyen long terme aux territoires qui la composent. Tout le monde tent de torpiller ce projet... Ah, au fait, bienvenue en france...
a écrit le 13/12/2013 à 10:47 :
Vu l'insécurité qui règne dans toute l' Ile de France , bonjour les futurs touristes de cette grande métropole annoncée.
a écrit le 13/12/2013 à 9:15 :
Dites-moi chers commentateurs ? Quelle âge avez-vous ? Vue de ma fenêtre, le petit Maire d'une petite ville au milieu de cette incroyable métropole mondial doit impérativement voir ses prérogatives limités. En fait, vous avez peut-être un travail, une petite famille. Pour ma part, j'ai 23 ans, et je n'ai pas envi de partir pour Londres parce qu'ici, des bandes de nostalgique pensent encore que Paris est un village...
Réponse de le 13/12/2013 à 10:38 :
Ben justement, puisque vous en parlez, la grande métropole de Londres est devenue la capitale la plus corrompue et affairiste où le mètre carré est le plus cher d'Europe, et où les infrastructures collectives sont les plus pauvres des grandes capitales européennes. Belle réussite que cette "métropolisation" ! Pourvu qu'une telle réforme ne plombe pas la petite couronne et Paris.
Réponse de le 13/12/2013 à 12:19 :
Sauf que Londres est tout sauf une métropole telle qu'imaginée ici. Essayez donc de faire main basse sur la City. Ne vous êtes vous jamais posé la question de ce qu'étaient vraiment ces territoires?
Quant à nous, la fable du preux politique 2.0 du futur qui chante parce qu'il " a le courage d'imposer une vision" à tout le monde, je rigole. La seule idée qui séduise ici nos amis socialistes est la possibilité de faire payer encore plus les communes et collectivités qui n'ont pas adhéré à leur modèle de social-clientélisme sur fond de propagande bobo.
En gros, après avoir mis Paris en coupe réglée mais déficitaire, permettant à certains de s'interroger sur le modèle de cette réussite en comparant la ville à ses plus proches voisins, les bons politiques socialistes n'ont rien trouvé de mieux que de socialiser de force leurs voisins en les intégrant contre leur gré à un "tout" nécessairement supérieur à l'addition des parties... fumisterie s'il en est, mais si prévisible de leur part, puisqu'ils ne savent rien créer qui ne s'approprie le fruit du travail ou de l'intelligence des autres.
a écrit le 13/12/2013 à 2:43 :
Quelqu'un a vu/lu/entendu parler des citoyens, des électeurs, des gens quoi dans cette affaire?
Ce doit être ça la nouvelle race d'élus... Capables d'imposer à des millions de gens un destin et des contraintes, des impôts et des changements, un avenir radieux. Que sais-je?
Sans jamais tenir compte d'eux, sauf en les assimilant bon gré mal gré à l'idée qu'on se fait soit même de ce qu'ils devraient vouloir.
Pas de doute, nous allons vivre des années intéressantes.
a écrit le 13/12/2013 à 2:37 :
"un improbable axe Hidalgo- Bartolone-Huchon émerge"... un pack de winners s'il en est!
a écrit le 12/12/2013 à 16:57 :
et c'est respectueux de l'égalité des français d'avoir ce monstre technocratique en place qui décidera à la place de votre maire des constructions à coté de chez vous tandis qu'un provincial aura toujours sa commune avec les pouvoirs sur le PLU !!
Le premier permis de construire dans mon quartier délivrée par la métropole je l'attaque avec QPC à la clé
Réponse de le 13/12/2013 à 10:33 :
+1 Effectivement, une telle métropole sera un monstre technocratique, le point d'entrisme des pires affairistes, qui décidera de zonage, bétonnage à tout va, sans aucune consultation des riverains; sans aucun souci du patrimoine ni des résidents, Son rôle sera essentiellement de passer par dessus toute démocratie locale pour générer d'énormes profits à court terme par le pompage des ressources publiques. Il faut se battre résolument contre ce projet.
a écrit le 12/12/2013 à 15:58 :
Non, Alexis Bachelay n'est pas un énarque (il a un DESS et a un statut d'attaché territorial/fonctionnaire territorial)
a écrit le 12/12/2013 à 13:26 :
Ce député dont vous écrivez qu'il n'est pas "cumulard" a tout de même conservé la delagation du stationnement et circulation dans la ville de colombes dont il est encore conseillé municipal ce qui est un cumul vu son positionnement aujourd'hui. Le seul intérêt de cette métropole est la main mise du PS sur toute la région parisienne et dépouiller les maires de leurs prérogatives
a écrit le 12/12/2013 à 12:57 :
Un énarque de plus, qui oublie complètement que le centralisme n'a pour conséquence que de freiner l'initiative et le dynamisme des territoires! Qui relance les tramways ? Qui innove pour l'emploi avec les hotels industriels ? Pas l'Etat !
Le monstre technocratique qui s'annonce plongera l'Ile de France dans la récession mais créera des baronnies bien moins accessibles pour les habitants.
Quand c'est flou, il y a un loup !
a écrit le 12/12/2013 à 10:02 :
Pour faire avancer les choses en France, il faut vraiment avoir la foi. Comme sous-entendu dans l'article, les roitelets UMP de l'ouest parisien et les kolkhozniks PC du nord parisien vont s'allier pour défendre leur pré carré, mettant leur intérêt particulier avant l'intérêt de la région. C'est le drame de la France: là où une grande ville allemande > 500 000 habitants a 2-3 villes de banlieue, la même en France en a entre 20 et 30. Une cacophonie sans nom et un gouffre financier. Malheureusement, cela ne changera jamais.
Réponse de le 29/10/2015 à 16:39 :
Je rappelle que, dans le même temps, et dans le même pays, des départements entiers meurent et sont plein de logements vide (cf. La fameuse diagonale du vide, le centre, le Limousin,l'Auvergne...)

A l'heure du tout numérique, cela a il encore un sens de s'entasser les uns sur les autres dans des constructions neuves dont la qualité laisse à désirer, de mettre en place infrastructures sur infrastructures, alors que les études des 15 dernières années démontrent que plus l'offre de transport se développe, plus les gens se déplacent (sic), et sont donc sources d'engorgements prévisibles...

Cela est il une utopie de songer que l'aménagement du territoire concerne TOUT le territoire ?

L'île de France est surpeuplée et d'autres territoires sont désertés...

En tant qu'usager des transports en commun depuis 10 ans en IDF(Paris, Val d'Oise, et enfin Seine et Marne), et contribuable, je me demande si je suis la seule à trouver que ce projet manque d'ambition en ne réfléchissant qu'à l'échelle parisienne.

Les sommes investies pour créer des logements et des transports dans des zones déjà denses ne seraient elle pas mieux utilisées à repeupler notre beau territoire et à inciter les entreprises à s'y installer ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :