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Et si on renonçait à se plaindre ?

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Sophie Péters

Publié le 01 octobre 2014 à 05:00

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En lâchant l'attente d'un pouvoir propre à rendre la prospérité à notre pays, les Français trouveraient le remède à leur état dépressif. A condition de sortir de leur posture de victime.

"Il suffit que François Hollande prenne la parole pour voir les clients déprimés le lendemain matin. A chaque fois, c'est le même scénario", se plaint la boulangère parisienne. Au même moment, à Lyon, un chauffeur de taxi fait, s'adressant à son client, le même constat. Les Français encore dans l'illusion d'un miracle venu d'en haut ? Réponse de Boris Cyrulnik sur les oncdes d'Europe1 dimanche soir au micro de Patrick Roger : "Un peuple en crise a besoin d'un sauveur. Hollande pourrait faire l'affaire face à un peuple paisible mais pas face à une société en difficulté."

Et le neuropsychiatre de citer le philosophe Emmanuel Kant : "Malheur aux peuples qui ont besoin d'un héros, c'est qu'ils sont désespérés". Malheur ? "Ceux qui proclament pouvoir sauver les autres sont des candidats à la dictature", souligne Cyrulnik. Dans un monde où le sens fait défaut, et où on ne supporte plus de douter, on cherche à écouter ceux qui détiennent la vérité. Sans toutefois réaliser le danger où peut nous entraîner ce type d'attente.

Sauveteur ou persécuteur

En 1968, Stephen Karpman a démontré avec sa théorie du triangle dramatique comment une personne se mettant en position de victime entraîne l'autre à jouer un rôle complémentaire de sauveteur ou de persécuteur. Un jeu psychologique auquel les Français aiment particulièrement jouer, alternant la critique acerbe et la plainte colérique, et dont il faudra, pour en sortir, des politiques plus intéressés par les autres que par eux-mêmes et le simple exercice du pouvoir.

A moins d'un sursaut national, dans lequel les Français désireux de prendre leur responsabilité oseront s'interroger sur cette attente et remettre en cause un comportement infantile qui attend tout d'une figure paternelle. A ce titre, la dégringolade de François Hollande dans les sondages est peut-être propice à ce type de sursaut démocratique. "Avant les hommes politiques avaient le sens de l'histoire. Aujourd'hui ils ont la culture de la sociologie électorale et de la communication, déplore le philosophe Luc Ferry. Ce n'est pas suffisant pour faire sens."

La capacité à se représenter le monde de l'autre

Reste alors à palier un manque de culture par un sens de l'empathie plus développé. Valable aussi bien du côté des politiques que des citoyens. Car qu'est-ce que l'empathie si ce n'est la capacité à se représenter le monde de l'autre, et donc à le comprendre, à développer la tolérance et l'intelligence collective ? Une urgence si l'on désire échapper au "je" triomphal qui s'impose dans les relations les plus banales comme à la tête de l'État. Le "moi président" n'a évidemment pas su, ni pu, créer un programme valable. Car il évacue la préoccupation de l'autre au profit d'un narcissisme tout puissant.

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Or, en générant la préoccupation de l'autre, en lui donnant le droit de nous émouvoir, l'empathie mobilise des comportements d'entraide. Et évite d'enfermer les individus dans des catégories normatives dont on raffole aujourd'hui. Si la capacité d'empathie est aujourd'hui inhibée, c'est qu'elle révèle notre peur de se trouver débordé et manipulé par les émotions d'autrui. Le narcissisme de nos gouvernants est pourtant supérieurement manipulateur émotionnellement. Ils utilisent en outre la compréhension qu'ils ont d'autrui pour mieux imposer leur point de vue. En lâchant la croyance et l'attente d'un pouvoir pyramidal, l'empathie nous permettrait de nous civiliser. C'est un pas vers la démocratie et une forme d'égalitarisme.

Le bonheur fait partie des pages blanches de l'histoire

Le prospectiviste Jeremy Rifkin, dans son essai « Civilisation de l'empathie. Une nouvelle conscience pour un monde en crise », a montré combien nos états de conscience étaient encore trop agencés aux ères précédentes de l'histoire. La crise de notre système politique exige plus que jamais de notre part une réflexion critique sur nos ambigüités, sur notre admiration envers les élites sorties des grandes écoles et des grands corps de l'Etat, sur notre déprime à attendre d'en haut la solution de tous nos problèmes.

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"On rêve d'une sobriété et d'une simplicité conviviales telles qu'entrevues dans la série Borgen. Tout reste à faire pour assurer l'éthique d'une République vraiment citoyenne. Celle-ci exigerait d'imposer un nouveau style de relations humaines sous les dorures des palais de la république qui ne soit plus le lieu des privilèges et des petites et grandes sinécures", écrit en substance l'historienne Suzanne Citron dans Libération. Du reste, G.W.F. Hegel n'a-t-il pas écrit que le bonheur faisait partie des pages blanches de l'histoire ? Celles où règne l'harmonie entre les êtres... Aux Français de sortir de leur dépression structurelle dans laquelle ils s'enferment à loisirs en exerçant avec courage leur liberté de citoyen.

Sophie Péters

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